Transcription de l’événement En Route de Montréal

En route vers le Sommet de la découvrabilité:
le contenu à l’ère de l’abondance

Le jeudi 3 décembre 2015
8 h 30 – 12 h 40 (Heure normale de l’Est)
Centre Phi
407, rue St-Pierre
Montréal, Québec

COMPARUTIONS:

M. Matthieu Dugal Modérateur

M. Jean-Pierre Blais Président et premier dirigeant, CRTC

Mr. Claude Joli-Cœur Commissaire du gouvernement à la cinématographie et

président, ONF

M. Pascal Lechevallier Conférencier principal

EXPERTS:

M. Wale Gbadamosi-Oyekanmi PDG et directeur de création, Darewin

M. Sylvain Lafrance Professeur associé, HEC, Montréal

Mme Michèle Savard Vice-présidente principale, Carat

Mme Christine Thoër Professeure au département de communication sociale et publique, UQAM

M. Jean-François Gagnon Président et fondateur, LVL

Mme Suzanne Lortie Professeur, Directrice du programme en communication (stratégies de production culturelle et médiatique), École des médias, UQAM

 

TABLE DES MATIÈRES

 

Mot de bienvenue du modérateur

Mot d’ouverture par Jean-Pierre Blais et Claude Joli-Coeur

Conférencier principal, M. Pascal Lechevallier, Président de What’s Hot, Cabinet de conseil Nouveaux médias

Période de questions

Discussion table ronde: La découvrabilité du contenu à l’ère de l’abondance

Discussion de groupe/Période de questions et réponses

Mot de clôture par Jean-Pierre Blais et Claude Joli-Coeur

 

Montréal, Québec

— La séance débute le jeudi 3 décembre 2015 à 9 h

Mot de bienvenue du modérateur

LE MODÉRATEUR: Alors bonjour tout le monde et bienvenue dans cette matinée bien chargée. Je suis content de voir que c’est aussi populaire, ce sommet-là, des gens de tous les horizons.

Alors mon nom, Matthieu Dugal, animateur à la Sphère sur Ici Radio-Canada Première et chroniqueur sur TV5 Monde dans l’émission 300 millions de critiques, qui couvre notamment ces enjeux culturels dans la francophonie.

Alors rapidement, j’aimerais vous dire qu’est-ce qui nous attend, en fait, dans cet avant-midi. Donc il y aura un mot d’ouverture du président du CRTC, Jean-Pierre Blais, et celui de l’ONF, Claude Joli-Cœur, conférence de Pascal Lechevallier. Ce sera suivi donc d’une table ronde avec des experts de divers domaines et on va terminer ça avec une bonne période de questions aux alentours de midi autour de ces questions-là.

J’aimerais aussi saluer les gens qui nous suivent via la chaîne YouTube qui nous ont découvert.

Alors donc, bienvenue à ce sommet qui, manifestement, a été découvrabilisé par bien des gens ce matin.

J’aimerais remercier le Président du CRTC, Jean-Pierre Blais et toute son équipe de me permettre d’agir à titre de modérateur aujourd’hui à propos d’enjeux qui m’interpellent au plus au point, et ce tant qu’en tant que grand consommateur de culture sous toutes ses formes qu’en tant qu’animateur d’une émission à la Sphère qui couvre notamment ces questions-là depuis plus de quatre ans.

Merci, d’ailleurs, à mon patron, Louis Lalande, qui est ici ce matin, qui nous permet d’ailleurs de… qui nous fait confiance pour qu’on continue de parler de ces questions-là sur Ici Radio-Canada Première. Ici, il faut en croire, nos chiffres d’audience et les commentaires de notre auditoire, je pense que ces questions-là interpellent beaucoup de gens.

D’ailleurs, je vais vous confier qu’une des nombreuses remarques qu’on me fait quand on me parle de l’émission, c’est souvent des gens qui sont… qui se définissent comme des techno nuls ou des gens qui ne sont pas des grands connaisseurs en technologie et qui nous disent merci d’être là parce que même si on n’est pas des “geeks”, on aime cette émission-là parce que ça nous permet de nous orienter dans un monde numérique qui nous échappe assez souvent.

Et je pense qu’on peut dire qu’à part le numérique, on se sent toujours un peu dépassé par la rapidité avec laquelle ces changements-là arrivent et changent notre rapport… notamment notre rapport à la culture, d’où l’importance d’événements comme celui de ce matin, si on veut, par exemple, que le terme “culture canadienne” existe encore en ligne, dans nos vies, quand elles se dérouleront encore plus en ligne. Parce que oui, ça va arriver. Seulement vous rappeler que les casques de réalité virtuelle arrivent sur le marché dans quelques mois. Alors oui, ça va nous remettre un petit peu plus en ligne.

Alors donc commençons par ce mot-là, ce mot, découvrabilité, que j’ai découvert en même temps que vous, je pense. Je ne sais pas si c’était le but du CRTC en choisissant ce mot-là pour définir l’événement, mais ils ont réussi quand même à trouver un mot qui est répertorié presque nulle part. J’ai fait une recherche sur Ngram Viewer de Google et, bien, il n’y a aucune occurrence de ce mot-là sur Ngram Viewer.

Et même à côté de ça, un mot comme tardigrade fait figure de vedette. Alors je vous invite à aller chercher tardigrade tout à l’heure sur Ngram Viewer.

Bon, c’est peut-être aussi une mise en abyme destinée à nous faire comprendre que sur le web, ce qui est trop dur à trouver, ou tout simplement ce qu’on n’a pas le goût de chercher, bien, ça n’existe pas.

Dans une entrevue récente que j’ai réalisée avec la ministre de la Culture du Québec, des communications, Hélène David, à propos du plan culturel, elle me disait cette chose-là. Le plan culturel, c’est pas compliqué. Il faut que notre culture soit en ligne. Il faut que nos institutions aient les moyens de numériser leur contenu, aient le moyen de développer des contenus directement pour le web.

Et c’était aussi le pari qu’avait fait… je ne sais pas s’il y a des gens ici qui ont connu la très belle expérience britannique de “The Space”. C’était le Conseil des arts britannique et la BBC qui avaient créé cette espèce d’immense espace-là en 2012 pour que les institutions britanniques puissent exister, puissent créer du contenu spécifiquement pour le web. C’était destiné à être éphémère cette chose-là et ç’a tellement fonctionné que l’expérience de Space est toujours en ligne.

On pourrait aussi parler du succès, par exemple, de nos cousins français avec les baladodiffusions de France Culture. Vous savez que France Culture est une radio dont les chiffres d’écoute par voies hertziennes ne sont pas très élevés, mais quand on ajoute à ça ce que nos amis français appellent les “podcasts”, et bien, ça fait partie des radios de France les plus écoutées pour une simple et bonne raison, c’est que ça nous tente pas d’écouter du I Deguerre à 11h00 le matin. Mais peut-être que dans notre auto, en conduisant sur des longues distances, là on peut consommer d’autres choses.

Tous ces changements-là se déroulent dans un monde médiatique qui est devenu déterminé par l’économie de l’attention, une économie où ces minutes que l’internaute nous accorde ont souvent droit de vie ou de mort sur notre existence, une économie où le rapport à la culture aussi se fait dans l’absence de désir, ou plutôt dans un désir qui ne doit souffrir aucune attente. On veut nos contenus au moment où on les veut, sinon c’est fini, on passe à d’autres choses.

Parlant de désir, d’ailleurs, anecdote de musique classique. Je suis un grand amateur de Jean-Sébastien Bach, un compositeur qui est aujourd’hui assez indépassable, même s’il a très, très peu voyagé et mis à jour ses statuts. J’ai toujours adoré une anecdote assez savoureuse à propos d’une de ses très rares aventures à l’extérieur de sa région natale. Il n’est presque pas sorti à part cette fois-là. Il avait 20 ans. C’était déjà un organiste assez reconnu et il aimait beaucoup jouer quelqu’un qui s’appelait Dietrich Buxtehude. Et Buxtehude demeurait dans le nord de l’Allemagne et donc, Bach a pris congé, quatre semaines de congé, pour pouvoir aller rencontrer son idole. Il a fait le voyage à pied. Il a fait 500 kilomètres à pied, en 1705, en Allemagne, pour aller rencontrer un gars qu’il admirait. Au lieu de passer quatre semaines à Lübeck, il a passé quatre mois, ce qui fait qu’à son retour, il a eu une petite réprimande. Ses patrons n’étaient pas très heureux.

Alors on peut dire que Buxtehude, pour Bach, était un très grand prescripteur culturel. Quand on fait 500 kilomètres à pied pour aller rencontrer une idole, c’est la prescription culturelle.

Je ne connais pas grand monde aujourd’hui qui ferait la même chose, quoique on pourrait peut-être se poser des questions. Mais une chose est sûre, c’est que ces prescripteurs-là, ils sont extrêmement importants dans notre rapport à la culture, des gens qui nous disent, “Aye, allez voir ça. Aye, lisez ça.” C’est encore aujourd’hui extrêmement important malgré le fait que la culture est, en principe, accessible au bout des doigts.

Les lieux physiques aussi qui nous indiquent comment et où consommer de la culture sont en train d’évoluer. On se souvient que Glenn Gould disait, dans les années ’60, qu’il détestait tellement le concert, premièrement, qu’il n’en ferait plus et que, à un moment donné, on allait avoir une expérience du concert qui allait être optimale. C’est-à-dire que c’est le montage que le compositeur ou l’interprète lui-même allait faire dans un lieu qui est optimal, c’est-à-dire notre salon. Évidemment, on ne parlait pas encore de réalité augmentée à l’époque, mais une chose est sûre c’est que l’espèce d’éclatement du lieu culturel, il est en train de se faire.

Des lieux comme les bibliothèques aussi changent à vitesse grand V. Je lisais, cet automne, un essai d’un auteur français, Virgil Clark, qui est un ancien de la Bibliothèque de France et qui se désolait dans le crépuscule des bibliothèques de voir comment les bibliothèques ne sont plus ce lieu, ce temple sacré du silence où les bibliothécaires sont des espèces de passeurs de culture. C’était d’ailleurs un peu drôle de voir comment c’était une critique radicale de ces nouveaux lieux-là parce que ces nouveaux lieux-là ont des avantages aussi, ces bibliothèques-là.

Et l’essayiste et animateur Frédéric Martel – et je vais terminer là-dessus – nous faisait découvrir un destin comparable dans le très bon livre Smart – c’est un livre français – essai…enquête sur les internets à propos de ce qui est considéré comme la plus belle librairie du monde. C’est pas une bibliothèque dans ce cas-là; c’est une librairie. C’est le El Ateneo Grand Splendid à Buenos Aires. Je ne sais pas si vous avez vu les photos de ça. C’est vraiment un lieu extraordinaire. Et donc, aujourd’hui c’est une librairie, mais ç’a été, lors de son inauguration en 1919, une salle de spectacle où on dansait le tango. Ç’a été un studio d’enregistrement, un cinéma, avant d’abriter des livres. Et donc aujourd’hui, elle abrite les bureaux d’un des plus grands réseaux du monde latino-américain, le réseau Taringa. Et donc l’entrevue que réalise Frédéric Martel avec le co-fondateur de ce site-là, donc Hernan Botbol… Hernan lui montre la bibliothèque. Imaginez, il est dans la plus belle librairie au monde et dit, “Regardez, tout ça va disparaître et ce que vous voyez ici, à un moment donné, ce sera dans un musée.”

On peut s’en désoler, comme bien des gens, ou on peut aussi se dire qu’il pourrait y avoir aussi des avantages. Il faut se rappeler qu’à l’invention de l’imprimerie, il y a des gens qui se désolaient de la fin de la lecture publique. Alors je pense que ça, on est passé au-dessus de ça.

Ce qui importe aujourd’hui c’est qu’on se penche rapidement sur des questions de numérisation, d’accessibilité, de compétition avec d’autres produits culturels, mais aussi, la mission qu’on a tous, si on est amateur de culture, si on veut qu’elle se perpétue, d’entretenir un désir face à cette culture-là qui nous entoure.

Et ça, évidemment, les prescripteurs sont aujourd’hui très importants là-dedans. Les murs vont peut-être disparaître, mais on n’a jamais voulu autant de contenu, et ça c’est la bonne nouvelle.

Et je laisse l’épilogue à Frédéric Martel, dans son livre Enquête sur les internets, il dit ceci:

“Faute de vouloir comprendre cet internet qui arrive, les pourfendeurs d’internet le rejettent alors qu’il faut agir sur lui. Au lieu de baisser les bras avec les déclinologues, on peut s’ouvrir au monde et agir en devant acteur à notre tour. Internet n’est pas un phénomène neutre. Il n’est ni bon, ni mauvais en soi. Il dépendra de ce que, passif ou actif face aux technologies, nous ferons ensemble.”

Je vous souhaite un très bon Sommet de la découvrabilité.

Merci.

(APPLAUDISSEMENTS)

LE MODÉRATEUR: Et maintenant je vous invite à saluer et accueillir chaleureusement celui qui fait qu’on est ici ce matin, Jean-Pierre Blais, Président du CRTC.

(APPLAUDISSEMENTS)

Mot d’ouverture par Jean-Pierre Blais et Claude Joli-Coeur

M. BLAIS: …à pied, mais c’est un grand pays quand on fait le saut de Vancouver à Montréal en quelques jours.

Donc avant de débuter, par contre, je vous invite de regarder – on dit l’écran ici, mais je pense que c’est plutôt le mur – car nous avons un message de notre nouvelle ministre du Patrimoine canadien.

(PRÉSENTATION VIDÉO/VIDEO PRESENTATION)

MINISTRE JOLY: En tant que ministre du Patrimoine canadien, je sais qu’au Canada on produit de l’excellent contenu. Grâce à leur talent, à leur créativité et à leurs habilités, nos créateurs nous font rire, nous font pleurer et nous font vivre toutes sortes d’émotions et de sentiments.

En cette ère numérique, nous sommes submergés de contenu sur diverses plateformes et nos histoires risquent de ne pas être toujours entendues.

Le fait de pouvoir découvrir ce contenu, que ce soit un livre, un film, une émission de télé ou de la musique, est un défi, pas seulement ici, mais partout à travers le monde.

Je suis ravie de voir que des innovateurs et des chefs de file comme vous êtes réunis afin de discuter des changements de paradigmes qui s’effectuent et des opportunités à saisir.

Même si je ne peux pas être avec vous et participer à vos discussions aujourd’hui, je vous souhaite une session productive.

Je vous suivrai sur Twitter et Instagram afin de lire les idées et voir les images issues de vos rencontres. J’ai bien hâte de vous voir au Sommet de la découvrabilité qui aura lieu au printemps.

Au plaisir de poursuivre nos échanges, bonne journée.

M. BLAIS: Alors je tiens à remercier la ministre d’avoir pris le temps de participer de cette façon virtuelle. Je pense qu’elle voulait vraiment participer plus physiquement à ces événements. Elle va nous suivre, j’en suis certain, parce qu’elle est très branchée. Mais comme vous savez, le parlement recommence à siéger à Ottawa et donc ses responsabilités ministérielles la forcent de rester au parlement.

J’aimerais aussi, avant de commencer… je tiens à reconnaître que nous sommes réunis aujourd’hui sur les territoires traditionnels des Premières nations. Je les remercie et je rends hommage à leurs aînés.

Alors, chers amis, si vous êtes ici aujourd’hui c’est que vous avez, grâce à vos recherches, à vos professions, à vos projets innovateurs, quelque chose de nouveau à contribuer à la conversation au sujet de la découvrabilité. Je vous remercie de votre présence.

J’en profite aussi pour saluer les téléspectateurs qui nous suivent par web diffusion. Vous pouvez participer à la conversation qui a lieu en ce moment même sur les médias sociaux en utilisant le mot clé “découvrabilité”.

Vous savez, l’année dernière, nous avons tenu une grande instance au sujet de l’avenir de la télé qui s’intitulait “Parlons télé”. Lors de ce processus, j’ai demandé aux intervenants s’ils étaient d’accord avec certaines hypothèses du CRTC au sujet de l’évolution du paysage audiovisuel.

Il y a eu un important consensus et tous ont reconnu que la façon dont le contenu est distribué et consommé au Canada et partout dans le monde change et continue d’évoluer.

Jadis, ce sont les télédiffuseurs traditionnels qui agissaient comme curateurs du contenu audiovisuel. L’horaire de programmation nous obligeait, nous, les téléspectateurs, à ajuster notre emploi du temps pour ne pas manquer notre émission préférée. Maintenant, nous pouvons regarder du contenu où nous le voulons et quand nous le voulons. Ces jours-ci, nous entendons beaucoup parler de la disparition du rôle d’intermédiaire des radiodiffuseurs traditionnels causée par l’impact perturbateur de la technologie, conjuguée avec la façon dont les téléspectateurs interagissent avec cette technologie. Ce n’est pas uniquement une question de technologie.

Cependant, l’ère dans laquelle nous vivons n’est pas complètement dépourvue de toutes formes de médiation. D’autres ont plutôt émergé comme ce qu’on pourrait appeler des ré-médiateurs ou afin de remédier un certain sens à la situation. Ce sont, à un certain niveau, de nouveaux intermédiaires.

En passant, Matthieu, j’aime bien les néologistes et je ne sais pas pour quand on verra la nouvelle marque de commerce e-découvrabilité, mais ça ne saurait tarder.

Ceci, l’émergence de ces nouveaux intermédiaires, a souvent lieu par l’entremise de services de vidéo sur demande, des applications ou d’autres services en ligne. C’est dans ce contexte que la découvrabilité est particulièrement importante.

Lorsque l’on parle de ces nouvelles méthodes de consommation de contenu, on se doit de reconnaître aussi l’importance de la question de large-bande qui, en un certain sens, permet l’émergence de ce nouveau phénomène.

Dans cette ère numérique, le contenu doit être disponible et accessible. Au cours des 10 prochaines années, les téléspectateurs continueront à migrer de la grille-horaire traditionnelle vers la formule sur demande. Ils voudront, de plus en plus, être maîtres du contenu qu’ils regardent et seront à la recherche de nouvelles façons novatrices pour y participer.

Ce changement dans les habitudes des consommateurs est déjà bien entamée au Canada et ailleurs. Les Canadiens consomment de façon croissante du contenu en ligne et sur les appareils mobiles. Ils regardent leurs émissions préférées en rafale, en utilisant diverses méthodes pour trouver et découvrir la nouvelle programmation qui provient du monde entier.

Dans cette ère numérique, le contenu doit être disponible et accessible. Cela étant dit, les Canadiens regardent encore beaucoup de télé de la façon traditionnelle et personne ne pense que cela changera d’ici tôt. Les méthodes actuelles pour promouvoir le contenu, comme les articles dans les journaux et les magazines, ainsi que la participation de nos créateurs lors d’émissions de divertissement sont encore très valables.

Le nouveau défi de la découvrabilité, cependant, est de fournir aux auditeurs plus d’occasions de découvrir du contenu sur les multiples plateformes. Comment s’assurer qu’ils découvrent du contenu qui les intéresse et qui est pertinent? Comment le contenu de qualité peut-il se tailler une place au sein d’une mer de contenu numérique et de service en continu? C’est votre capacité d’adaptation qui dictera si vos contenus auront du succès dans les marchés mondiaux. Voilà votre défi.

La solution ne se présentera pas à vous si vous ne travaillez pas de concert. Si vous travaillez d’une façon isolée, vous êtes voués à l’échec. Il faut une réflexion collective pour trouver des solutions. Mais en bout de ligne, le résultat est entre vos mains.

Soyons clairs au sujet des objectifs de cette discussion. Ceci n’est pas une audience réglementaire. Les événements préliminaires et le sommet lui-même ne sont pas des processus réglementaires au bout duquel nous allons adopter une nouvelle politique ou de nouveaux règlements.

Par cette démarche, le CRTC veut rassembler et mobiliser les divers joueurs. Nous entamons une conversation afin d’explorer de nouvelles idées, de nouveaux outils, de nouveaux modèles de gestion afin d’améliorer la découvrabilité au profit des téléspectateurs canadiens et à l’international.

Aujourd’hui, nous concentrerons nos discussions sur les marchés de langue française. Je dis bien les marchés de langue française au pluriel car il y a, à la fois une réalité majoritaire et une minoritaire.

En revanche, mardi dernier, à Vancouver, nous avons discuté des mêmes enjeux mais avec la perspective des marchés de langue anglaise.

Le marché de langue française est unique au Canada et je vous dirais même avant-gardiste. Les services en ligne et en continu, tels que Tou.tv, l’ONF, TFO et Éléphant étaient disponibles avant l’émergence de services de langue anglaise semblables.

Le vedettariat est très présent au sein des marchés de langue française et ce ne sont pas seulement les comédiens et les animateurs qui attirent les foules. Les gens derrière la caméra sont connus et reconnus aussi. Des réalisateurs, auteurs et scénaristes se trouvent régulièrement sur leurs divers plateaux, à la télé, à la radio, dans les journaux et aux événements spéciaux.

Enfin, je veux ajouter que nous sommes très, très heureux d’avoir la collaboration de l’ONF pour cet événement. Vous savez, l’ONF a une réputation unique et enviable dans le monde en ce qui a trait au contenu innovateur, mais aussi quant aux divers moyens créés pour rendre ce contenu disponible. Depuis plus de 75 ans, il s’assure d’être à la fine pointe de l’innovation audiovisuelle. Il va de soi qu’il nous accompagne dans cette exploration de l’avenir du contenu audiovisuel.

Sur ce, je laisse la parole à mon collègue Claude Joli-Cœur, Commissaire du gouvernement à la cinématographie et président de l’ONF, mais avant, je vous dis à tous ici et à l’extérieur de la salle, éclairez-nous avec vos idées innovatrices et vos expériences. N’oubliez pas que le résultat est entre vos mains et que les Canadiens profiteront grandement de votre collaboration. Merci bien.

Claude?

(APPLAUDISSEMENTS)

M. JOLI-CŒUR: Merci, Jean-Pierre.

Mesdames, Messieurs, bonjour. Très heureux de vous accueillir aujourd’hui.

Même si le concept de découvrabilité demeure relativement nouveau et espérons que ce mot rejoindra le Petit Robert ou le Grand Robert et le Larousse très bientôt – on va tous y contribuer – il demeure un enjeu de taille pour les consommateurs, pour le public et pour notre industrie.

Alors merci, Jean-Pierre. Merci au CRTC d’avoir sollicité ces rencontres et ces discussions cruciales pour notre industrie, pour le Canada mais aussi pour le secteur audiovisuel du monde entier. Alors je suis très honoré d’y être associé comme co-présentateur car ces enjeux contiennent tous les joueurs, tant du secteur privé que du secteur public.

Vous le savez mieux que quiconque, l’éclosion des technologies numériques a donné le signal de départ à un grand bouleversement des méthodes de production, de financement et de distribution des contenus. D’une économie marquée par la rareté des contenus jusqu’à dans les années ’80, nous voici à l’ère de la surabondance.

Pour citer des statistiques bien connues, chaque minute, Google gère plus de 4 millions de recherches; Facebook, 2.5 millions de partages et YouTube, 72 heures de vidéos chaque minute. C’est phénoménal.

Cette surabondance a des effets pervers. Le citoyen a peine à s’y retrouver ou, pire, il est enfermé dans une bulle de filtres.

La question qui se pose pour les diffuseurs et pour les producteurs et pour les créateurs est de savoir comment faire pour rejoindre le public cible. Comment présenter le contenu à ces auditoires et créer des liens pour les orienter vers le contenu qu’ils veulent voir, et ce, tant au Canada qu’à l’étranger? Il nous faut vraiment explorer de nouvelles pistes pour s’attaquer à ces enjeux.

Pour l’ONF, la découvrabilité est un enjeu directement lié à son mandat car pourquoi produire si en bout de ligne nos productions seront noyées et invisibles pour l’ensemble des collectivités?

Dans le secteur du documentaire seulement, une récente étude réalisée l’année dernière par le Grand festival canadien du documentaire Hot Docs révélait que parmi les 60 pourcent des répondants intéressés à visionner des documentaires en ligne, seulement 7 pourcent d’entre eux trouvaient le contenu désiré.

Et à l’ONF, on fait face à exactement cet enjeu-là parce que malgré le virage numérique que nous avons fait, il y a six ans, et les 70 millions de visionnages de nos films enregistrés sur notre plateforme et sur les sites associés, on nous demande encore où trouver nos productions.

Les enjeux liés à la découvrabilité des contenus sont liés à des enjeux technologiques mais également des enjeux d’accès au contenu, donc d’accès à la connaissance, d’accès aux arts et d’accès à la culture. Et parce que ce changement est immuable, il faut vraiment agir.

À ce stade-ci, nous n’avons pas la prétention de dire que nous avons les solutions. Nous devons avancer ensemble car la découvrabilité est un enjeu national et international.

Au cours des prochaines heures, nous parlerons beaucoup de plateformes, de technologies, de moteurs de recherche et d’algorithmes, mais n’oublions pas qu’au cœur des enjeux de la découvrabilité se trouvent le contenu, le contenu et sa pertinence pour les publics recherchés. Il faut donc l’inclure dans l’équation, se questionner et se mettre au défi sur la pertinence et le côté innovant des œuvres produites et proposées. Il devient encore plus impératif de produire des œuvres distinctives que le public voudra voir et choisir.

Et cela implique une plus grande compréhension des auditoires et de leurs habitudes de consommation. Cela implique aussi de produire différemment et autrement en vertu des auditoires et des plateformes. Cela implique également des alliances accrues et avec des partenaires pour amplifier les impacts et la visibilité des œuvres et des productions car, il faut se le dire, il devient de plus en plus onéreux d’être partout, au moment et sur la plateforme choisie par le consommateur.

Nous avons tous un rôle à jouer et une responsabilité à prendre pour résoudre le grand défi de la découvrabilité.

Diffuseurs, producteurs, créateurs, concepteurs, programmeurs, penseurs, on est vraiment heureux de vous voir réunis ici aujourd’hui car les défis qui nous attendent sont plus que des défis de l’industrie audiovisuelle. Ce sont des défis de société et on a très hâte de vous entendre sur ces enjeux et ces défis.

Merci.

(APPLAUDISSEMENTS)

LE MODÉRATEUR: Alors merci beaucoup, Jean-Pierre Blais, Claude Joli-Cœur.

Je vous présente maintenant Pascal Lechevallier, Pascal Lechevallier qui est Président de What’s Hot, un cabinet de conseil dans les nouveaux médias à Paris, qu’il a fondé en 2011 pour accompagner les acteurs de l’audiovisuel dans la gestion et la transformation numérique. Il intervient régulièrement dans les médias pour partager son expertise du marché en vue de tenir un blog très consulté sur ZDNet. Il est titulaire d’un diplôme d’études supérieures spécialisées en marketing et diplôme d’études approfondies en gestion de la Sorbonne à Paris. Il a effectué toute sa carrière dans les médias, notamment au Monde à Ziff-Davis France et TF1. Il a créé, d’ailleurs, le premier service de vidéo sur demande d’une chaîne de télé, soit TF1 Vision, et c’était en 2005.

Veuillez accueillir Pascal Lechevallier.

(APPLAUDISSEMENTS)

Conférencier principal, M. Pascal Lechevallier, Président de What’s Hot, Cabinet de conseil Nouveaux médias

M. LECHEVALLIER: Bonjour à toutes et à tous. Merci au CRTC de m’avoir sollicité et invité à votre sommet qui revêt un très, très grand intérêt.

Alors ce que je vous propose aujourd’hui c’est de parler d’un sujet extrêmement important qui touche à la découvrabilité et évidemment à la télévision du futur.

Toute ma démonstration, qui va être relativement brève, puisque nous allons y consacrer à peu près 30 minutes, va être vraiment consacrée à l’évolution du marché de l’audiovisuel et aux conséquences que, justement, la découvrabilité implique pour ce marché-là.

On vit vraiment une époque formidable, tellement formidable que lorsque j’ai démarré mon propos pour aujourd’hui, il se trouve que c’était la veille des attentats du 13 et dès que les événements se sont produits, j’ai eu énormément de témoignages de la part de nos amis canadiens et québécois, même ceux que je ne connaissais pas ou que je n’avais eu que par email, et je voulais simplement vous remercier de cette solidarité qui, en fait, témoigne aussi de cette ouverture du monde que permet et que permettent les médias dans un moment qui n’était vraiment pas facile.

Oui, nous vivons véritablement une époque formidable dans laquelle la découvrabilité – même si le terme, comme l’a souligné tout à l’heure Matthieu, n’est pas très connu – joue un rôle réellement fondamental dans notre rapport aux médias, à la vidéo internet et à la télévision pour le meilleur et parfois pour le pire.

La transformation numérique, on en parle depuis très, très longtemps et elle bouleverse tout l’écosystème de la production, de la distribution, de la consommation et des images.

Nicholas Negroponte l’avait anticipé dans un livre qu’il a écrit en 1995, mais il avait 20 ans d’avance. C’est-à-dire que pendant 20 ans, on a attendu cette évolution de la télévision et des médias qui n’arrivait pas et puis en moins de 10 ans, nous sommes passés de l’ère de la rareté à celle de la surabondance, qui est le propos de notre réunion d’aujourd’hui.

Les images et la vidéo sont devenus – excusez-moi du terme – la killer application d’internet. Cette profusion d’images provoque une profonde modification du comportement des consommateurs mais aussi induit un véritable remaniement du fonctionnement du marché audiovisuel, ce que l’on appelle et qui a été cité par votre ministre tout à l’heure, le changement de paradigme. La télévision n’a plus le monopole de l’image. Il suffit de regarder ces chiffres pour s’en apercevoir et le constater.

Le téléspectateur passif que nous étions et que vous voyez aujourd’hui, ce qui représente la vidéo sur internet avec des chiffres qui sont à la fois déroutants et très impressionnants, nous met dans une position tout à fait particulière, qui est celle de téléspectateur.

Nous sommes passés d’une phase passive à une phase active dans laquelle nous prenons le pouvoir en imposant au diffuseur, qu’il soit des chaînes de télévision classique, des réseaux sociaux ou tout simplement des sites de vidéo à la demande, trois contraintes. Nous souhaitons voir ce que l’on veut, quand on veut et où l’on veut, et ça, c’est le véritable changement qui fait du téléspectateur un véritable acteur du marché, ce qu’il n’était pas jusqu’à présent.

D’ailleurs, il suffit de regarder ce chiffre-là pour s’apercevoir que la programmation linéaire, telle que nous l’avons connue, n’a plus le monopole de la distribution des images. Elle doit désormais partager l’écran avec des programmes non-linéaires qui nécessitent la mise en place de nouvelles techniques de mise en avant et de promotion totalement inédites jusqu’à maintenant, ce que l’on appelle communément – et excusez-moi encore une fois du terme, mais en France on n’est pas forcément imaginatif – le guide AV qui joue un rôle de plus en plus important, les données massives liées à la consommation d’images, nous en parlerons au cours des tables rondes tout à l’heure, mais qui revêtent véritablement un aspect déterminant dans cette évolution du marché.

Je vous ai sorti ici les chiffres des États-Unis parce que là aussi il faut apprendre de nos partenaires et de ce qui se passe dans le monde entier. Les États-Unis ont énormément de sociétés d’études qui produisent régulièrement et de manière permanente des chiffres sur l’audiovisuel. On a beaucoup plus de mal à avoir ces chiffres-là en France et c’est pour ça que tout au long de la présentation, vous aurez quelques chiffres qui font référence au marché américain et, lorsque je peux le faire, je le ferai pour le marché français.

Un point extrêmement important, plus le temps passe plus la complexité des outils à offrir aux consommateurs augmente car le nombre de vidéos mis à la disposition sur internet est évidemment exponentiel.

Dans quelques mois, c’est-à-dire demain, ce seront près de 1 000 heures par minute qui seront téléchargées sur YouTube par les internautes. Dans ce dédale d’images, qui est véritablement impressionnant, il apparaît évidemment indispensable pour l’ensemble des acteurs de la filière de maîtriser ces nouvelles programmations multidimensionnelles au risque, oui, de voir les grandes marques médias sombrer comme des épaves à la dérive, et aujourd’hui on le voit pour la première fois en France. En 2015, nous avons assisté à la fermeture de chaînes de télévision, ce qui n’était jamais arrivé jusqu’à maintenant.

Comme l’a écrit un autre auteur qui travaillait énormément sur les médias sociaux, Aaron Jenkins, en 2006, les médias traditionnels n’ont pas été remplacés. Ce sont justement les nouvelles technologies qui ont modifié la place de l’usage du téléviseur dans les foyers, avec pour principale conséquence un repli du temps consacré à la télévision. Et là aussi, tous les aspects de découvrabilité ont un enjeu fondamental puisque la télévision n’a plus le monopole de l’image.

Nous le voyons ici sur la consommation en France, la durée d’écoute quotidienne moyenne de la télévision a atteint son pic en 2012, il y a déjà trois ans. Depuis, la durée moyenne diminue, même si dans certaines circonstances la télévision reste le média le plus puissant pour partager les grands événements : l’information, le sport, le divertissement. Ce phénomène est mondial et concerne aussi bien le monde anglo-saxon que le monde hispanophone ou francophone. Nous assistons à une véritable révolution des modes de consommation.

De plus, point fondamental, le multi-écrans et l’hyperconnectivité liés à la 4G et au déploiement de la fibre modifient notre rapport à l’audiovisuel. On le voit sur ce graphique. D’un côté, les nouveaux terminaux enrichissent notre expérience média, et de l’autre, la connectivité implique des comportements différenciés selon les tranches d’âges, en particulier chez les plus jeunes, ceux nés entre 1980 et 2000, communément appelés les “millennials” – je suis désolé; même notre ministre de l’Économie utilise le terme – qui privilégie des écrans mobiles, en particulier le téléphone.

Chez les 13-14 ans, le téléphone rivalise avec l’écran TV, un véritable défi à relever pour les producteurs, les créateurs, les diffuseurs. Nous sommes véritablement à l’aube d’une révolution extrêmement importante.

Alors que la télévision occupe la moitié du temps passé sur les écrans dans une journée chez les téléspectateurs de 13 ans et plus, les jeunes répartissent leur temps d’images entre leurs trois écrans favoris quasiment à parts égales. On le voit sur l’écran de droite. Et ça, c’est la preuve que nous entrons dans l’ère du mobile, ère du mobile qui, en 2015, franchit une étape supplémentaire et qui montre que le mobile est devenu le terminal de toutes les ambitions, en particulier chez les jeunes. Il y a désormais dans le monde plus de mobiles en activité qu’il n’y a d’êtres humains.

Dans de nombreuses régions du monde d’ailleurs, c’est avec les mobiles que les services d’audiovisuel se développent. Le mobile est devenu si important que les producteurs se demandent même si l’avenir n’est pas à la vidéo verticale, dans un monde où nous avons toujours été habitués à regarder des vidéos en mode panoramique, au format télévisuel ou cinématographique.

Par ailleurs, et à la différence de nombreuses autres évolutions du marché audiovisuel dans les années passées, nous vivons une véritable mutation mondiale. D’un Netflix, qui part à la conquête de 200 pays, à des producteurs locaux qui cherchent de nouveaux débouchés sur de nouveaux territoires, tous les acteurs du marché sont convaincus que leur avenir passe par une internationalisation de la distribution de leurs programmes. Encore faut-il qu’on puisse les trouver, évidemment.

C’est sans doute la première fois dans l’histoire des médias qu’on assiste à une telle ouverture du marché. Je rappelle que structurellement, tous les marchés des médias ont été construits de manière extrêmement cloisonnée, en particulier en raison des règlementations ici, ailleurs, en Europe, en Afrique, en Asie.

Trois chiffres importants : 59 pourcent des Américains sont abonnés aujourd’hui à une offre de vidéo à la demande par abonnement en ODT, c’est-à-dire sans passer par un distributeur, simplement en utilisant la connexion internet – encore une fois un terme anglophone. Les Français regarderont cette année 5 milliards de vidéos en télévision de rattrapage, en replay, ce qui est phénoménal, et en quelques mois, 2,5 millions d’Australiens se sont abonnés à Netflix d’une manière extrêmement rapide. Donc on voit bien qu’on est sur un marché en total mouvance et qu’il faut appréhender et évidemment essayer de maîtriser.

Alors dans ce monde-là, comment faire pour s’y retrouver dans cette jungle d’images? C’est le véritable nouvel enjeu des médias, rendre les programmes accessibles, mieux les promouvoir, faciliter leur accès sur tous les terminaux et partout dans le monde en les incluant évidemment dans les réseaux sociaux pour maximiser leur distribution, leur exposition, leur partage. C’est, à mon sens, le véritable enjeu de la découvrabilité dont nous avons parlé aujourd’hui.

Alors pour pouvoir enrichir notre débat, un point très important qui est de se dire, finalement, l’enjeu de la découvrabilité, ce n’est pas les médias, ce n’est pas la technologie, c’est le consommateur. C’est vous et nous.

Pierre Lévy, qui est un observateur des médias français l’a dit en 1997, et d’ailleurs à ce propos on s’aperçoit qu’il y a beaucoup de réflexion extrêmement théorique sur l’avenir des médias, date d’il y a plus de 20 ans, mais le temps d’absorption par le marché a fait que ses raisonnements aujourd’hui trouvent toute leur justification, mais il y a 20 ans, effectivement, on se demandait de quoi il parlait. Et il disait, “Personne ne sait tout. Tout le monde sait quelque chose. Tout savoir réside dans l’humanité.” Et c’est véritablement l’enjeu aujourd’hui que nous devons partager, de savoir comment on peut donner accès à l’ensemble des contenus que nous créons, que nous produisons, comment mieux les partager.

On vit dans un monde qui est en train de complètement se bouleverser et pour bien le comprendre et bien asseoir notre raisonnement dans les heures qui viennent, j’ai essayé d’identifier quel étaient les facteurs qui avaient justement entraîné cette évolution des médias.

Dans cette nouvelle ère de l’image, faite de disruption et d’innovation, que l’on qualifie d’ailleurs souvent d’ère post-TV, nous sommes passés à une nouvelle ère de la télévision. À la différence des dinosaures, la télévision ne va pas disparaître, même si on lit dans de nombreuses publications que la télévision est morte. Elle est simplement en train d’évoluer et de s’adapter aux facteurs de la disruption de son propre marché. Tous ces facteurs ont un point commun. Ils prennent le meilleur de la TV pour offrir au public une nouvelle expérience, un nouveau rapport à l’image. Alors les nouveaux facteurs sont au nombre de six, tels que je les ai identifiés.

Premièrement, c’est l’explosion de l’offre d’images sur toutes formes de consommation, en particulier, des offres à la demande. Le récepteur devient émetteur. C’est-à-dire qu’aujourd’hui, l’internaute, le consommateur, vous, moi, nous, pouvons mettre en ligne des images à travers de nouveaux outils, YouTube, Periscope, Snapchat, Vimeo. Les audiences TV baissent et se fragmentent. C’est l’impact du multi-écrans.

Les recettes publicitaires sont challengées. J’espère qu’on pourra en parler.

La notion de GRP, qui est en train d’être brisée par l’arrivée de la publicité sur les sites internet.

Les phénomènes très récents de ad blocking. Vous avez vu qu’il y a une littérature extrêmement importante sur les dangers que représentent ad blocking, aussi bien pour les chaînes de télévision que pour les sites internet.

Il y a également un point qui est déterminant, qui est la liquéfaction d’internet. L’internet et partout. On se pose même plus la question de savoir s’il y a internet.

Tout à l’heure, les invités arrivaient et la première chose qu’ils faisaient c’était de se connecter au réseau Wi-Fi du Centre Phi et on était tout de suite connecté quelque part, rassurés. Enfin… oui, oui, rassurés, je vous assure. On voit que les gens qui nous suivent sont bien là. Et d’ailleurs, la preuve… un écran est dédié à ça au cours de cette matinée.

Et puis l’engagement du public qui, à travers son implication, le fait qu’il communique, qu’il échange autour des programmes qu’il aime, qu’il voit, permet également de disrupter ce marché qui était à sens unique jusqu’à maintenant.

Les acteurs de la disruption sont également fondamentaux à bien appréhender, à bien identifier pour savoir comment évoluent les médias. Nous l’avons vu, les médias traditionnels n’ont pas forcément été très moteurs dans cette vague disruptive – c’est dommage – tout simplement parce que les médias, ancrés dans leur marché, ont d’abord cherché à protéger leur modèle économique en spéculant sur le fait qu’internet ne pourrait pas les déloger, car dans la plupart des pays, les règlementations audiovisuelles étaient de magnifiques remparts aux attaques des barbares du numérique.

Hélas, les lignes Maginot sont faites pour être enfoncées, et c’est exactement ce qui se passe depuis cinq ans partout dans le monde. Les opérateurs, les telcos, les distributeurs, les incontournables GAFA et, forcément, les médias sont les acteurs de ce marché.

Les phénomènes de concentration qui s’accélèrent depuis 18 mois en sont la démonstration flagrante. Face à leur désintermédiation galopante, des groupes traditionnels tentent de reconstituer leurs empires à coups d’acquisition, de changement de cap, de Paris sur de jeunes start-up. On est véritablement dans un monde en pleine évolution, voir en pleine ébullition.

Alors face à ce défi permanent de l’évolution des médias, je pense qu’on a cinq tendances très importantes à suivre. Nous sommes dans un monde d’hyper offres où on a en permanence le sentiment que la demande, que notre demande, l’emporte sur l’offre. Il est évidemment impératif dans ces conditions que tous les acteurs du marché disposent de véritables indicateurs et de repères pour suivre cette évolution.

En ce qui me concerne, j’en ai identifié cinq que je souhaiterais partager avec vous aujourd’hui.

La première est évidemment celle des usages non linéaires qui sont en train de redéfinir complètement notre rapport au média. La vidéo à la demande par abonnement, la télévision de rattrapage en sont la parfaite illustration. Et le graphique qui est présent ici, on voit bien que le non linéaire est en train d’occuper une place de plus en plus importante.

Par ailleurs, la seconde tendance à suivre ce n’est plus la cible publicitaire, ce que, en France, nous qualifions de ménagère de moins de 50 ans ou de manière plus polie la responsable des achats du foyer.

(RIRES)

M. LECHEVALLIER: Messieurs, nous n’avons malheureusement jamais l’opportunité de faire les courses si on en croit les publicitaires. Ce sont ceux qui font les nouvelles audiences et qui ont largement contribué au succès des réseaux sociaux et à leurs initiatives vidéo. Je rappelle encore une fois Snapshot, Periscope, l’Auto Plate Facebook par exemple, qui sont devenus les véritables marchés et populations à suivre.

Et pour comprendre bien ces tendances, il faut évidemment y participer. Il faut pratiquer les réseaux sociaux pour en mesurer à la fois l’importance et le pouvoir. Et on le voit bien ici qu’aujourd’hui chez les jeunes, le poids de l’internet est totalement incontournable et évidemment quand on parle d’internet, on parle des réseaux sociaux.

Autre point important, cher à l’Hexagone, l’innovation se heurte très souvent à un plafond de verre. Ce plafond de verre c’est la règlementation. De l’autre côté de l’Atlantique, là d’où je viens, par exemple, les règlementations protectrices en matière d’exception culturelle montrent aujourd’hui certaines limites. Et le millefeuille règlementaire apparaît souvent comme un frein à l’innovation et un véritable obstacle à la créativité. Ceci étant un débat dans le débat mais il faut en avoir conscience et je crois que pas mal de représentants des pouvoirs publics aujourd’hui ont intégré cette dimension.

L’autre point important, et je l’ai dit tout à l’heure, ce sont les réseaux sociaux, la curation, les communautés, les programmes de niche, la recherche intelligente, la bonne utilisation des algorithmes, la recommandation personnalisée. Plus fortes que la publicité, ces nouvelles techniques de mise en mains des programmes prennent une place grandissante dans les stratégies d’écriture et de production.

Le partage, l’engagement, le commentaire, sont devenus les programmes télévision de demain. Un live tweet efficace est en passe de supplanter nos magazines de programme TV qui par eux-mêmes voient leur diffusion papier baisser. C’est un point déterminant et encore une fois, on le voit illustré par ce graphique. Aujourd’hui, en fonction de la nature des programmes, le taux d’engagement des téléspectateurs peut être très important et modifier — peut aller même jusqu’à modifier l’audience d’une émission.

Alors, nous l’avons dit tout à l’heure, la télévision malheureusement ou heureusement n’est plus au centre du système. Sur la partie de gauche qui symbolise les années 2000 à 2014, la chaîne — les chaînes de télévision, les chaînes linéaires étaient au centre du système.

Aujourd’hui, sur la partie de droite, la télévision en est devenue un satellite. C’est le public qui occupe la place centrale à la recherche d’une expérience utilisateur la plus divertissante et personnelle possible. C’est donc son engagement qui doit faire l’objet de toutes nos attentions, créateurs, producteurs, diffuseurs.

Fatigué de devoir attendre des mois et des mois le dénouement de ses séries préférées, le public a massivement adopté — et alors là je sais pas comment on le dit on en français — le binge-viewing, popularisé par Netflix mais qui existait déjà par ailleurs.

Une tendance que les chaînes américaines, par exemple, n’ont pas su anticiper et qui a fait le succès de Netflix, ce qui ne s’est pas réellement passé en France puisque je vous rappelle que, en France, le rythme de diffusion des séries américaines n’est pas du tout le même que celui des États-Unis.

Alors, évidemment, face à ce monde en perpétuel bouleversement, il faut disrupter. Oui, mais comment? Les acteurs des médias se posent en permanence la question de savoir comment faire évoluer leur offre de base, comment faire évoluer leur modèle, comment disrupter et comment casser intelligemment ce qui les a rendu incontournables et surtout très riches?

Comme le montre ce diagramme extrêmement simple, les opportunités d’évolution sont au nombre de six. C’est exactement ce que font tous les leaders mondiaux des médias, que l’on prenne CBS, Disney, HBO, Canal+, tous les groupes médias et on peut citer Rogers évidemment au Canada, et également TFO si je souhaitais étendre les exemples, et que chacun partant d’une distribution linéaire est en train de s’accaparer de nouveaux points de distribution en fonction de choix stratégiques de dire on veut être présent sur les écrans, on veut plutôt être sur des réseaux managés, on veut être gratuits, on veut être payants, et ces nouvelles formes d’exploitation permettent justement de trouver de nouveaux débouchés et de construire de nouvelles relations avec les téléspectateurs et les utilisateurs internautes.

La vraie question qui se pose c’est évidemment celle du business model. Difficile de renoncer à un modèle économique ultra rentable pour un modèle ultra risqué. Passer de la publicité télévisuelle assise sur des tarifs extrêmement élevés à de la vente d’espace ciblé sur mobile avec des outils programmatiques est un des principaux défis à relever.

C’est d’ailleurs pourquoi les modèles assis sur le consentement à payer des consommateurs, par abonnement ou à l’acte, la vidéo à la demande par exemple, on le vend parce qu’encore une fois, on arrive à reconstruire un modèle économique avec des basiques que l’on maitrise.

La publicité sur internet est un véritable débat et plus on affine les cibles, plus il est difficile d’avoir en face des populations importantes, et donc plus il est difficile d’avoir des tarifs compétitifs.

Alors, avec tous ces bouleversements, avec cette abondance de contenu, on est en train de dessiner les nouvelles frontières de la télévision. Sous l’impulsion de l’hyper offre, de l’hyper connectivité, de l’évolution du streaming qui évidemment quelque part ringardise le broadcast, le MiScreen, le multi écran, la globalisation de la distribution, le fait d’avoir des technologies qui permettent d’identifier des cibles extrêmement rapidement pour leur proposer de manière tout à fait transparente les contenus qu’ils n’avaient même pas envie de voir mais qu’ils vont finalement regarder parce que la publicité ou que la vidéo arrive sur leur mur Facebook, offrent aux acteurs du marché la possibilité de développer de nouveaux talents, de nouvelles écritures, et de nouvelles activités parce que vous voyez sur la partie de droite, il y a chaque jour de nouvelles opportunités d’exploitation des programmes qui arrivent.

La vidéo à la demande par abonnement, ce qu’on appelle le Cloud PVR, c’est-à-dire la possibilité d’enregistrer ses programmes directement dans des espaces réservées qui ne sont plus des disques durs dont on ne connaît d’ailleurs même pas le fonctionnement quand on les a sur son téléviseur, les applications de TV internet, le développement aussi — je suis désolé encore une fois mais ce qu’on appelle en France le Brand Content. C’est-à-dire qu’il y a de grandes marques qui commencent à produire des contenus comme on a connu les soap operas par le passé, l’arrivé de gens de sites comme Vice, Vox, la Vidéo 360, la réalité virtuelle. Mathieu en a parlé tout à l’heure, et le E-Game pour lequel certaines chaînes de télévision se demandent si elles ne vont pas commencer à diffuser des séances de jeu en ligne qui font le succès de certains sites internet, mais comme des événements sportifs et des événements live.

Alors, face à ce défi-là et pour recentrer et avant de passe à la suite, le véritable défi qui nous concerne nous Francophones c’est de se dire quelle est notre place face à cette télévision du futur.

Souvent et lors de ce débat, de ce type de débat, les créateurs, les producteurs et les diffuseurs nous disent — me disent, « Mais finalement, quelle est notre place dans ce jeu-là? Et en a-t-on une? » Alors, la réponse est évidemment trois fois oui et c’est d’ailleurs le moment de partir à la conquête de la télévision du futur, chacun avec ses moyens évidemment mais en sachant que jamais le monde audiovisuel n’a été aussi ouvert et c’est une véritable opportunité qu’il va falloir saisir.

Alors, pour bien saisir ces opportunités pour les acteurs francophones, c’est évidemment déjà de savoir qu’on est minoritaire. Nous sommes minoritaires par rapport au monde anglo-saxon mais c’est une réalité. C’est un fait. Il faut savoir travailler avec.

Je crois qu’il y a à peu près 250 millions de personnes qui parlent le français dans le monde, répartis au quatre coins de la planète, et c’est là où justement on doit arriver à mettre en place de véritables synergies pour créer, surprendre, divertir les internautes du monde entier. Il n’y a pas de barrière parce qu’on parle le français. Il faut simplement savoir s’adapter. Et pour s’adapter, je considère qu’il y a trois choses à faire.

Comprendre l’environnement dans lequel on joue aujourd’hui, savoir créer des synergies, pourquoi pas transatlantiques évidemment entre Francophones, et puis surtout innover, innover et innover. Et souvent on oublie ce point-là. Il faut être extrêmement créatif pour pouvoir séduire et convaincre le nouveau public de regarder nos programmes.

Alors, justement à propos de programmes, projetons-nous en 2020 et que se dira-t-on le soir devant la télévision? On regarde quoi? D’ailleurs, est-ce qu’on regardera la télévision? Personne le sait.

J’ai identifié de manière extrêmement pragmatique et concrète trois petites innovations qui sont en train de prendre une place de plus en plus importante et qui justement s’appuient quasiment sur un principe qui est celui de la découvrabilité, c’est-à-dire celui de la recommandation de la recherche intelligente.

La première est un acteur français qui dans ses développements, dans ses nouvelles plateformes propose des outils qui, à côté des chaînes de télévision, viennent ajouter des applications qui sont des applications de chaînes qui viennent d’internet. Donc ils peuvent être de toutes petites chaînes ou des choses un peu plus visibles comme France 24, Dailymotion, les Zouzous et une liste est en train d’être constituée par cet opérateur. Sur la partie de droite, on le voit.

Et ne fait, vous accédez à ses contenus qui viennent d’internet qui sont construits comme des mini-chaînes de télévision ultra thématiques et auxquelles vous accédez justement grâce à des outils de recherche qui sont intelligent et qui vont savoir filtrer vos goûts. Alors, évidemment si vous aimez les programmes pour enfants, vous irez systématiquement sur les Zouzous.

C’est peut-être ça la télévision de demain, un mixte de média traditionnel et de média qui vont nous permettre de naviguer dans l’internet profond de manière extrêmement simple.

L’autre grosse tendance qu’on est en train de voir c’est — je l’ai évoqué tout à l’heure — la désintermédiation. On le voit. Les grands acteurs américains sont en train de créer, de peur de se faire diluer dans l’internet, leurs propres offres.

Je rappelle que cette semaine, Disney a annoncé le lancement de DisneyLife, qui est donc un service à la demande, dédié aux enfants sur tablette et téléphone mobile en Grande-Bretagne. C’est une véritable tendance de fond. Tous les grands médias américains sont en train de le faire et de ce fait sont en train d’essayer d’accéder directement aux téléspectateurs finals les grandes chaînes pour les grands événements, mais lorsqu’on va vouloir entrer dans du thématique, évidemment on essaie de personnaliser l’offre et d’être au plus près de la demande du consommateur.

Et puis évidemment l’arrivée de tout un tas de nouveaux services qu’aujourd’hui nous ne connaissons pas et c’est là où je me dis on vit vraiment une époque formidable parce que dans cinq ans, plus de 20 milliards de machines partageront vos vidéos. Ces vidéos occuperont 85 pour cent du trafic de l’internet mondial.

Donc, de ce point de vue-là, l’avenir nous appartient. À nous d’alimenter ces réseaux avec de nouveaux programmes, de nouveaux produits, de nouvelles créations. Et ce dont on doit être convaincu aujourd’hui c’est que la chaîne, le site, l’application championne de 2020 sur laquelle nous serons tous connectés le matin en prenant notre café, elle existe pas. Donc à vous de la créer, à nous d’essayer de développer ce nouveau marché.

Merci.

(APPLAUDISSEMENTS)

Période de questions

LE MODÉRATEUR: Merci beaucoup, Pascal Lechevallier. Je vous demanderais de rester ici parce qu’on va avoir des questions — en fait, y a une période de questions.

Est-ce qu’il y a des gens dans le public qui en avez? Si oui, vous pouvez aller ici au micro. On a environ un quinzaine de minutes. Après ça, il y aura une pause et on va passer à notre table ronde.

Donc vous présentez et votre question.

Mme BRIN: Bonjour. Colette Brin de l’Université Laval. Je suis directrice du Centre d’étude sur les médias.

Merci pour cette présentation riche en nouveaux — enfin, j’ai appris beaucoup de termes-là que je vais googler tout à l’heure. Je vais — en fait, j’ai une question et une deuxième peut-être sous-question.

La question de la règlementation, vous dites que c’est devenu un frein à l’innovation. En fait, dans la salle ici, y a beaucoup de gens qui représentent des institutions publiques du domaine culturel. Le radiodiffuseur public, le Conseil des arts, l’ONF, enfin tous les organismes que vous connaissez peut-être.

Est-ce que vous pensez qu’il y a un rôle pour ces institutions publiques et pour l’état dans l’avenir, ou à votre avis, la solution doit venir essentiellement du privé?

M. LECHEVALLIER: Alors, je connais évidemment moins bien la situation de ce côté-là de l’Atlantique que du côté français. La règlementation il en faut toujours parce que pas de règlementation ouvre la porte à des abus auxquels on est confronté et qui pourraient être pour le coup véritablement destructeurs en particulier pour les médias.

Aujourd’hui le rôle des pouvoirs publics c’est, à mon avis, d’encourager la créativité et d’adapter une réglementation qu’il faut quand même bien le dire et si je prends le cas de la France, la plupart des lois datent des années ’80. Dans les années ’80, aucun des ministres ou des députés qui ont contribué à l’écriture de ces lois ne savaient ce qui était internet.

Donc le bon sens doit l’emporter, et ce bon sens-là doit faire qu’on doit absolument s’adapter à ce que j’ai essayé de démontrer dans mon propos. C’est de dire que, aujourd’hui, ce sont plus les médias qui décident. Ce sont les citoyens et je vais simplement prendre un exemple qu’un véritable débat en France qui concerne la chronologie des médias.

Alors, il y a deux pendants à la gestion de la chronologie des médias en France. Il y a le financement de l’audiovisuel et puis derrière les usages. Et on voit que la pression des usages fait que la chronologie des médias est vieillissante. Il faut arriver à la réformer.

Alors, les discussions durent depuis 10 ans. Peut-être qu’on y arrivera prochainement mais on voit bien que l’évolution et la pression du marché obligent les pouvoirs publics à s’adapter. Donc c’est obligatoire. Il faut réfléchir et plus il y a concertation, plus il y a de débat, plus c’est facile.

Je vous rappelle que la complexité du marché européen est que nous avons de règlementations locales, nationales par pays, et puis une règlementation européenne qui elle-même, à travers des directives, impose ou oriente le marché. Et c’est pour ça que j’appelle ça un millefeuille.

Et évidemment, dans ce jeu-là, les pouvoirs publics ont un rôle qui est déterminant et essentiel et d’avoir le rôle d’écoute, de modération et in fine de publication de nouvelles règles qui permettent aux acteurs locaux de pouvoir se développer parce qu’aujourd’hui y a souvent un phénomène qui est évoqué qui est de dire la règlementation empêche l’initiative.

Voilà. Donc ça ça doit être pris en compte, géré, administré mais dans un esprit encore une fois de bonne intelligence et pas d’affrontement.

Mme BRIN: En fait, c’est pas une sous-question. C’est peut-être juste quelque chose que j’aimerais — que vous avez évoqué rapidement et que j’aimerais vous entendre davantage. Quand vous dites qu’internet se liquéfie, qu’est-ce que vous voulez dire au juste?

M. LECHEVALLIER: Bien, en fait, aujourd’hui on constate quoi? Il y a quelques années, pour avoir une connexion internet, fallait soit s’accrocher à un mur, soit disposer d’une connexion qui était souvent extrêmement faible. Donc on pouvait pas diffuser de vidéo. On pouvait pas regarder la télévision.

Aujourd’hui, internet — et encore une fois on le vit vraiment au quotidien — est présent partout grâce à la fibre, à la 4G, voir la 5G qui commence à arriver. Et de ce fait, internet est partout présent comme une électricité, encore une fois dans les sociétés on va dire évoluées et modernes. Je parle pas des coins les plus retirés où y a ni eau ni électricité, et aujourd’hui internet est complètement environnant, nous enveloppe et on ne se pose même plus la question de savoir si on a ou pas une connexion.

Et de ce fait-là, et en particulier pour l’audiovisuel, c’est aussi une opportunité fabuleuse de pouvoir se distribuer à travers l’internet sans fil sur un terminal qui n’est rattaché à rien et partir à la recherche et à la conquête de nouvelles audiences.

Et c’est le phénomène qu’on est en train de suivre actuellement et c’est pour que cette liquéfaction de l’internet est fondamentale parce que c’est elle qui permet de distribuer de plus en plus d’images. Sans internet, pas d’image. Sans débit puissant, pas d’image tout simplement.

LE MODÉRATEUR: Une autre question ici, oui.

M. CHARBONNEAU: Bonjour. Olivier Charbonneau, bibliothécaire à l’Université Concordia, blogueur à culturelibre.ca, aussi représentant de Creative Commons Canada.

Peut-être un petit commentaire. Personnellement, je parlerais plutôt de la sublimation par internet parce que le Wi-Fi c’est gazeux. Donc l’analogie de la liquéfaction je la trouve un peu moins appropriée. Un petit commentaire personnel ici.

(RIRES)

M. CHARBONNEAU: Ma question concerne le contenu libre par internet. Le paradigme dominant du contenu libre c’est justement ce que vous évoquez que le créateur devient diffuseur. Donc je mets mes vidéos en ligne et tout ça.

Mais peut-être une question qui va intéresser plus les personnes qui sont impliquées dans les institutions de l’état en lien avec la culture, surtout avec le financement. Que pensez-vous du cas où l’état finance la création de la culture et qui a une diffusion libre par ailleurs?

Puis vous comprenez mon lien avec Creative Commons quand je pose la question parce que c’est un phénomène que j’observe de plus en plus de par les questions que je reçois de collègues à travers le Canada par mon rôle de Creative Commons. On se voit le patronage comme on dit en latin là. L’état finance la création. Les universités financent l’écriture de professeurs et ce contenu-là se ramasse donc par internet, ce qui amène une autre forme de compétition à du contenu traditionnel.

Alors, ma question est un peu mal formulée mais j’aimerais ça que vous exploriez ce thème-là du contenu financé, diffusé librement qui se distingue du contenu généré par les utilisateurs.

M. LECHEVALLIER: Alors, pour poursuivre sur ce point-là, typiquement en France, une grande part de l’activité audiovisuelle est financée par le biais de systèmes d’aide, que ce soit par exemple tous les fonds d’aide fournis et délivrés par le CNC. Donc on est bien dans cette même logique. Et moi je distingue deux phases.

Il y a effectivement la phase du financement et de la participation active des pouvoirs publics, qu’ils soient nationaux, régionaux ou locaux. Aujourd’hui par exemple, beaucoup de régions participent en France au financement de films qui sont tournés dans leur propre région. Y a des systèmes d’incitation fiscale. On a assisté récemment en débat avec Luc Besson qui voulait tourner en France en anglais et donc pour pouvoir bénéficier du crédit d’impôt, il a fallu modifier la loi.

Donc on voit bien que les pouvoirs publics et que l’état est au cœur du dispositif d’aide sur la création de programmes.

Mais de l’autre côté, y a effectivement leur exploitation et pour moi je ne lie pas les deux. Les pouvoirs publics et l’état peut participer au financement de la création, et tant mieux, mais derrière, ce sont aussi les producteurs, les distributeurs à trouver les modes d’exploitation les plus adaptés à l’œuvre qui a été créé.

Alors, ça peut être de la vente. Ça peut être de la location. Ça peut être du Creative Commons qui permet d’avoir des exploitations gratuites. Le modèle économique pour moi y est pas lié à son mode de financement.

Évidemment, plus on va aller vers des financements privés, plus il va y avoir une nécessité de retour sur investissement important et là évidemment on va tout de suite s’orienter vers les modèles payants. La distribution gratuite sur internet grâce à des modes de licence de partage sont un des modes d’exploitation qui me semble tout à fait valable et intéressant.

La vraie question dans ce système-là c’est — et ç’a suscité énormément de débats — quelle juste rémunération pour les créateurs et les auteurs? Et là je suis pas sûr qu’on ait la réponse parce que tout ce qu’on donne gratuitement, par essence, y a pas de retour direct.

Donc c’est là où les aides de l’état sont importants. En fait, votre rémunération d’auteur et de créateur vous la touchez par le biais du financement et l’exploitation est sur le partage sur lequel y a pas ou peu de remontée à en attendre.

LE MODÉRATEUR: Peut-être une question ici, madame.

Mme DROUIN: Oui. Je suis Solange Drouin, vice-présidente aux affaires publiques et directrice générale de l’ADISQ. Donc je viens plus du milieu de la musique.

Je veux pas — je veux pas en remettre sur ce que vous avez dit mais dans le secteur de la musique, le genre de discours que vous tenez, on l’entend depuis — on l’entend dans notre secteur. Je veux dire on l’entend depuis des années.

Et je dis pas qu’on a trouvé des solutions. Je veux dire je pense qu’on a peut-être tardé mais j’aimerais ça vous entendre peut-être un peu plus sur la fameuse innovation dont vous parlez. Parce que, en réflexion nous dans notre secteur, l’innovation c’est pas tant au niveau des contenus, parce que le contenu les gens sur internet, les nombreux vidéos dont on parle, c’est beaucoup des vidéos aussi musicaux que les gens se partagent. Faut pas oublier ça, et les gens ce qu’ils veulent voir c’est — et c’est encore, c’est écouter des chansons, écouter de la musique.

Les contenus eux-mêmes ont pas tellement changés. Quand vous parlez d’innovation au niveau des contenus, les gens écoutent de la musique. Les gens écoutent des séries télé, bon, qui commencent, qui ont une fin et tout ça. Et donc l’innovation c’est pas tant là qu’elle doit se diriger. En tout cas dans notre secteur c’est plus au niveau de l’innovation des moyens de commercialisation.

Alors, de tous ces intermédiaires-là dont vous parlez, ces intermédiaires-là qui se sont rajoutés dans notre chaîne de valeurs et qui prennent l’argent et qui s’en vont à la banque, rire à la banque comme on dit, alors c’est l’innovation donc au niveau de la commercialisation et ensuite d’aller chercher les revenus où ils sont parce qu’il y en des revenus dans tout ça. On dit oui, y a des revenus et les revenus ne sont plus nécessairement dirigés vers les gens qui créent le contenu mais y en a des revenus et il faut aller trouver les moyens où ils sont ces revenus-là.

Il y a de nombreuses discussions en Europe sur justement la fiscalité de ces fameuses GAFA là. On essaie de trouver des solutions à tout ça.

Donc moi — donc au niveau de l’innovation, j’aimerais savoir ce que vous — quand vous dites innovation de quoi, innovation de la commercialisation, du contenu lui-même ou —

M. LECHEVALLIER: Alors, pour l’audiovisuel — merci pour votre question. La différence entre l’audiovisuel en tant que tel, la vidéo et la musique, c’est que pour être un grand — un grand artiste musical, il suffit juste d’une guitare, d’une belle voix et on peut tout de suite conquérir le monde.

En matière audiovisuelle, c’est plus compliqué. Il faut écrire — il faut écrire une œuvre. Il faut la produire. Il faut la tourner et on voit que les innovations liées à l’image sont nettement plus nombreuses aujourd’hui que celles liées à la musique. AC3 ou n’importe, MPEG2 ou MPEG3, enfin tous les termes qui sont liés aux formats musicaux, l’utilisateur s’en fout. Par contre, son image c’est une implication extrêmement importante. En cinq ans, on est passé d’images dont la définition était totalement pourrie, la SD à la 4K.

Donc on voit que l’image a une composante d’innovation très importante. Quand on parle de réalité virtuelle, c’est de l’innovation parce que la réalité virtuelle ça me permet de filmer en 360 le débat d’aujourd’hui, ce qui n’était pas possible y a trois ans, mais qui peut apporter une nouvelle expérience à l’utilisateur.

Donc y a cette partie innovation qui est liée à l’évolution de la technologie et qui est vraiment très prégnante pour tout ce qui concerne l’image et on a de multiples exemples.

Par exemple, la 4K qui est en train de révolutionner tout le monde de la production. Demandez aux gens qui s’occupent des régies finales dans les chaînes de télévision, c’est un véritable casse-tête et il faut pourtant pouvoir y répondre. Donc ça c’est la partie innovation technologique.

Et puis après, y a quelque chose qui est fondamental à mon avis pour l’image, c’est la façon de changer les écritures. Tout à l’heure je vous ai cité deux exemples — enfin, un exemple, la verticalité. La fille de Rupert Murdoch vient de créer une filiale alors qui s’appelle Vertical où elle va démarrer à produire des contenus verticaux parce que les gens regardent leur téléphone mobile de manière verticale. Et y a des gens qui commencent à travailler sur des projets de fiction en vertical.

Autre exemple très important d’ailleurs pour lequel le Canada est le deuxième producteur au monde, ce qu’on appelle les webséries. C’est-à-dire des séries courtes qui durent de trois à 15 minutes et qui font dix épisodes. Ben ça y a cinq ans, personne n’aurait mis un dollar canadien ou un euro pour produire ce type de programme-là.

C’est l’évolution technologique, l’évolution des comportements au niveau — en termes d’usage qui permet cette innovation-là. Il faut pas s’en priver. Il faut être capable de produire ce type de programme.

Il y a cinq ans, les grands studios américains auraient refusé de travailler pour une société comme Netflix, c’est-à-dire produire 10 épisodes de 50 minutes parce qu’on était dans des logiques — vous les connaissez — de huit, 11, 24 épisodes par saison vendues à des grands networks sur un pilote. Aujourd’hui, ç’a complètement changé.

Donc on voit que l’innovation dans l’écriture, dans la production est en train de rentrer dans le monde de l’image et c’est en ça que tous les acteurs du marché doivent se poser des questions.

Aujourd’hui, faire une série, c’est pas forcément faire une série 24 fois 42 minutes. C’est peut-être 10 fois trois minutes, et ça c’est au producteur de l’absorber et de vivre ce nouveau monde qu’on est en train de découvrir et d’être capable de proposer ce type de programme aux diffuseurs, aux nouveaux diffuseurs qu’on ne connaît peut-être pas d’ailleurs aujourd’hui encore.

LE MODÉRATEUR: Merci beaucoup.

Alors, ben on a un léger retard mais on va quand même — on va quand même prendre une petite pause d’environ une demi-heure. On va placer la table pour la table ronde et on se retrouve tout à l’heure.

Alors, merci beaucoup, Pascal Lechevallier.

M. LECHEVALLIER: Merci. Merci à vous.

LE MODÉRATEUR: Et on se retrouve dans une demi-heure.

(APPLAUDISSEMENTS)

— L’audience est suspendue

— L’audience est reprise

LE MODÉRATEUR: Je vous demanderais de vous approcher et de vous asseoir. On a un léger retard qui s’est accentué. Donc on va essayer de faire ça — de faire ça rondement.

Et donc je vous rappelle que la nouveauté du mot « découvrabilité » confond même Siri. Alors, c’est dire, hein.

Suzanne Lortie a fait une recherche sur la découvrabilité et Siri lui a répondu que l’été commençait le 21 juin.

Mme LORTIE: Et se terminait le 23 septembre.

(RIRES)

LE MODÉRATEUR: Ben c’est ça. Donc Siri est confondu. Bref, je sais pas si ça va durer très longtemps tout ça.

Donc il y a table ronde, une heure et demie de discussions avec nos panelistes, qui sera suivie d’une période de questions. Alors, notez bien vos questions.

Évidemment, autour de la table vous le reconnaissez, Pascal Lechevallier qui n’a plus besoin de présentation maintenant.

Vous avez à ma droite ici Sylvain Lafrance qui est l’ancien vice-Président exécutif des services français de Radio-Canada. Si vous faites du binge-watching sur Tou.tv, c’est à cause de lui entre autres choses.

(RIRES)

LE MODÉRATEUR: Il dirige maintenant le Pôle Médias HEC Montréal qui est une plateforme de recherche d’information et de transfert sur l’univers des médias.

Vous avez Christine Thoër ici qui est professeure au département de communication sociale et publique de l’UQAM et directrice de ComSanté, un centre de recherche sur la communication et la santé. Elle travaille dans les usages d’internet des jeunes en matière de visionnement connecté et évidemment la santé.

Vous avez Jean-François Gagnon qui est ici et qui a fondé LVL en 2003, qui a mené l’entreprise de son démarrage à celui d’un chef de file actuellement mondial dans le marché de la télévision avancée. Il est considéré comme une autorité tant au niveau des technologies du marché des médias et du divertissement numérique.

Ici à ma gauche, Wale Gbadamosi-Oyekanmi. Je le savais que je serais pas capable.

(RIRES)

LE MODÉRATEUR: Tu me pardonneras, han?

M. GBADAMOSI-OYEKANMI: Pardonné.

LE MODÉRATEUR: Wale est PDG et directeur de création chez Darewin et non pas Darwin. C’est un beau jeu de mots. C’est une agence de communication spécialisée dans le divertissement qui a été fondée en 2011 et qui conçoit des stratégies numériques et mobiles rassembleuses pour véritablement enrichir les expériences de divertissement. Il travaille notamment avec Netflix, entre autres clients.

Vous avez Suzanne Lortie qui est en face de moi ici. Suzanne Lortie qui est professeure à l’UQAM. Elle dirige le département de — le programme en communication, stratégies de production culturelle et médiatique de l’École des médias. Elle est aussi directrice de production et productrice déléguée en télévision depuis 1992 et consultante aussi en stratégie nouveaux médias.

Et on termine ce tour de table avec Michèle Savard. Michèle Savard qui est vice-présidente principale chez Carat, une agence de pub, où elle est responsable de la stratégie travaillant avec des annonceurs à la création de nombreuses campagnes de communication. Ils ont notamment comme client Danone je crois.

Mme SAVARD: Oui.

LE MODÉRATEUR: Oui. Elle possède plus de 25 ans en stratégie média publicitaire.

Discussion table ronde:
La découvrabilité du contenu à l’ère de l’abondance

Alors, avant de m’asseoir à la table avec tout le monde, je vais demander aux participants d’y aller rapidement avec les — ce qu’ils veulent nous livrer aujourd’hui.

Donc, je vais commencer par Sylvain Lafrance et on va faire un tour de table comme ça. En une minute, qu’est-ce qui vous motive à venir ici et qu’est-ce qui vous interpelle dans le terme « découvrabilité »? Et on ira comme ça rapidement en tour de table avant d’aller dans des questions plus profondes.

Alors, Sylvain Lafrance, je vous laisse briser la glace.

M. LAFRANCE: O.k. Je m’y attendais pas mais je dirais que la découvrabilité en gros ce que j’espérais c’est élargir un peu le débat parce que je trouve qu’on parle beaucoup actuellement des questions de quincaillerie puis questions techniques et tout ça.

Alors, au fond, pour moi dans la découvrabilité-là c’est beaucoup plus large que ça. Ça interpelle des questions de politique publique, de règlementation, de financement des sujets. Ça interprète — ça interpelle un paquet de choses et même ça interpelle le monde de l’enseignement parce que la littératie médiatique devient importante. On ne comprend pas comment les informations nous parviennent et c’est très grave.

Alors, pour moi, l’enjeu de découvrabilité c’est un enjeu d’accès à la connaissance, d’accès à l’information, d’accès à la culture, et à cause de ça c’est extrêmement large.

LE MODÉRATEUR: Avant d’aller plus loin, il y a quelqu’un qui m’a volé mon stylo durant la pause. Alors, je sais pas si y en a un pas loin. Je viens de découvrabilir en studio un stylo.

(RIRES)

LE MODÉRATEUR: Merci beaucoup, Sylvain Lafrance.

On va commencer — on va y aller avec vous, Jean-François. Qu’est-ce qui vous allume? Qu’est-ce qui vous interpelle dans ce mot-là découvrabilité?

M. GAGNON: En fait, ce qui m’interpelle davantage c’est que pour faire le pont avec la présentation de ce matin, oui, y a une quantité extraordinaire de contenu vidéo qui se consomme mais c’est pas lié à aucune industrie comme telle. C’est pas toutes les vidéos qui se consomment qui sont — qui proviennent en fait là d’une activité professionnelle.

LE MODÉRATEUR: C’est le moins qu’on puisse dire.

M. GAGNON: Mon souci davantage c’est une chaîne de valeur en fait. C’est vraiment — y a une opportunité de remettre en place une chaîne de valeur ou, peu importe en fait, de très haut niveau. Ça prend un acheteur. Ça prend une personne qui va faire — un acteur du système qui va faire la promotion, puis un cadre qui va favoriser en fait — qui va favoriser le — c’est pas juste — un cadre qui va favoriser la mise en place d’un approche juste.

LE MODÉRATEUR: Merci beaucoup, Jean-François.

Suzanne, qu’est-ce que vous êtes venue nous livrer aujourd’hui?

Mme LORTIE: Je sais pas si j’ai quelque chose de particulier à livrer.

LE MODÉRATEUR: Moi je pense que oui.

(RIRES)

Mme LORTIE: Écoutez, moi j’enseigne à des jeunes de 20 ans. J’enseigne des modèles de financement qui sont obsolètes et qui sont en distribution. J’enseigne une compréhension d’un univers de production, de diffusion et de compréhension qui est en profonde transformation.

En fait, ce qu’on cherche à savoir c’est où est-ce qu’on va être dans cinq ans et dans 10 ans, mais c’est surtout est-ce qu’on peut écouter les nouveaux usagers? Est-ce que — moi je dis souvent à mes étudiants qui pensent qui savent tout pis qui connaissent tout, je leur dis, « Louez-vous un adolescent. Je peux vous prêter les miens si vous voulez et observez-les pendant quelques jours, quelques semaines et quelques mois. » Et on risque peut-être de saisir quelque chose.

LE MODÉRATEUR: Merci.

On continue avec vous, Michèle. En tant que représentante de l’industrie de la pub, en quoi est-ce que le thème de la découvrabilité vous interpelle?

Mme SAVARD: De la pub, je suis vraiment dans la planification et l’achat média, donc la compréhension du comportement du consommateur sur les plateformes médias ou surtout le point de contact avec le consommateur. Donc notre travail avec nos clients qui sont des annonceurs c’est de trouver où sont ces consommateurs-là.

C’est trouver les vidéos qu’ils consomment, le contenu qu’ils consomment — pas juste la vidéo, la musique, tout le contenu qui est consommé, d’attacher mon client à ces vidéos-là, donc que ça soit profitable pour l’annonceur. Et si y a pas de contenu qui existe, ben de voir comment est-ce que je peux en créer ou je peux le trouver, puis m’assurer de quelles sont les plateformes où je suis capable de le pousser plus à mon — à ma cible.

LE MODÉRATEUR: Merci.

Wale, là tu vas nous prononcer ton nom de famille. Comme ça je vais pouvoir bien l’avoir à la fin de la rencontre.

M. GBADAMOSI-OYEKANMI: Vous êtes prêt?

LE MODÉRATEUR: Oui.

M. GBADAMOSI-OYEKANMI: En fait, faut pas prononcer le G. Si vous prononcez pas le G, c’est très facile. Ça dit Gbadamosi-Oyekanmi. C’est aussi simple que découvrabilité.

LE MODÉRATEUR: Ça montre tout le travail que j’ai encore à faire en tant qu’animateur.

(RIRES)

LE MODÉRATEUR: Merci, Wale. Mais bon, vous travaillez dans un domaine très particulier. Vous travaillez avec des clients qui sont nouveaux, par exemple Netflix. En quoi est-ce que la découvrabilité ça fait partie de votre — de vos tâches?

M. GBADAMOSI-OYEKANMI: En fait, c’est intéressant le mot découvrabilité. C’est une manière de renommer le travail qu’on fait depuis quatre ans. C’est une boîte qui est en très grande croissance. On a passé de un à 50 en quatre ans. On est devenu français désormais internationaux au niveau de l’Europe. Donc ça requalifie finalement le travail qu’on fait qu’on avait d’abord appelé la social TV.

LE MODÉRATEUR: M’hm.

M. GBADAMOSI-OYEKANMI: Et qu’on pourrait effectivement requalifier d’agence de découvrabilité puisque notre enjeu c’est de croire fondamentalement que toutes les histoires, quand elle sont à raconter, toutes les histoires en public, encore faut-il les trouver.

Et notre travail effectivement c’est d’accompagner les producteurs, les diffuseurs, et les opérateurs dans l’écosystème du contenu, à trouver leur public sur les bonnes plateformes au bon endroit, au bon moment, et de les toucher avec les messages qui sont pertinents pour eux.

Donc c’est fondamentalement le métier qu’on fait et ça me plait beaucoup d’échanger avec vous sur ce sujet-là.

LE MODÉRATEUR: Merci, Wale.

On termine avec vous, Christine Thoër. Vous travaillez avec des étudiants comme Suzanne d’ailleurs. C’est quoi les défis d’accès au contenu auxquels ces étudiants-là, ces jeunes-là font face?

Mme THOËR: Le grand défi c’est pour les profs qu’ils y accèdent pas pendant les cours.

(RIRES)

Mme THOËR: Moi par rapport à la question que vous posiez à tous comment on se positionne par rapport à la découvrabilité, je m’intéresse à ceux qui découvrent. Donc comment ils découvrent? Quelle pratiques qu’ils mettent en place? Quel sens ça prend pour eux? Comment ça s’inscrit dans leur quotidien et qu’est-ce qu’ils en retirent?

Donc en fait ça sera vraiment la position des usagers puis on est une équipe de recherche à la Faculté de communication et ça fait trois — enfin, on a un projet de trois ans où on essaie justement de suivre les jeunes dans leur stratégie de découverte des contenus. Et c’est ces résultats de recherche que je vais partager avec vous en fait aujourd’hui. Donc c’est la perspective de l’usager.

LE MODÉRATEUR: Merci beaucoup, Christine.

Je rappelle aux gens qui nous écouteraient sur YouTube, si vous avez des questions pour les panelistes ici, vous le faites avec le mot-clic découvrabilité et en plus vous allez pouvoir l’écrire pour la première fois dans votre vie. Y a toujours une première fois. Donc hésitez pas à le faire sur Twitter.

J’aimerais commencer avec un événement d’actualité auquel j’ai assisté cette semaine. J’ai pu assister au lancement — et ça je pense on va en avoir de plus en plus dans le futur — d’une agence pour des YouTubers. C’est une agence de pub — ben une agence de production, pardon, de télévision à Montréal. C’était l’Attraction Images qui lançait Slingshot cette semaine. Donc 13 YouTubers — pardon, 1.7 million d’abonnés qu’ont ces gens-là. Y a des réseaux de télé qui rêveraient avoir des chiffres d’audience qu’ont ces jeunes YouTubers là.

Vous en avez fait mention, Suzanne, entre autres choses. J’aimerais peut-être commencer avec vous.

On sait que c’est une culture qui est souvent regardée de haut par certains médias. On critique la manière dont on rend le contenu. On critique la pub qui est intégrée là-dedans peut-être pas toujours de manière très, très subtile.

En quoi est-ce que vous pensez que ces gens-là qui sont extrêmement populaires ont à apprendre quelque chose au média traditionnel? Parce qu’ils sont populaires. Ils sont en train de changer toute la manière dont on fait des médias-là actuellement.

Mme LORTIE: En fait, ils sont en train d’inventer une grammaire qui est à eux. Ça veut pas dire qu’ils sont en train de défaire la grammaire existante ailleurs mais ce qui est certain en tout cas c’est que y a cette émergence-là d’une nouvelle grammaire, d’une nouvelle syntaxe, et aussi d’une nouvelle façon de concevoir les modèles de réseautage je dirais parce que ça va plus — ça va plus loin que la grammaire de la fabrication des contenus. C’est la grammaire de la relation avec un auditoire en fait surtout qui est mise en cause.

Ce sont des choses qui émergent de la — du web des gens normaux en fait. On n’est même pas en train de parler du 1 pour cent et du ½ pour cent qui fait — qui font des fortunes. On est en train de voir qu’il y a une réelle pépinière de talents là. Et d’ailleurs, Attraction n’est pas le seul à avoir fondé un studio. Québécor a maintenant aussi son studio qui s’appelle Goji.

LE MODÉRATEUR: Goji, oui.

Mme LORTIE: C’est un modèle qui existe depuis des années en Europe, qui existe en Californie, pis je pense que ça valait la peine de se consacrer — je pense que c’est un calcul bien réfléchi en fait de leur part d’aller donc installer des cellules de production ici au Québec parce que je pense que ça part du fait que les talents n’étaient pas bien desservis avec des structures de production qui existaient ailleurs.

LE MODÉRATEUR: Mais quand vous parlez par exemple de grammaire, du rapport à l’auditoire, qu’est-ce que vous voulez dire par là?

Mme LORTIE: Ah, mon Dieu, c’est une question — c’est-à-dire que c’est un rapport à la fois linéaire mais stocké. C’est délinéarisé. Y a une proximité. Il y a un langage. L’âge, la formule, la durée et les contenus qui sont proposés. Ç’a commencé avec le Outboxin. Ça continue avec les Snackable, les Hows, et excusez-moi encore une fois les termes anglophones, désolé, mais ça va dans tous les sens.

Alors, je — et il n’y a pas que du partage de musique. On est dans un univers de contenu non scripté mais aussi parfois dans des univers de contenu scripté en humour et etcetera. Donc ça va vraiment dans tous les sens.

LE MODÉRATEUR: Des gens qui sont extrêmement connus, on a reçu nous à la Sphère, il y a quelques mois Cynthia Dulude. Cynthia Dulude, je pense que les 20 ans, peut-être 30 ans et plus la connaissent pas tant que ça mais —

Mme LORTIE: Mais elle était l’an dernier —

LE MODÉRATEUR: Quatre cent milles (400,000) abonnés sur —

Mme LORTIE: Oui, sur le marché européen du magazine féminin dit de Lifestyle. Parce qu’on est en France, on va appeler ça Lifestyle. Elle était considérée comme étant parmi les 20 plus grandes influenceuses en fait.

LE MODÉRATEUR: Oui. La question, j’en ai parlé tout à l’heure. La question des prescripteurs culturels est très importante. On parle beaucoup des algorithmes qui sont l’espèce de bulle de filtres, en fait qui contribuent à la bulle de filtres qui nous — qui nous entoure.

Et pourtant, Jean-François Gagnon, vous vous intéressez notamment à cette question-là, la question des influenceurs. On sait qu’actuellement les contenus culturels, si on n’a pas — si on n’a pas la bonne personne qui nous dit va écouter ça, ça peut faire la différence entre un contenu qui va bien fonctionner et un contenu qui va se perdre malgré le fait qu’on a des bon algorithmes, non.

M. GAGNON: Oui. Ceci étant dit, en fait ce qui est intéressant c’est de regarder un peu l’évolution de la majorité des services qui offrent des contenus vidéos.

On regarde Netflix en fait. Ben prenons Netflix parce que tout le monde le connaît. L’existence de Netflix ça fait 10 ans et pendant les cinq — les cinq années qui ont suivi la mise en place de Netflix, Netflix avait un prix d’un million de dollars en fait qui était octroyé, qui était disponible pour — en fait à différentes équipes ou à l’équipe qui était pour démontrer qu’avec un algorithme, y était pour influencer de plus de 10 pour cent en fait le nombre de contenus visionnés.

C’est jamais arrivé. En fait, honnêtement, c’est 0.4 pour cent de différence en l’espace de cinq ans qu’ils ont été capable d’accomplir comme résultat tangible, ce qui est — comme je te partageais en fait un peu plus tôt, l’idée c’est que y a eu aussi un autre groupe — un autre groupe parallèle qui a été mis en place qui a davantage en fait mis l’accent sur les réseaux sociaux puis l’aspect — le partage d’une recommandation personnelle.

Donc un individu qui connaît un individu qui recommande un contenu et auquel cas en fait y a eu des augmentations jusqu’à 15 pour cent.

Donc honnêtement, là-dessus —

LE MODÉRATEUR: C’est hallucinant. Je veux dire on est dans le — dans des milliers du point de pourcentage par rapport à l’algorithme.

M. GAGNON: Recommander du contenu c’est pas comme recommander une voiture. T’as un élément très chaud. Donc la personne ou — la personne et la façon dont la recommandation est faite a beaucoup d’influence. Donc l’algorithme, oui, régulateur, oui, c’est nécessaire. C’est pas suffisant, puis le rôle du curateur en —

LE MODÉRATEUR: Oui, on peut le dire, oui.

M. GAGNON: — ça devient de plus en plus important. D’ailleurs en fait, la majorité des services de distribution de contenus en ligne ont un approche de plus en plus lié à ce qu’on pourrait — l’analogie que je ferais c’est l’importance du directeur de programme pis les rôles de gens de promotion pis de mise en marché, c’est un élément en fait qui revient de plus en plus. C’est important. C’est un facteur significatif.

LE MODÉRATEUR: Vous vouliez réagir — vous vouliez réagir là-dessus, Suzanne.

Mme LORTIE: En fait c’est que je vais renchérir pour continuer donc avec le tout et faire le parallèle avec ce que Jean-François vient de dire. En fait, c’est que les MCN ont trouvé — les multi-channel networks en fait ont trouvé leur pertinence justement parce qu’ils regroupaient des gens par contenu. Ils faisaient office de prescripteurs et de curateurs en fait.

LE MODÉRATEUR: M’hm, oui. Ben expliquez-nous un peu qu’est-ce que c’est justement parce que c’est quand même une bibitte assez nouvelle là les multi-channel networks sur YouTube.

Mme LORTIE: Ben en fait, c’est que la réplication du modèle des diffuseurs traditionnels mais sur YouTube en fait. C’est que c’est au départ un modèle de régie publicitaire qui s’est transformé en regroupement de services, regroupement de services experts concernant justement la curation mais surtout l’optimisation des revenus publicitaires, faire des promotions croisées. Et là on est rendu à l’étape d’après, c’est-à-dire l’intégration du contenu de marque pour être capable d’avoir les annonceurs en amont et ne plus donc se fier uniquement sur les revenus publicitaires qui viennent de la plateforme, mais d’être capable de monétiser ces contenus en amont, encore une marque.

LE MODÉRATEUR: Oui.

Mme LORTIE: C’est essentiellement ça là.

LE MODÉRATEUR: C’est un mode aussi qui est assez critiqué par certains YouTubers, han?

Mme LORTIE: Oui.

LE MODÉRATEUR: C’est pas tout le monde qui adhère à cet espèce de philosophie de mise en marché.

Mme LORTIE: Et non seulement ça mais y a aussi des MCN qui ont été relativement malhonnêtes avec les YouTubers. Y a les deux pans.

LE MODÉRATEUR: M’hm, oui.

Mme LORTIE: Mais ça pose aussi toute la question de la transparence en fait de ces contenus-là pis la question va se poser pour les contenus sur Instagram et sur Snapshot et etcetera, donc sur toutes les plateformes sociales en fait où y a du UGC, du user-generated content, où y a des marques qui sont intégrées.

LE MODÉRATEUR: Oui, Jean-François, vous voulez continuer là-dessus?

M. GAGNON: Ben en fait, je sais que le focus est quand même la découvrabilité donc d’une notion en fait d’industrie pis de commerce-là de système, mais là on a un pan plus production puis en fait tout le phénomène des YouTubers au niveau des modèles qui fonctionnent, c’est un peu l’évolution d’un format télévisuel qu’ils magasinent. Donc c’est des coûts de production très, très faibles, un individu central puis c’est — pourquoi ça fonctionne bien présentement c’est que coût de production très faible, un reach très grand, pis avec un modèle de monétisation, le CPM, même très, très, très bas, c’est quand même une opération qui, sans être rentable, on limite — on limite les pertes.

LE MODÉRATEUR: M’hm.

M. GAGNON: Parce qu’industriellement la problématique c’est ça. Ces entreprises là de MCN — il n’y a pas un MCN qui a un objectif en fait de rentabiliser son entreprise, son — un objectif de créer de la valeur pis prendre une place de marché pis d’augmenter —

Mme LORTIE: Et revendre.

M. GAGNON: — le plus possible la portée.

Mme LORTIE: Et revendre, ils sont en fait dans une — dans une logique de — de capital de risques en fait.

M. GAGNON: C’est ce qui est — oui, tout à fait, c’est un des plus — ça crée en fait un — un vacuum immense au niveau des modèles legacy. C’est que un, y a des gens ici qui — pis pas juste ici, mais partout qui ont des responsabilités en fait de — et même l’imputabilité de maintenir et de générer en fait une profitabilité dans leurs organisations, alors qu’ils compétionnent comme des organisations en fait où le focus c’est vraiment pas celui-là. C’est les mêmes parts d’audience, c’est des revenus qui se déplacent et c’est ça, ça crée —

Mme LORTIE: Et là —

M. GAGNON: — ça crée une certaine —

Mme LORTIE: — où je trouve qu’il y a vraiment quelque chose de super intéressant dans ce phénomène-là — pour revenir au sujet de la discussion — c’est que ces YouTubers là ne considèrent plus la télévision comme étant une fin. Ils ne considèrent plus l’objectif — ils — ce n’est pas leur objectif pour la plupart de faire le saut et de se retrouver dans un réseau traditionnel de diffusion.

M. GAGNON: M’hm.

Mme LORTIE: Ils sont heureux à l’intérieur de cet écosystème-là, ce qui veut pas dire qu’il y a pas de possibilité de convergence et de déploiement ailleurs. C’est juste une question d’objectif, en fait.

LE MODÉRATEUR: Mais est-ce que les — là vous avez parlé des algorithmes, on a parlé des — on a parlé des influenceurs, mais est-ce que — est-ce que les moteurs de recherche ont encore une influence dans — dans la manière dont on trouve du contenu, dont on a accès à du contenu?

Christine Thoër, j’aimerais vous entendre là-dessus.

Mme THOËR: Les jeunes qu’on a rencontrés qui ont entre 12 et 25 ans nous disent qu’ils les utilisent, et que essentiellement d’ailleurs ils recherchent plus — ça — les contenus c’est par des marques, des chaînes parce que — en fait ce qu’ils nous disent qu’ils regardent comme contenu en ligne, c’est des contenus qui sont issus de la télévision. Donc la télévision est pas morte, y a — non plus elle va être regardée différemment et une partie sont des vidéos, notamment les vidéos des YouTuber. Et quand ils sont plus jeunes, les vidéos de YouTuber et les vidéos de manière générale occupent une grande — c’est la partie majoritaire chez les 12-14 ans par exemple.

Et quand — pour trouver ces contenus-là, ben y vont aller sur YouTube, y vont s’abonner à certaines chaînes, ils vont voir tout ce qui sort, donc y vont utiliser les moteurs —

LE MODÉRATEUR: Mais en même temps le moteur de recherche c’est pas — c’est pas — en fait c’est pas avec ça que la personne va trouver, parce que la personne sait déjà ce qu’elle cherche et le moteur de recherche y est juste un élément qui va lui permettre d’aller vers —

Mme THOËR: Elle sait pas —

LE MODÉRATEUR: — cette personne-là.

Mme THOËR: — toujours déjà ce qu’elle cherche. Elle sait, par exemple, ils ont aimé telle série, alors ils sont pas capable de définir la série — on a essayé de leur faire définir, « Bon, c’est quoi les genres que vous regardez? » La notion de genre, la notion de catégorie, ça c’est des émissions, des vidéos, deux grandes catégories pis tout rentre là-dedans. Après — en fait y vont rentrer quelque chose qu’ils ont vu, qu’ils ont aimé, et puis qu’on me propose quelque chose qui ressemble et c’est ce que les moteurs leur proposent.

LE MODÉRATEUR: Oui, c’est ce que les algorithmes font.

Mme THOËR: Exactement, et —

LE MODÉRATEUR: Les fameuses — la bande

Mme THOËR: Absolument.

LE MODÉRATEUR: — défilante à côté de — des vidéos qu’on regarde.

Mme THOËR: Et ils avaient l’habitude de le faire avec de la musique en continu, donc ils ont déplacé ce — ce mode de pratique sur les contenus télévisuels, enfin les contenus audiovisuels en fait.

Et de ce fait-là alors la médiation ça va être, « J’ai aimé telle chose, je cherche quelque chose. J’ai aimé tel acteur. » Ou alors, « Qu’est-ce qui est le plus populaire? Je veux voir les 20 du soir. » Donc il y a aussi ce — cet élément, ce qui est le populaire, c’est quand même intéressant à voir.

LE MODÉRATEUR: Oui. Merci.

Mme THOËR: Donc on va aller —

M. LAFRANCE: Mais —

LE MODÉRATEUR: Oui, Sylvain.

M. LAFRANCE: — j’ai l’impression que on regarde le moteur de recherche comme si — on en discute comme si y était seulement un curateur pour aller vers du contenu audiovisuel. Le moteur de recherche est en soi un média parce que tu peux t’asseoir aussi, les jeunes peuvent s’asseoir pendant 45 minutes, ils sont passionnés par ceci ou par cela et ils cherchent et plutôt que de regarder un documentaire ils vont souvent faire des recherches pendant 45 minutes, ils se font alimenter des choses —

LE MODÉRATEUR: Oui.

M. LAFRANCE: — dont la crédibilité est parfois douteuse ou pas, ça dépend. Et c’est là d’ailleurs que — que se pose le problème, mais il faut pas voir un moteur de recherche seulement comme le chemin vers la consommation de médias traditionnels. Il faut le voir comme un média en soi.

Et c’est là qu’à mon avis il commence à y avoir des vraies questions sur comment on devrait organiser cet univers là d’accès à la connaissance, cet univers là d’accès à l’information, parce que là il y a vraiment des — il y a de l’eau dans le gaz sur la façon dont on reçoit la page. Il faut, par exemple — j’en suis convaincu — augmenter beaucoup la littératie médiatique que les jeunes comprennent comment ça marche un moteur de recherche. Ils sont éditorialisés comment? Ils sont commercialisés comment? Ils vous envoient quoi? Puis quand ils vous enferment dans votre bulle de filtres, ça veut dire quoi?

Il faudrait que les — c’est aussi important que de savoir écrire de comprendre ça, parce que l’accès à la connaissance passe par ça.

Ça fait que moi je suis porté à voir le moteur de recherche comme un média en soi.

LE MODÉRATEUR: Oui. Mais quand vous avez créé Tou.TV là, vous vouliez évidemment développer des nouveaux contenus pour ça. On n’était pas — on sait que — moi je me souviens d’avoir entendu beaucoup — il y avait des pubs — d’ailleurs c’est encore le cas — de la promotion croisée, la radio, la télé, l’internet, les trois se promotent —

M. LAFRANCE: Oui.

LE MODÉRATEUR: — si vous me permettez —

M. LAFRANCE: Certainement.

LE MODÉRATEUR: — l’expression — entre elles.

(RIRES)

LE MODÉRATEUR: Mais comment est-ce que vous avez — comment est-ce qu’on peut penser un contenu pourrait être — qui soit — qui soit recensé, qui soit indexé pour qu’on puisse le trouver? Quelqu’un qui le cherche pas nécessairement va tomber dessus, c’est un peu ça aussi le défi des médias —

M. LAFRANCE: Oui. Dans le cas —

LE MODÉRATEUR: — aujourd’hui, non?

M. LAFRANCE: — c’est intéressant parce qu’on parle souvent de promotion croisée pis y a beaucoup de gens qui étaient avec nous dans Tou.TV qui sont dans salle ici, mais je me souviens que on avait à la limite — on venait de fusionner là la radio, la télé, tout ça à Radio-Canada, on a inondé la ville. On a — on pouvait pas rater là, on découvrait Tou.TV sur tous les panneaux d’autoroute, sur la TV, sur la radio, sur l’internet, partout y avait du Tou.TV.

LE MODÉRATEUR: Oui.

M. LAFRANCE: Ce qui fait que ça été quasi une marque spontanée. En un mois on était renversé de la notoriété de Tou.TV, fait que ça arrivait au bon moment, c’est un hasard ou du génie, on le sait jamais, puis peut-être un peu des deux mais quand même —

Mme SAVARD: Bien, ça répondait à un besoin.

M. LAFRANCE: — mais il reste que on a fait vraiment la force d’une promotion croisée, une communication très, très forte, donc ça été quasi instantané là.

LE MODÉRATEUR: M’hm.

M. LAFRANCE: Et ça tombait au bon moment. En plus, il y a qu’à un moment donné on atterrit un terrain fertile. Mais quand on a commencé à dessiner Tou.TV sur un tableau, à dire — parce qu’à ce moment-là ça existait pas beaucoup la télé de rattrapage. On disait, « Oui, ça va être bizarre, un tableau comme ça, tu cliques sur la face de Christine et tu vas regarder l’émission », mais ça été quasi instantané.

Mais c’était — c’était aussi une question de découvrabilité parce que on l’a fait connaître très vite et ça amené nos émissions — pas seulement les nôtres hein, c’est parce qu’on était en partenariat avec Télé-Québec, avec TV5, avec d’autre monde, les émissions de d’autres diffuseurs publics, on les rendait plus disponibles. Donc ça, ç’a été un très gros effort.

Ça dit aussi à quel point le rôle des diffuseurs publics, que sont Radio-Canada, Télé-Québec, TV5, l’ONF, tous les diffuseurs publics, de rendre le contenu disponible. Et là il y a trois affaires on a mis dans la découvrabilité.

Premièrement, est-ce qu’il est disponible sur le plan technique, sur le plan des droits, sur le plan du financement? Faut qu’il y ait tout ça.

Deuxièmement, est-ce qu’il est découvrable si on veut le trouver, si on le cherche?

LE MODÉRATEUR: Il faut qu’il soit référencé là. C’est bien beau d’avoir le même — le meilleur contenu au monde — il y a des contenus qui sont même pas —

M. LAFRANCE: Oui.

LE MODÉRATEUR: Il y en a du contenu canadien qu’on retrouve même pas.

M. LAFRANCE: Oui.

LE MODÉRATEUR: On tape sur Google —

M. LAFRANCE: Mais là il y a une — il y a une autre —

LE MODÉRATEUR: Il faut vraiment le vouloir pour aller le chercher —

M. LAFRANCE: — sur la deuxième partie découvrable —

LE MODÉRATEUR: — là ce contenu là.

M. LAFRANCE: — il y a une nouvelle logique de mise en marché, bon, tout ça. Et la troisième partie c’est est-ce que — est-ce que chu capable d’aller le chercher techniquement pis le regarder? Si je clique, est-ce qu’il va venir là, est-ce que technologiquement ça va marcher?

Alors je dirais qu’y a une première étape qu’y est le rendre disponible, ça veut dire des gros enjeux de droits, des gros enjeux de financement, des gros enjeux de réglementation. Deuxièmement, effectivement est-ce qu’y est découvrable? Pis troisièmement, est-ce que chu capable de le regarder?

Et si on a ces trois-là généralement ça va bien. Et Tou.TV c’est un peu ça, illico aujourd’hui c’est ça. La simplicité par exemple de illico.TV c’est — c’est ça, tu sais, on clique puis ça marche là.

LE MODÉRATEUR: M’hm.

M. LAFRANCE: Donc on l’a rendu assez simple par rapport à ce qu’il y avait il y a cinq ans.

Donc à chaque fois qu’on réussit à le rendre très, très simple, facile d’utilisation et facilement découvrable, on a un grand succès.

LE MODÉRATEUR: Oui, c’est ça, il faut que ça soit simple. Il faut que —

M. LAFRANCE: Oui.

LE MODÉRATEUR: — l’interface fonctionne bien —

M. LAFRANCE: Oui, oui.

LE MODÉRATEUR: — tout de suite puis que ce soit —

M. LAFRANCE: « User friendly. »

LE MODÉRATEUR: — adapté — oui, c’est ça, que ce soit adapté aux tablettes et aux mobiles.

J’aimerais vous entendre là-dessus, Wale. Vous travaillez en France avec quand même des gros clients. Comment est-ce que vous réussissez à rendre les contenus attrayants, découvrables, regardables par des gens qui n’avaient pas nécessairement pensé à aller vers ça?

M. GBADAMOSI-OYEKANMI: Alors nous l’enjeu vraiment c’est la création de marques. On considère que dans un écosystème où il y a énormément de contenu qui sont produits tous les jours, toutes les secondes dans toutes les langues. L’enjeu c’est de faire émerger des marques. Et nous travaillons non seulement la notoriété de la marque — comme vous l’avez dit sur Tou.TV c’est capital — mais savoir en fait quelle est l’utilité de cette marque pour moi consommateur, faire que je peux reconnaître la meilleure marque.

Je peux connaître une série. C’est pas parce que je connais cette série que je veux nécessairement la regarder. Je veux la regarder si j’y trouve un intérêt finalement.

Donc l’enjeu est au-delà de la notoriété, de donner une vraie utilité à cette marque pour le consommateur —

LE MODÉRATEUR: M’hm.

M. GBADAMOSI-OYEKANMI: — et c’est — c’est cette portée-là qu’on travaille. La manière dont on travaille c’est de créer un lien émotionnel. Le lien émotionnel c’est ce qui permet, une fois que le consommateur a trouvé le programme à consommer, qu’il le recommande derrière.

Là disons ça — ça semble — c’est-à-dire que un des enjeux fondamentaux de l’industrie culturelle pour ce qui en est des contenus c’est la recommandation. C’est-à-dire que je vais regarder un film parce que mon voisin, ma voisine, mon ami, mon collègue m’a potentiellement dit, « Comment ça tu ne l’as pas vu? Tu devrais le regarder. »

Et on considère que ce — ce schéma là qui passe beaucoup par le digital, les médias sociaux, dans un temps de communication globale d’une — d’un producteur ou d’un diffuseur, c’est celui qui est le moins travaillé. C’est-à-dire que je fais en sorte que tout le monde sache que mon programme arrive à l’antenne ou sur une plateforme, mais est-ce que je travaille fondamentalement le fait que ceux qui consomment ce contenu le distribue derrière?

LE MODÉRATEUR: Oui.

M. GBADAMOSI-OYEKANMI: Je pense que nous devons nous poser une question. C’est un des éléments qui est le moins finalement travaillé, donc je pense que fondamentalement — et je pense que vous en avez tous l’intime conviction — que ça une part très importante en terme de transformation.

Mme SAVARD: M’hm.

LE MODÉRATEUR: Je vous vois réagir. Opinez —

Mme SAVARD: Oui, bien beaucoup —

LE MODÉRATEUR: — Michèle.

Mme SAVARD: — c’était le commentaire, c’est que une fois que l’auditeur, le consommateur a vu le contenu, comment est-ce que je m’assure qu’il partage avec son entourage le fait qu’il l’a aimé —

LE MODÉRATEUR: Oui.

Mme SAVARD: — qu’il l’a pas aimé? Ses commentaires, ce côté ambassadeur de la marque —

LE MODÉRATEUR: M’hm.

Mme SAVARD: — qu’il devient après. Quels sont les outils qu’on donne au consommateur pour être capable justement de devenir des ambassadeurs de notre marque?

LE MODÉRATEUR: Oui.

Mme SAVARD: Il y en a que c’est naturel. Il y a une partie de la population qui sont très actifs sur les médias sociaux qui naturellement deviennent des ambassadeurs. Il y en a d’autres c’est moins. Comment est-ce que je leur donne des outils? Puis ça été un des succès de la première campagne d’Obama, je pense, c’est qu’il a donné aux consommateurs moyens les outils de partager.

Si je deviens un ambassadeur, quand tu me simplifies la job puis tu me dis, « Vas-y, go, partage », c’est facile.

LE MODÉRATEUR: Donc de rendre les internautes des ambassadeurs —

Mme SAVARD: Bien oui.

M. GBADAMOSI-OYEKANMI: C’est pas — je pense —

LE MODÉRATEUR: — des contenus.

M. GBADAMOSI-OYEKANMI: C’est pas que les internautes. L’enjeu est de donner une raison —

Mme SAVARD: M’hm.

M. GBADAMOSI-OYEKANMI: — réelle pour que j’aie envie d’en parler. Pour quelle raison et qu’est-ce que je vais dire dans mon discours, comment qu’on simplifie la capacité de transmission de chacun?

LE MODÉRATEUR: M’hm.

M. GBADAMOSI-OYEKANMI: Si on réussit cet enjeu-là, en fait, on réussit finalement à générer une découvrabilité de proche en proche, en fait.

LE MODÉRATEUR: Oui.

M. GBADAMOSI-OYEKANMI: Ce qui est assez intéressant c’est dans les contenus digitaux, c’est leur disponibilité qui est sur le long terme. C’est-à-dire l’audience télé, c’est une diffusion antenne puis des plateformes de rattrapage, comme les consommations digitaux peuvent être découvertes aujourd’hui ou dans 30 ans. Et l’idée d’avoir de proche en proche des gens qui découvrent en permanence, c’est ce qui permet dans une — dans une optique de « low trend » d’avoir des audiences en fait qui soient énormes et c’est ce qui fait aussi le succès de MCN, c’est que ma vidéo je peux la regarder cette semaine ou la semaine d’après.

LE MODÉRATEUR: Oui.

M. LAFRANCE: Dans la question d’engagement c’est intéressant parce que je suis d’accord il faut vraiment engager — puis on le voit, par exemple, l’OSN qui essaie d’engager.

Mais moi, il y a un exemple que je trouve extraordinaire, c’est les Canadiens de Montréal.

Mme SAVARD: M’hm.

M. LAFRANCE: Pour ceux qui ont jamais été voir un match là, allez voir un match mais allez 15 minutes avant, assoyez-vous là, les deux petits gars avec le drapeau tout ça là. L’émotion est partout avant même que les joueurs arrivent, pis là ils arrivent comme des gladiateurs, t’as l’impression que ça va être du génial. Et là, la partie n’est pas commencée puis t’es complètement engagé.

Mme SAVARD: Oui.

M. LAFRANCE: T’as juste le goût d’aller sur — sur l’application Canadiens puis dire comment c’est bon puis tout ça, puis t’es engagé. Puis quand Carey Price s’est fait mal, là tout le monde a mal.

(RIRES)

M. LAFRANCE: Et je trouve qu’ils ont une façon d’engager —

Mme SAVARD: Oui.

M. LAFRANCE: — émotivement les gens qui va bien au-delà du résultat sportif, qui va vraiment sur les émotions. Ils jouent vraiment sur les émotions et c’est assez extraordinaire comme façon d’engager. Pour moi, c’est ceux qui réussissent peut-être le mieux dans ce que j’ai vu récemment à un engagement citoyen dans leur truc.

LE MODÉRATEUR: Oui, l’émotion est très importante finalement. Ce que vous nous dites là — puis d’ailleurs c’est Jean-François un peu qui a mis la table en disant — en faisant le lien avec cette étude qui est incroyable.

Les algorithmes, on a beau les raffiner au possible, ça donne des augmentations assez minimes d’engagement, et quand on a quelqu’un qui nous dit, « Aye, tu vas écouter ça parce que c’est bon. » Le meilleur exemple, je pense, que c’est un — mettons qu’on a un bon ami qui nous envoie un courriel avec un lien dedans, on n’a même pas besoin — il n’a même pas besoin de rien mettre puis on va cliquer puis on l’ouvrir, c’est ça.

M. GAGNON: J’ai plein de pistes de réactions à ça. Premier, un, l’exemple des Canadiens c’est très bon pis c’est une bonne démonstration. En fait t’as un — une maitrise de ce qu’on appelle le « transmédia », donc c’est pas quelque chose de fondamentalement trop — en fait, transmédia ça amène une connotation négative dans le volet de la production télévisuelle, mais c’est davantage un principe de marketing d’abord et avant tout, puis c’est — ça définit vraiment une approche qui a énormément de valeur, mais ça prend énormément de moyens aussi. C’est un autre — c’est un autre point.

LE MODÉRATEUR: Mais le transmédia a des — peut avoir des répercussions majeures là. On a qu’a pensé à George Lucas qui avait eu le — les droits sur les figurines lors du lancement du premier film parce que —

M. GAGNON: Oui.

LE MODÉRATEUR: — c’était pas tous les studios qui voulaient y aller. Je pense que rétrospectivement il est bien content d’avoir eu ça, puis c’était du transmédia qui n’avait pas —

M. GAGNON: Mais —

LE MODÉRATEUR: — qui s’appelait pas comme tel.

M. GAGNON: Tu vois, cet élément là c’est intéressant parce là on revient au niveau de la monétisation, on revient au niveau du modèle de revenu. C’est pas la diffusion qui fait en sorte qu’il y a un revenu qui est généré par du « merchandising », c’est une fois. Comme il y a — en fait, le contenu a une portée. Il y a un marché, cette masse-là peut être monétisable avec d’autres façons de faire.

Et je pense qu’honnêtement ça c’est un autre truc, on parle beaucoup de consommation, consommation, consommation, d’augmentation de la consommation vidéo, mais la valeur que ça l’a c’est quoi? Parce que fondamentalement c’est là t’as un autre — t’as un autre — c’est pas — l’adéquation se fait plus comme elle se faisait.

Puis il y a un élément qui est très délicat, puis ça, je suis juste assez vieux pour pouvoir bien l’apprécier. C’est que on demande en fait à des services de screening puis à des YouTuber de générer des très, très grandes audiences. Mais de générer une très, très grande audience avec les moyens IP c’est très cher.

Et la valeur qu’on donne aux CPM c’est très petit, alors que la télévision fait ça très bien. Elle est capable d’aller chercher de très, très, très grandes audiences à très faible coût.

LE MODÉRATEUR: Oui.

M. GAGNON: Ça fait que ça c’est un élément avec lequel — je sais pas à qui je disais ça aujourd’hui, mail il ne faut pas être dans un mode de panique. Il faut bien comprendre en fait la subtilité du médium, comment il se commercialise. Puis oui, du magazine télévisuel, peut être un environnement extrêmement intéressant au niveau du « one-to-one » puis du contenu personnalisé, mais fondamentalement pour l’aspect événementiel pour quelque chose qui va être consommé par des très grandes masses de personnes, c’est un bon — c’est un bon environnement.

LE MODÉRATEUR: Oui, très intéressant tout ça.

Pascal là, je vous vois trépigner —

M. LECHEVALLIER: Oui.

LE MODÉRATEUR: — vous voulez réagir à ça?

M. LECHEVALLIER: Oui, je voudrais faire deux commentaires. Le premier sur les YouTuber et cette nouvelle génération de — d’intervenants des médias. En fait en France c’est un phénomène qui est en train de se produire, c’est que tous ces gens-là sont en train de se faire acheter par les chaînes de télévision qui vendent certes du CPM très cher mais de moins en moins, en tous les cas avec des audiences qui sont en forte baisse, donc le CPM a tendance à s’amortir, pas très vite, mais c’est quand même un phénomène.

Et toutes les grandes chaînes, donc que ça soit M6, TF1 récemment ou le Groupe Canal+ ont racheté ou sont en train de racheter des grands YouTuber qui rentrent dans des espèces — alors, excusez-moi du terme mais ce sont des écuries dans lesquelles ils rentrent 10 YouTuber et puis il y en a un qui sortira. Et d’’ailleurs ce YouTuber qui va sortir va faire de la télévision puis du cinéma comme quoi finalement l’histoire se répète.

LE MODÉRATEUR: M’hm.

M. LECHEVALLIER: Deuxième point, suite à tout ce que vous avez dit qui est très, très important sur l’engagement, c’est la neutralité. En fait, on le sait tous, internet n’est pas neutre, en particulier quand on fait la promotion ou quand on part à la découverte de contenu.

Et aujourd’hui il y a un phénomène qui est extrêmement alarmant ou, en tous les cas intéressant, c’est que de grandes marques — alors je ne les citerai pas pour pas prendre des coups de fusils malheureusement en sortant d’ici — mais il y a un point qui est très, très important, c’est qu’aujourd’hui de grandes marques ont compris l’influence qu’avait les médias écrits sur internet même chez les jeunes, et donc font ce qu’on appelait à l’époque, nous, du « publirédactionnel ».

Et je reviens sur le thème de « brown content ». Donc il y a sites qui publient des informations autour de, par exemple, séries télévisées comme si c’était des articles avec la bande d’annonce, le teaser, parce que ça aujourd’hui les réseaux sociaux savent très, très bien teaser —

LE MODÉRATEUR: M’hm.

M. LECHEVALLIER: — et on se retrouve avec cet article qu’on va partager avec ses amis. On dit « Ah, tiens regarde, c’est super, regarde l’article il est génial. Il parle du teaser de la nouvelle série qui va sortir. » En fait, c’est même pas un teaser. C’est pas du rédactionnel. C’est de la publicité qui est palabilisée. Et donc les jeunes qui sont quand même très réceptifs à tout ce qui est peu dans le buzz, eux ne savent pas faire le tri.

Et à partir de là on construit une viralité, mais qui peut s’avérer très dangereuse et qui a une finalité commerciale très forte.

Et là on se dit, « À la découverte de quoi va-t-on quoi, si ce n’est que de la publicité déguisée? » Donc ça pose des vrais sujets de discussion sur cette neutralité qui peut être très dangereuse. Alors quand c’est pour des séries de télé ça va, c’est gentil, mais il y quand même un aspect —

LE MODÉRATEUR: De toute façon je pense qu’il y a même des journalistes qui se font prendre à retwitter des nouvelles de — le gars Rafi puis penser que c’est des vraies nouvelles là, c’est déjà arrivé.

M. LECHEVALLIER: Exactement.

M. LAFRANCE: Et ça, à mon avis, c’est un enjeu qui est vraiment, vraiment majeur. Notamment, par exemple, je vous parlais tantôt de la question des politiques publiques, tout ça. Quand j’essaie de projeter sur ces générations-là qui dans le fond s’en vont effectivement de bouche à oreille c’est merveilleux. Vous avez parlé de viralité dangereuse. Il y a des viralités dangereuses effectivement, on en a vu plein, l’évènement en France récemment. Parfois ça partait à l’envers aussi, on en a vu aussi au Canada.

Et aujourd’hui la curation qui a été faite par des journalistes est souvent faite par des moteurs de recherche, donc on connait pas trop les compétences éditoriales, appelons ça comme ça, et ça, ça me fait un peu peur parce qu’il faut qu’il demeure une puration.

Ce que je dis, ça m’empêche pas de dormir à court terme parce que je pense que tout ça se fait dans une — dans un assez long bout de temps, mais je pense qu’on ne peut pas faire l’économie d’une vraie réflexion sociale, collective, politique sur ce que ce sont ces outils-là, ce que ça veut dire en terme de politique publique, ce que ça a comme pression sur les institutions d’éducation, ce que ça a comme pression sur la réglementation —

LE MODÉRATEUR: Vous parlez des algorithmes là?

M. LAFRANCE: — la pression sur le financement, l’ensemble de ces outils-là.

LE MODÉRATEUR: M’hm.

M. LAFRANCE: Et l’ensemble de l’enjeu de découvrabilité —

LE MODÉRATEUR: M’hm.

M. LAFRANCE: — a des impacts sur l’organisation de notre société, et c’est quand même pour ça qu’il existe le politique, c’est pour organiser notre société et c’est vous —

LE MODÉRATEUR: Oui.

M. LAFRANCE: — qui citiez Véronique Martel en disant, « C’est nous qui allons l’organiser ce monde-là; il n’est pas en train de nous organiser. » Il va falloir qu’on ait ces réflexions-là quelques —

M. LECHEVALLIER: Un point très intéressant sur la partie politique. Je vous rappelle encore une fois on — nous référons à la France, toutes les chaînes de télévision sont obligées de diffuser officiellement auprès du CSA les programmes de télévision trois semaines à l’avance leur mise en ligne.

Évidemment, internet échappe à cette logique absolue, c’est-à-dire qu’on peut mettre n’importe quoi en ligne à n’importe quel moment sous couvert —

LE MODÉRATEUR: Il y a un délai de trois semaines sur internet là c’est —

M. LECHEVALLIER: Exactement.

LE MODÉRATEUR: — un passeport pour la non-viralité.

M. LECHEVALLIER: Là on est dans un coup — on est dans un délai de trois millisecondes. Et en particulier dans le domaine de l’information où les jeunes sont si — malheureusement compte-tenu de tous les évènements qui ont eu lieu récemment, très perméables et donc on peut voir des choses complétement folles arriver, et là pour le coup les pouvoirs publics peuvent commencer la réflexion, mais je pense qu’ils seront morts et enterrés avant de l’avoir terminée parce que pour le coup, l’internet va plus vite qu’eux.

LE MODÉRATEUR: M’hm.

M. LECHEVALLIER: Et on ne demande pas de la censure, mais simplement de la vision, de la visibilité, et aujourd’hui personne, personne ne peut expliquer comment fonctionne les algorithmes de tel ou tel moteur de recherche ou de recommandation, et rien que ça, ça peut faire froid dans le dos parce que —

LE MODÉRATEUR: Oui, mais de toute façon c’est leur — c’est leur potion magique.

M. LECHEVALLIER: Exactement.

LE MODÉRATEUR: Facebook ne dévoilera jamais ça, pas plus que — pas plus que Google.

Mais vous savez que dans le plan numérique qui est actuellement à l’étude par votre — qui a été déposé par votre Ministre Axelle Lemaire, on va pouvoir avoir le droit de demander les algorithmes des administrations qui sont responsables des décisions —

M. LAFRANCE: Oui.

LE MODÉRATEUR: — qui nous ont affectées. Donc ça c’est assez intéressant de voir que — en tout cas, il y a un — il y a un pied qui — il y a un pas qui est placé —

M. LECHEVALLIER: Il faudra juste avoir l’email des bonnes personnes.

LE MODÉRATEUR: Pardon?

M. LECHEVALLIER: Il faudra juste avoir l’adresse email de ces personnes-là parce que —

LE MODÉRATEUR: Oui. Mais en tout cas, le droit d’avoir accès à l’algorithme déjà ça c’est quelque chose —

M. LAFRANCE: Oui.

LE MODÉRATEUR: — d’intéressant. Mais ça —

M. LAFRANCE: La Commission européenne réfléchit aussi à la capacité de fixer des quotas sur les moteurs de recherche étrangers pour dire, « Vous devez sortir du contenu européen ou du contenu italien ou français. » Alors pour l’instant, tout ça semble improbable, mais moi je pense que c’est des vraies, vraies questions.

Tantôt j’ai sursauté; j’étais content quand il y a eu la question sur la réglementation parce que vous aviez l’air de dire que la réglementation était l’ennemi du bien, mais vous vous êtes corrigé très bien. Mais moi je pense qu’il —

(RIRES)

M. LAFRANCE: — faut absolument qu’on réfléchisse. On ne peut pas faire l’économie de ces questions-là qui sont des questions de société extrêmement importantes.

Quand on voit aujourd’hui les débats de société qui se passent, des grands débats de société qu’on a aujourd’hui qui ne sont pas les mêmes qu’il y a 30 ans, alors on a besoin de se parler. On a besoin de vivre ensemble. On a besoin de trouver une façon de vivre ensemble. On a besoin de curation. On a besoin de tout ça puis on ne peut pas laisser tout ça aller complètement en folie.

Alors il va falloir avoir une vraie réflexion politique —

LE MODÉRATEUR: Oui.

M. LAFRANCE: — sur cette question-là.

LE MODÉRATEUR: Oui, oui, la question politique elle est imminament importante. On peut rapidement —

M. LECHEVALLIER: On peut juste —

LE MODÉRATEUR: Rapidement, Pascal, et après ça on va passer —

M. LECHEVALLIER: On peut juste donner un conseil au politique, c’est pratiquer l’internet, ça c’est hyper important.

M. LAFRANCE: Oui.

LE MODÉRATEUR: Qu’est-ce que vous avez dit?

M. LECHEVALLIER: Pratiquez l’internet. C’est-à-dire qu’aujourd’hui il y a beaucoup de réflexions qui se font de manière très théorique —

LE MODÉRATEUR: Oui.

M. LECHEVALLIER: — et qu’en fait l’exercice, la pratique, la compréhension, la discussion avec des jeunes, panélisés ou pas, mais qui permet de prendre ce recul, comment fonctionnent les réseaux sociaux. Je veux dire, aujourd’hui ce débat doit s’ouvrir. Il ne doit pas être confiné dans un espace règlementaire public et politique qui est coupé de cette réalité.

Et aujourd’hui, très sincèrement, écoutez les politiques parler et vivre l’internet à travers ce qu’on leur raconte de l’internet.

LE MODÉRATEUR: Oui, c’est vrai. Et le changement de génération va peut-être arriver —

M. LECHEVALLIER: Espérons.

LE MODÉRATEUR: On va se retrouver avec des natifs très bientôt là qui vont — qui vont être aux commandes.

Christine Thoër, je voulais vous entendre là-dessus. Vous vouliez —

Mme THOËR: Oui, moi je voulais —

LE MODÉRATEUR: — vous vouliez réagir —

Mme THOËR: — intervenir par rapport au fait qu’on présente les jeunes comme ne sachant pas du tout ce qu’il y a derrière les moteurs. C’est sûr que les moteurs sont compliqués, puis ça me rassure de voir que vous dites qu’ils ne sont pas transparents pour beaucoup, mais ils ne sont pas naïfs non plus face aux moteurs. Ils ont des positions très ambivalentes à l’égard des moteurs de recherche.

LE MODÉRATEUR: M’hm.

Mme THOËR: Ils se rendent compte qu’il y a des liens avec leur navigation passée, et c’est — souvent même ils apprécient ces liens en se disant — il y avait un jeune qui nous disait, « À un moment j’ai effacé mes cookies puis ah, j’ai eu l’impression d’avoir effacé une partie de mon histoire. » Donc c’est —

(RIRES)

Mme THOËR: On sent qu’il y a des choses qui — qu’ils apprécient, mais en même temps, il y a aussi des contenus qui sont — qui leur sont — qui sont poussés puis qu’ils trouvent pas nécessairement intéressants ou utiles.

Et si on voit, par exemple, Netflix, ils vont jouer beaucoup avec le mécanisme. Alors ils vont renseigner. Ils vont prendre le temps de renseigner leurs préférences dans Netflix pour pouvoir qu’on leur propose des contenus. Mais après ils vont aller sur le compte du copain parce qu’ils ont tous des comptes qu’ils partagent, puis là ils vont voir qu’ils ont les mêmes préférences — les mêmes choses qui leur sont proposées, donc ils voient bien que c’est aussi une façon de montrer qu’afin de cacher le fait qu’il n’y a pas tant que ça de contenu derrière. Donc on vous met comme si c’était des recommandations, mais en fait c’est juste un tri pour cacher la pauvreté de l’offre.

M. LAFRANCE: Oui. En même temps, il y avait un rapport récemment — je me souviens plus là si c’est le Fonds des médias ou CIRANO, mais qui disait que c’était pas si clair que ça. Vos jeunes sont beaucoup à l’université, ils étudient en communication là —

Mme THOËR: Non, ils ont 12 —

M. LAFRANCE: — et ce que ça disait —

Mme THOËR: — à 25 ans. Ils sont —

M. LAFRANCE: — c’est que la connaissance générale de la fameuse bulle de filtres, il y a beaucoup de gens — je pense que c’est un chiffre de 50 pourcent qui en sont même pas conscients, qui n’ont pas l’air de réaliser qu’il y aurait quelque chose comme une bulle de filtres —

LE MODÉRATEUR: Mais ça c’est la tâche de l’école aussi de faire ça.

M. LAFRANCE: Mais voilà.

LE MODÉRATEUR: Je pense qu’il va falloir adapter les systèmes d’éducation à ça parce que —

M. LAFRANCE: Oui, absolument.

LE MODÉRATEUR: — à un moment donné il va falloir apprendre c’est quoi un algorithme assez tôt, la bulle de filtres assez tôt, comment fonctionne les moteurs de recherche aussi.

M. GAGNON: Mais avant de l’enseigner IL faut le comprendre —

M. LAFRANCE: Oui.

M. GAGNON: Puis fondamentalement, il faut accepter le fait qu’il y a une transition.

LE MODÉRATEUR: Oui.

M. GAGNON: Puis c’est pas vrai qu’on va passer d’un modèle A à un modèle B avec une intervention d’un coup de baguette magique là.

LE MODÉRATEUR: M’hm.

M. GAGNON: Ça ne fonctionne pas comme ça.

LE MODÉRATEUR: Oui.

M. GAGNON: Et comme adulte c’est difficile de se mettre dans un esprit où on ne sait pas tout. J’ai des enfants aussi. Ça fait qu’on gère une transition, l’école va gérer une transition aussi.

Mme SAVARD: Et les parents aussi.

M. GAGNON: Puis fondamentalement c’est davantage de focuser sur avoir des enfants qui vont être agiles et puis qui vont être capables de pouvoir prendre des décisions avec du discernement parce que c’est la seule chose qu’on peut vraiment, vraiment faire.

LE MODÉRATEUR: Oui.

M. LECHEVALLIER: La question a été posée en France sur le rôle de l’internet dans l’enseignement. Et donc la question qui s’est posée c’était de dire les enseignants doivent enseigner l’internet, l’usage avec toutes ses limites et sa profondeur aux enfants. Qui va les former? Les enfants.

LE MODÉRATEUR: Oui.

(RIRES)

LE MODÉRATEUR: Christine Thoër, vous avez levé la main, oui.

Mme THOËR: C’est intéressant aussi c’est que ce système de recommandation pour d’autres biens et services, on est très réticent, mais pour les contenus audiovisuels on est très ouverts. C’est à quel point le public veut se faire — nous, ils nous disent, « Envoyez-nous des choses. Recommandez-nous des choses. » Ils s’abonnent parce qu’il faut faire un tri parmi tout ce contenu et que — il y a les amis qui permettent de faire le tri. Et amis, réseaux sociaux, notamment pour les jeunes, c’est extrêmement connecté, mais il y a aussi le fait que les moteurs proposent des choses et c’est une façon d’en trouver, d’en découvrir de nouvelles.

Donc c’est assez intéressant que dans ce domaine-là, il n’est pas — alors que si on va faire une recherche sur work puis ensuite on vous propose le même bien pendant X temps, c’est extrêmement lassant, mais là, non, c’est vraiment pas du tout le même point de vue qu’on a à l’égard des contenus audiovisuels.

Mme SAVARD: Et en même temps il faut considérer que les Facebook et les Google, les YouTube — Google, YouTube de ce monde vont pousser des contenus qui sont payants pour eux autres. Ça fait que même si les intérêts des jeunes, puis là ils vont repousser du contenu, ils vont pousser du contenu qui va être payant et pas nécessairement du contenu qui peut être intéressant pour le jeune autant que payant qui est en arrière.

Mme THOËR: C’est sûr.

Mme SAVARD: C’est le modèle financier tout le temps, tout le temps.

LE MODÉRATEUR: Oui, Suzanne.

Mme LORTIE: Moi, je veux juste dire que pour mon adolescent Google est d’abord et avant tout un correcteur d’orthographe —

(RIRES)

Mme LORTIE: — et pas un moteur de recherche.

Mme SAVARD: Juste pour le —

Mme LORTIE: Non, non, mais c’est parce que même ça c’est différent.

LE MODÉRATEUR: M’hm.

Mme LORTIE: C’est-à-dire qu’on est en train — et c’est là-dessus que je rejoins — oui, on est dans un univers de marques et donc on est dans un univers d’applications de plus en plus. Et on le voit avec Apple TV. Netflix c’est d’abord et avant tout une application aussi dont l’ergonomie, la façon de payer, la façon d’y accéder c’est simple, c’est facile, c’est transparent. Il y a très peu de points de friction.

LE MODÉRATEUR: Oui. Il y a une fermeture aussi. C’est-à-dire que c’est un — c’est un —

Mme LORTIE: C’est un écosystème fermé.

LE MODÉRATEUR: C’est un peu — c’est un écosystème fermé ça.

Mme LORTIE: C’est un jardin clos, en fait. C’est un jardin clos.

LE MODÉRATEUR: C’est le contraire d’internet —

Mme LORTIE: Par contre, c’est un jardin clos qui a beaucoup, beaucoup de jardiniers et qui ont énormément travaillé le web sémantique, qui ont énormément travaillé leur — pas juste leurs algorithmes, mais qui ont travaillé le sens des mots dont ils se sont servis pour tatouer leurs programmes. Parce qu’on a parlé beaucoup — puis c’est pour ça que dans les discussions préliminaires je pensais qu’il était nécessaire de faire une différence entre le contenu en direct et le contenu en différé, c’est-à-dire le stock. Ce qu’on accumule depuis des années, ce qu’on génère comme production —

LE MODÉRATEUR: Les fameux catalogues là.

Mme LORTIE: Les catalogues, les productions qui ne sont plus dans le « here and now ». Et pour contrer l’espèce d’effet de best sellers et de nouveautés et de blockbuster et de machins, à un moment donné on a un stock qu’on n’est pas en train de valoriser et auquel — et pour lequel les moteurs de recherche ne sont pas adaptés, de un, mais aussi pour lesquels les données qui ont servi à tatouer ces fichiers-là ne sont pas adaptées.

LE MODÉRATEUR: M’hm.

Mme LORTIE: C’est-à-dire qu’il n’y a pas juste les thesaurus et la façon traditionnelle de nommer les choses, il y a ce qu’on appelle la « folksonomy », c’est-à-dire l’univers sémantique qui est développé par les utilisateurs et par les gens qui les regardent, qui les consomment et qui vont en faire la recommandation.

L’autre chose que je voulais rajouter donc c’est que dans cet univers-là qu’est le numérique, il y a l’internet et les applications, et à mon avis ce sont deux écosystèmes qui sont différents, parce qu’on peut facilement rester très heureux à l’intérieur d’un univers d’applications —

LE MODÉRATEUR: Oui.

Mme LORTIE: — et très heureux à l’intérieur d’un univers web et s’en servir de deux façons différentes. La montée de Twitch par exemple qui est — parce qu’on n’a pas parlé de la compétition là. Il n’y a pas juste nos produits qu’on fait, mais il y a toutes les autres choses qui peuvent êtres consommables comme produits culturels qui ne sont pas reconnus comme étant des produits médiatiques, je devrais dire, plus que culturels.

Pour en revenir à ce que vous disiez, je ne pense pas que l’internet soit plus rapide que la télé. Je pense que les utilisateurs sont plus rapides que la télé. C’est pas l’internet; ce sont les utilisateurs.

Dans le cas des attentats de novembre, les images qui ont été montrées à la télé, ce sont toutes les images d’attentat qui ont été filmées par les gens qui étaient là et elles étaient toutes en vertical. Il faut s’habituer donc à ce modèle-là où la télé doit s’ouvrir pour du contenu en direct —

LE MODÉRATEUR: M’hm.

Mme LORTIE: — aux utilisateurs. Puis ce ne sont pas des vœux pieux, c’est pas vrai. Je veux dire, la réalité est là. Il y a plusieurs écosystèmes. Mon point c’est de dire il ne faut pas tout mettre dans le même paquet. Les contenus ne sont pas tous pareils et les stratégies de découvrabilité varient d’un type de contenu à l’autre.

LE MODÉRATEUR: M’hm.

Mme LORTIE: Ce n’est pas une grande soupe ou une grande pizza dans laquelle on retrouve tout, c’est faux. On le voit chez les jeunes et les ados, ils ont des stratégies différentes. Moi, je suis surprise de voir à quel point les étudiants à qui j’enseigne qui ont 20 ans recommencent à acheter des CD.

Moi, j’achète des vinyles. Les vinyles, c’est déjà out pour eux autres. Eux autres là, ce qui est vintage là, c’est le CD. Ça là.

(RIRES)

LE MODÉRATEUR: Il y a la cassette là qui va faire un retour aussi là.

Mme LORTIE: Oui, mais la cassette, j’ai essayé de le faufiler entre le vinyle puis le CD, puis ça n’a pas marché. Ils sont restés —

M. LAFRANCE: Quand vous dites que ça tire partout, il y avait une belle expression de Zuckerberg que je vais citer un peu, le créateur de Facebook, je vais le citer dans l’à peu près en français là, mais il disait, « À l’époque, dans le fond c’était simple, il y avait un récepteur, un émetteur, c’était comme une partie de bowling. » Il dit, « T’as une boule, puis t’as des quilles. Tu vises, t’en frappe tant, c’est facile. Aujourd’hui c’est comme une pinball machine, tu lances une boule dedans. Elle peut rouler pendant 25 minutes. Elle peut tomber là. Elle peut avoir une influence, t’apporter 12 millions de points. Tu sais plus où elle va frapper. »

Et c’est un peu ça aujourd’hui qui se passe avec la viralité et puis tout ça. Donc c’est — je suis d’accord complètement avec toi que c’est — on est dans un univers immensément plus complexe, mais je trouve qu’il faut revenir aux fondamentaux. C’est quoi le rôle des médias?

Puis on est ici dans un groupe qui est initié par le CRTC et l’ONF, donc il faut se demander c’est quoi le rôle des médias au Canada? Qu’est-ce qu’on doit là-dedans tenter d’organiser un peu mieux pour s’assurer que c’est près des objectifs? Par exemple, que nos besoins de communications comme société sont atteints.

Mais il ne faut pas mélanger tout, je suis d’accord. Il ne faut pas mélanger l’ensemble de ce qui se passe sur internet, mais il y a des choses qu’il faut regarder parce qu’il faut que les Canadiens continuent de partager les choses, qu’ils continuent d’avoir une lecture commune d’une certaine réalité, préparer et vivre ensemble, tout ça. Il y a quand même un rôle des médias qui lui ne change pas fondamentalement dans notre société. On ne peut pas dire, « On regardera ce qui arrivera. »

Et je suis d’accord complètement avec toi qu’il faut — pour aller de A à B, il y a quand même un gros chemin. On devrait être une couple qui commence à préparer B juste au cas, tu sais.

M. GAGNON: Oui. Bien, en fait je vais juste continuer dans cette — c’est un bon en — en français un « segway », un lien, puis ça va avoir un lien aussi avec, Michèle, ce que tu disais. C’est un service de recommandation, par exemple, la majorité des entreprises de télédistribution au Canada, au-delà de l’algorithme, il y a des paramètres. Le paramètre de « ownership », ça en est un. Puis ça c’est un autre élément qui touche beaucoup de monde puis dans un espace de découverte, c’est l’entreprise commerciale. Leur focus c’est commercial. La notion de découvrabilité c’est pas un souci, c’est son — ce sont des entreprises privées redevables à leurs actionnaires, des entreprises cotées en bourse —

Mme SAVARD: M’hm.

M. GAGNON: — c’est de la performance commerciale. Ça fait que ça c’est un commentaire.

J’en ai un autre aussi. C’est en écoutant uniquement la voix du consommateur, ça introduit des distorsions dans le système.

Je vais vous nommer des entreprises qui offrent — qui ont écouté la voix du consommateur. On a Telus puis Cogeco qui offrent sur leurs sites de télédistribution Netflix. C’est disponible. Ils ont implanté une fonction de recherche universelle où on peut chercher des contenus un peu partout. C’est deux entreprises qui ne sont pas intégrées verticalement. Elles ne sont pas dans le secteur du contenu.

C’est — puis ça, en fait, je pense qu’en fait ça pose des questions assez intéressantes par rapport justement à jusqu’à quel point il faut que la voix des — au niveau qu’on est confortable comme Canadien là à voir que t’as des services qui sont rendus disponibles aux consommateurs par des entreprises règlementées qui amènent — qui font juste répondre à un — à la loi du marché, puis ces services-là fonctionnent très, très bien. Donc la consommation de contenu via Netflix qui vient de ces environnements-là c’est — en fait, j’imagine que c’est important pour consommation au contenu.

LE MODÉRATEUR: Oui. Mais en même temps on se retrouve avec des acteurs majeurs. Vous avez nommé Netflix, Netflix qui a des succès énormes qui se lance — qui s’est lancé dans la production de séries, le cinéma maintenant. Et on se retrouve avec des gens qui au bout de cette chaîne de distribution là ont des contenus qui sont magnifiques, qui sont d’une grande qualité. Et on est aux prises — ici évidemment on est une petite société. On n’a pas des marchés comme aux États-Unis. On parle en français, donc la possibilité d’exporter, elle est — elle est moins grande.

Comment est-ce qu’on réussit à créer du contenu intéressant? Comment est-ce qu’on réussit à se positionner face à ces choses-là?

Et Sylvain Lafrance, ça fait longtemps que vous réfléchissez —

M. LAFRANCE: Oui, oui, parce que —

LE MODÉRATEUR: — à ces questions-là.

M. LAFRANCE: — en fait il y a un immense paradoxe. Quand on me demande, « Est-ce que ça va bien le monde des médias? » Bien, vu du point de vue là du citoyen là, il y a plus de contenu qu’il y en a jamais eu dans l’histoire. Il le regarde quand il veut, sur le mobile qu’il veut, dans l’autobus, n’importe où. Il y a du contenu extraordinaire. Je regarde une série de partout dans le monde, c’est merveilleux. Vu du citoyen le monde des médias va très bien.

M. GAGNON: Et gratuit.

M. LAFRANCE: C’est sûr que ça — oui.

LE MODÉRATEUR: Ça coûte cher de bande passante.

M. LAFRANCE: Ça cache un petit problème. Ça cache un petit problème, c’est que les producteurs de contenu, canadien principalement, québécois encore plus parce que c’est un plus petit marché, là — comme c’est là, ça commence à descendre un peu les revenus là. On voit que le — tu sais, le coût d’une fiction — en 10 ans au Québec le coût d’une heure de fiction au bout de la ligne, Louis Lalande et les gens de TVA sont ici, ils pourraient nous le dire — ça chuté d’à peu près 50 pourcent l’heure. Alors ça c’est le coût de notre fiction. Et là c’est au moment où il faudrait qu’on soit compétitif sur la scène internationale avec des grands trucs.

Alors il y a des producteurs québécois qui ont des solutions. Ils se lancent en coproduction internationale et tout ça, ça va bien.

Mais il reste que ça cache un problème. C’est que notre système est en train de s’affaiblir de partout. Le marché publicitaire descend. Donc le citoyen est hyper bien servi, mais il risque de se voir de moins en moins dans sa télé ou dans — ou dans son mobile ou ailleurs, et ça, ça cache un vrai problème.

Et là pour le contenu canadien, je pense qu’il y a un problème. L’entreprenariat peut régler une partie de ça, mais il ne peut pas tout régler parce que effectivement on est un marché de 10 millions, et même si on exporte, on n’aura peut-être pas l’argent d’investissement pour aller concurrencer à l’international.

Puis je suis content là-dessus qu’il se passe une chose dans le monde de la télé au Québec. Il y a une grande consolidation actuellement des producteurs. Et la consolidation des producteurs va peut-être leur permettre de capitaliser puis de se projeter à l’étranger un peu mieux. On était, à mon avis, trop balkanisé. Mais ça demeure un gros, gros, gros problème. On est dans un monde des médias qui va très bien vu du citoyen, mais qui s’écroule vu du modèle d’affaires.

M. GAGNON: Bien oui. En fait, l’idée c’est qu’on a beau consolider l’aspect de la production, mais on produit pour qui? Ça c’est un autre élément, puis c’est quoi les règles? Ça fait que ça renforce en fait probablement le besoin de définir ou de mettre en place des nouveaux diffuseurs ou des distributeurs.

Malheureusement, j’ai pas beaucoup d’exemples ici, mais on — chez Fox, il y a vraiment un phénomène qui très intéressant duquel on pourrait probablement s’inspirer. Le modèle de revenus est vraiment lié à l’exploitation d’une marque centrale, c’est Fox. On parlait de DisneyLife tout à l’heure. C’est un système qui très bien conçu. Ça c’est une plogue pour —

LE MODÉRATEUR: C’était subtil. C’était bien amené, oui.

M. GAGNON: Mais c’est un peu ça l’idée, c’est que le rôle du télédiffuseur dans un environnement d’appli diffusion, de « app casting », ça — il est central, en fait, surtout dans une stratégie, en fait, de support à la production, ça prend un — ça prend des entreprises qui sont capables de pouvoir faire l’agrégation avec un souci de « curation ».

LE MODÉRATEUR: M’hm.

M. GAGNON: Donc d’avoir le souci du dollar investi pour développer une programmation de qualité qui va elle rejoindre son marché. Puis ça c’est probablement en fait un métier qu’on a un peu abandonné. Tu sais, c’est une conséquence, en fait, d’un modèle très — sans dire favorable là, mais un modèle qui définissait beaucoup de façons de faire, qui — où la promotion était peut-être moins importante.

M. LAFRANCE: M’hm.

M. GAGNON: Je reviens au truc de Fox. À la fin de la journée, le président, la semaine passée, en fait, c’était vraiment — sa position qu’il a adoptée c’est s’il y a un joueur dans l’ensemble des acteurs qui peut vraiment bien démontrer la valeur des contenus, ben c’est la personne qui en fait l’agrégation qui a permis le financement.

LE MODÉRATEUR: Mais cela dit, il faut que ces contenus-là soient de qualité.

M. GAGNON: Oui.

LE MODÉRATEUR: On disait tout à l’heure il faut que ça compétitionne avec les Netflix de ce monde. Évidemment, il y a les YouTuber qui, eux, produisent à très peu de frais et réussissent, en tout cas dans certains cas, à avoir un modèle qui fonctionne parce qu’ils ont beaucoup de clicks. Mais en tout cas, pour le moment c’est pas encore — c’est pas encore bien instauré ici. On a quoi, trois, quatre années de retard sur les États-Unis.

Le cadre règlementaire là, parce qu’il y en a de l’argent là, mais quand on dépense pour ça, quand on dépense pour nos bidules, il y a beaucoup d’argent qui est dépensé là-dedans. Et pourtant on dirait que les gens veulent plus payer tellement pour du contenu. C’est le gros drame d’ailleurs de l’ADISQ, les gens veulent avoir de la musique, mais Google Play Music leur permet d’avoir tout au bout du téléphone sans payer. À un moment donné il va quand même falloir aller chercher l’argent là où elle est.

Moi, je me souviens j’étais à VOX dans une autre vie et j’ai produit une émission qui était la première émission de télé tournée pour — de radio tournée pour la télé. On avait des caméras, dans Canon 5D, 7D. C’était à Québec. C’était en 2010. Et la raison pour laquelle on pouvait faire ça c’est parce qu’il y avait — le CRTC d’ailleurs — ben dans la licence de VOX qui est maintenant MAtv, bien ils étaient obligés de payer pour du contenu local et du contenu d’accès. Ils ne faisaient pas ça pour nos beaux yeux là. Le chèque que je recevais moi de PKP c’était pas parce qu’ils me trouvaient bon; c’est parce qu’ils étaient obligés. Ça fait que — non, mais c’est vrai. Je veux dire, à un moment donné —

(RIRES)

LE MODÉRATEUR: — quand t’as pas de cadre règlementaire c’est parce que, à un moment donné, c’est ça, c’est de même que ça marche. Je vous vois rire là, mais —

M. LAFRANCE: Oui, oui, non —

LE MODÉRATEUR: Il va falloir à un moment donné —

M. LAFRANCE: Non, je niaiserai pas sur PKP, mais le —

(RIRES)

M. LAFRANCE: J’irai pas là, mais — mais il y a une chose qui est vraie —

LE MODÉRATEUR: Avez-vous déjà reçu des chèques de PKP? Tabarouette, je révèle des choses.

M. LAFRANCE: Mais il a une chose qui est vraie, c’est que — il y a une chose qui est très vraie, c’est qu’il y a comme une confusion, parce que quand on me dit, « Les gens veulent pas payer pour du contenu » je sais pas si vous avez une famille qui a deux ados là, alors vous payez le wifi, vous payez le câble, vous payez quatre téléphones cellulaires, vous payez tout ça, puis après ça on dit que vous voulez pas payer pour du contenu. C’est parce qu’ils ont l’impression qu’ils payent pour du contenu. Ils payent pas pour avoir — pour le plaisir d’avoir un câble sur leur mur. Ils payent — ils pensent qu’ils paient pour du contenu. Et là il y a une confusion qui s’installe effectivement.

Alors l’argent n’est pas tellement dirigé actuellement vers le contenu. Alors oui, naturellement, ça prend des grosses ressources pour installer tout un système de câblodistribution de satellites et tout ça.

Mais c’est vrai qu’il y a une confusion. Moi, quand on me dit, « Les gens veulent pas payer. » Je me dis, « Ben, ils payent beaucoup ou ils payent beaucoup, beaucoup, tu sais. »

Mme SAVARD: Mais les jeunes sont pas conscients.

M. LAFRANCE: Pardon?

Mme SAVARD: Les jeunes sont pas conscients.

M. LAFRANCE: Non, les gens sont pas conscients de ça.

Mme SAVARD: Non.

M. LAFRANCE: Et effectivement peut-être qu’il y a un problème, c’est que les créateurs et notamment les séries télévisées, dans le monde de la musique, partout actuellement, il y a un problème. C’est que c’est un truc qui est en train de s’affaiblir partout.

LE MODÉRATEUR: Oui, mais comment on fait —

M. LAFRANCE: On réalise pas qu’on a, par exemple, au Québec beaucoup moins de séries historiques qu’avant. C’est sûr, notre télé, on l’affaiblit d’année en année. On l’affaiblit juste un petit peu. On a moins de séries historiques. On a moins de séries à grand déploiement. On a moins d’épisodes à chaque année. On a moins de séries originales à chaque année. Jusqu’où on va l’affaiblir? Je le sais pas, mais un jour ça va être très, très faible.

LE MODÉRATEUR: Non, mais c’est la même chose en musique. Vous parlez aux musiciens qui ont presque plus de redevances, qui sont — écoute, Pharrell Williams en 2014, Happy, 43 millions d’écoutes sur Pandora, 3 500$ son chèque. Je veux dire, on ne peut pas continuer à avoir un modèle comme là.

M. GAGNON: Oui, non.

(RIRES)

LE MODÉRATEUR: Non, mais je veux dire à un moment donné il y a une question de règlement là.

M. LAFRANCE: C’est pas un modèle.

LE MODÉRATEUR: C’est pas un modèle.

M. GAGNON: L’autre point en fait par rapport à la quantité d’argent disponible versus, en fait, la qualité des contenus, il y a comme une couche entre les deux qu’on a comme occulté, c’est — c’est le nombre de points d’accès là, c’est le nombre de chaînes. Je veux dire, on a beau avoir une enveloppe X, si elle est réduit, mais fondamentalement est réduite pourquoi? Parce que l’environnement est moins performant.

Si c’est moins performant, qu’est-ce qu’on fait? Ben, un gestionnaire privé, en fait, va juste diminuer le plus possible le point de contention, puis c’est vraiment le nombre d’endroits où le contenu est accessible puis qui a le — c’est un privilège aussi là, du —

LE MODÉRATEUR: M’hm.

M. GAGNON: — financement public. C’est pas — c’est un autre truc souvent qu’il ne faut pas oublier là. Encore, je pense que ça c’est un truc puis c’est une mesure pratique, puis c’est en diminuant le nombre de points d’accès, ben ça devrait avoir normalement un impact sur la qualité de la production qui est faite. Ça m’apparait assez simple.

LE MODÉRATEUR: Oui.

M. LAFRANCE: Une chose que je voudrais mentionner aussi, dans toute la question de la découvrabilité le rôle des services publics, les diffusions, de Radio — toujours Radio-Canada, l’ONF, Télé-Québec, tous ceux-là, c’est un grand atout qu’on a de posséder le service public.

En passant, c’est pas un modèle nord-américain d’avoir autant de services publics. C’est un modèle plutôt européen. Mais c’est un grand atout, parce qu’en matière de découvrabilité, en matière, par exemple, de faire connaître nos propres histoires, particulièrement au Québec on a d’abord en terme de découvrabilité on a au moins un avantage sur le Canada anglais, c’est l’attraction des séries québécoises dans leur propre auditoire. Ça c’est phénoménal. C’est pas — on dira — tu sais, on perdra pas de temps sur le pourquoi. C’est sûr qu’au Canada anglais il y a une énorme concurrence des séries américaines, mais il reste que ça, ça nous aide dans notre service de découvrabilité.

La télévision québécoise, on peut penser, va continuer — continue d’ailleurs. Unité 9, ça fait quoi là, un million quelque chose, les séries —

Mme SAVARD: La Voix, 2 millions.

M. LAFRANCE: Alors c’est des énormes auditoires et là-dessus on a un énorme avantage qui va continuer d’être là pendant un bon bout de temps. Et je dirais que les services publics sont un atout parce qu’ils peuvent, plus que jamais, être les grands défenseurs de notre propre contenu, de nos propres histoires.

L’existence d’un fond comme le Fonds des médias pourrait aider les privés à faire pareil. À mon avis, c’est une chose extrêmement importante. C’est pour ça que je dis derrière la question de la découvrabilité, il y a des problèmes macros qui sont ceux du financement, de la politique publique et tout ça.

LE MODÉRATEUR: Est-ce que l’offre précède la demande? Pascal Lechevallier?

M. LECHEVALLIER: Bien aujourd’hui, dans le monde dans lequel on vit, le broadcast de la télévision, effectivement ce sont les programmateurs qui, tout en s’inspirant, en ayant des panels, en ayant des outils extrêmement fins et puissants, ce que le public ignore aussi, ont les moyens de — d’anticiper la demande en tous les cas de la compagnie.

Ce qui est en train de se passer aujourd’hui — et je l’ai dit tout à l’heure — c’est que les chaînes de télévision — et on a vu le graphique — sont face à un problème d’érosion des audiences, et peut-être qu’ils réagissent d’une manière trop épidermique en se disant, « La demande est en train de prendre le pas sur l’offre qu’on construit. » Et c’est pour ça qu’ils font le virage en allant racheter tous les YouTuber.

Wale va pouvoir nous en parler, des techniques qu’il met en place pour les chaînes de télévision pour ramener sur l’écran central pour des lancements de séries, des téléspectateurs nouveaux ou en tous les cas fans d’un certain nombre de gens et de thématiques.

Et de ce point de vue là, les chaînes comme elles ne comprennent pas forcément vraiment tout ce qu’il se passe, croient que la demande est en train de prendre le pas, mais c’est pour ça que j’ai dit tout à l’heure la télé n’est pas morte. On est en train d’évoluer où il y a un plus gros partage. Donc il y a un rééquilibrage qui se fait grâce aux téléspectateurs où effectivement la demande est plus visible qu’avant alors que avant on était vraiment sur un tuyau unique. Là, il y a plus d’échanges mais l’offre reste très, très importante.

Et si je reviens sur ce qui fait aujourd’hui vraiment la distinction, la force de la télévision sur les grands directs, sur les évènements sportifs, sur de grands divertissements qui nécessitent des moyens très importants en terme de production, aujourd’hui on s’aperçoit que la télévision c’est quand même encore packagé —

LE MODÉRATEUR: Oui.

M. LECHEVALLIER: — et c’est encore programmé.

LE MODÉRATEUR: Oui, et cela dit, à partir du moment, par exemple, les grandes ligues et que Bernie Ecclestone va décider de quitter ses contrats télévisuels pour faire ses propres choses —

M. LECHEVALLIER: Si on parle de la —

LE MODÉRATEUR: — là c’est la fin. Les Canadiens de Montréal. La LNH c’est la même chose.

M. LECHEVALLIER: Bien sûr.

LE MODÉRATEUR: En France —

M. LECHEVALLIER: Bien sûr.

LE MODÉRATEUR: Quand on sort des grands réseaux et c’est Canal — et Canal a été extrêmement touché par ça. Si on sort ces grand évènements là, c’est la fin des grands réseaux. C’est pas demain — et c’est peut-être demain la veille là qu’on va — qu’on va arriver à ce —

M. LECHEVALLIER: Alors c’est intéressant. C’est la fin aujourd’hui —

LE MODÉRATEUR: — monde là.

M. LECHEVALLIER: — on vient d’apprendre par exemple que la première ligue anglaise vient d’être achetée par un nouvel opérateur en France qui a une toute petite chaîne de télévision, donc qui n’a quasiment pas d’audience ni de téléspectateurs, dont le Groupe Altice, Patrick Drahi, et pour 100 millions d’Euros par an, ils ont acheté pour trois ans la ligue alors que c’était Canal+ qui l’avait avant avec Canal+ de la distribution des réseaux des abonnés.

Et la vrai question c’est de se dire il l’a achetée, mais pour quoi faire? À qui va-t-il le distribuer? S’il pense qu’il va créer une chaîne internet et puis qu’il va avoir cinq millions d’abonnés pour amortir ses 100 millions d’Euros par an, il se trompe.

Donc on ouvre de nouvelles portes et comme l’a dit tout à l’heure Jean-François, le problème du modèle économique devient de plus en plus important et crucial parce que je suis pas sûr que les actionnaires valident systématiquement ça.

Donc on est sur une redistribution où la demande influe énormément l’offre en ce moment. Est-ce que ça va durer? On ne le sait pas, parce que si on était des devants on serait déjà à la tête de grands networks et on aura déjà tracé l’avenir. Non, on l’observe.

On ne peut pas non plus anticiper le comportement des jeunes. On peut l’observer, mais il peut y avoir à un moment donné — comme ils redécouvrent le CD ou certains le vinyle, d’un seul coup les jeunes peuvent revenir à la télévision broadcastée classique parce qu’ils ont moins de temps dans leur vie et qu’ils veulent des trucs prêts à manger comme ils le font sur la nourriture. Ils n’ont pas le temps de faire leurs courses, donc ils achètent des boîtes. Ben la télé c’est un peu ça. À la télé on vous met tout en boîte, vous appuyez sur un bouton, ça vient tout seul.

L’internet, il faut quand même aller surfer, chercher, alors ils passent beaucoup de temps sur internet.

Mme LORTIE: Non, c’est — c’est — excusez-moi de vous contredire, mais c’est parce qu’ils ne font plus ça les jeunes. Je suis tout à fait d’accord avec votre — un retour possible des jeunes à la télé éventuellement. J’y crois pas beaucoup, mais je pense que ça reste possible. Mais est-ce que c’est probable? C’est autre chose.

Ceci étant, non, ils ne sont pas dans la recherche. Ils sont dans la consommation — ils sont dans un univers où on pousse des contenus vers eux. Ils sont — on n’est plus dans un univers de pull, en tout cas, pas dans notre marché ici au Québec.

M. GAGNON: Je serais hésitant à généraliser, en fait, par rapport à cette génération-là, parce que honnêtement c’est une génération qui est encore dans son magasin de bonbons là. Il n’y a pas de contraintes. Il n’y a pas de règles. C’est facile. Tout est disponible tout le temps pour eux. Ils sont actifs. Il n’y a pas de contraintes, ce qui fait en sorte qu’il n’y a pas de modèles, ce qui fait en sorte qu’on ne peut pas organiser —

LE MODÉRATEUR: Mais ce que vous dites —

M. GAGNON: — ce qu’on reçoit —

LE MODÉRATEUR: — c’est que le magasin de bonbons —

M. GAGNON: C’est générationnel.

LE MODÉRATEUR: — sera pas ouvert longtemps?

M. GAGNON: Non.

LE MODÉRATEUR: Il n’y en a pas pour — c’est la fermeture du magasin de bonbons?

M. GAGNON: C’est parce qu’à un moment donné il faut qu’on en sorte du magasin de bonbons. À trop manger de bonbons on se rend malade.

LE MODÉRATEUR: M’hm.

M. GAGNON: Puis c’est pas très bon pour la santé non plus.

LE MODÉRATEUR: M’hm.

Mme SAVARD: Je veux juste — une petite intervention sur les jeunes. Les jeunes ont rarement — pas tout le temps — consommé de la télévision. Les 18-24 ont toujours été — ça fait plus de 25 ans là que je suis dans les médias — ils n’étaient pas à la TV. Ils n’étaient pas à la radio. Ils n’étaient pas aux journaux. Ils n’étaient pas là. Ils sortaient. Ils étaient à l’école. Ils étaient — ils consommaient la musique, ce que les — il y avait quelques stations de radio qui étaient spécialisées dans la musique pour les jeunes. Il y en n’avait pas beaucoup.

Aujourd’hui, ce qu’il faut voir c’est qu’ils ont accès à énormément de contenu. On a la possibilité de leur parler puis on a des moyens pour leur parler en tant qu’annonceurs, en tant que publicitaires.

Là ce qu’il faut voir c’est ça, c’est à long terme, quand ils vont rentrer dans un modèle que j’appelle « adulte », la maison, la banlieue, les enfants, les deux autos —

Mme LORTIE: Est-ce qu’ils vont aller à la télé?

Mme SAVARD: — la garderie.

Mme LORTIE: C’est ça la question qu’on se pose.

M. LECHEVALLIER: Ça on est d’accord. Mme LORTIE: C’est possible, mais est-ce que c’est probable?

LE MODÉRATEUR: Oui, oui.

M. GBADAMOSI-OYEKANMI: Sur ce — sur cet élément-là je trouve ça serait intéressant de regarder les stratégies de communication des services de SDOD, qui fondamentalement les terminaux mobiles, à savoir mobiles, tablettes et ordinateurs, et si fondamentalement aussi beaucoup — j’ai pas besoin de vous le dire — les enfants. C’est qu’en fait des générations d’enfants qui ont grandi en consommant leur contenu en dehors du terminal télévisé deviendront à priori des adultes qui continueront en couple ou en famille de consommer leur contenu sur des modèles qui seront non-télévisés.

Donc pour moi c’est —

Mme SAVARD: Non-linéaire.

M. GBADAMOSI-OYEKANMI: — non-linéaire. Donc l’habitude que prennent les enfants aujourd’hui fondamentalement va durer encore 15 ans, et quand ils arriveront à l’âge d’être en couple et de s’installer, je ne pense pas que fondamentalement ils auront envie de mettre 300, 400, 500, 600 Euros pour avoir une expérience HD. En tout cas, ils seront marginaux.

LE MODÉRATEUR: Et d’ailleurs, on pose toute la question de la mobilité parce que, actuellement, les jeunes, ils sont presque tous — moi, j’ai déjà vu un enfant, de quoi un an et demi ou deux ans, sur une revue papier, puis il va faire ça comme ça.

Déjà le réflexe de la tablette. Est-ce qu’on peut revenir à la télé traditionnelle quand on a connu le mobile?

M. GBADAMOSI-OYEKANMI: Oui, on a du monde qui —

LE MODÉRATEUR: Je ne suis pas certain.

M. GBADAMOSI-OYEKANMI: — beaucoup dans la consommation à mobile ou à ordinateur, c’est la possibilité sur ces plateformes-là de retirer la pub.

Il y a comme des niveaux de « ad-blocking » qui sont —

Mme SAVARD: Oui.

M. GBADAMOSI-OYEKANMI: — qui sont très élevés.

Mme SAVARD: Nous autres aussi ça on a trouvé.

LE MODÉRATEUR: Oui.

M. GBADAMOSI-OYEKANMI: C’est des modèles finalement qui sont non-publicitaires, qui montrent aussi une part de rejet de la publicité et qui, je trouve aujourd’hui, sont aussi une entrave par rapport à ce qu’on peut retrouver —

LE MODÉRATEUR: Oui. Vous vouliez réagir sur le ad blocking?

Mme LORTIE: Bien, en fait, le ad blocking — les proportions en ad blocking sont beaucoup plus élevées sur les ordinateurs que sur la mobilité parce qu’en mobilité, les stratégies de placement publicitaire sont plus intelligentes et plus ergonomiquement acceptables en fait.

Mme SAVARD: Sont encore plus petites aussi.

Mme LORTIE: C’est ça et donc moins intrusives. Bon.

Par contre, ce que je voulais dire c’est ce que la mobilité amène c’est un changement aussi dans la nature des données qui sont retransmises. C’est que là, la possibilité de raffinement dans la façon dont on qualifie les données et la quantification statistique changent.

Parce qu’on fait intervenir la notion de geste dans la mobilité, surtout avec les écrans tactiles.

LE MODÉRATEUR: Il y a de la gamification. Il y a de la ludification aussi davantage.

Mme LORTIE: Oui, et il y a un espace-temps. Il y a, même à la limite, une possibilité de prédire des intentions par l’intensité des gestes et la façon dont le téléphone, par exemple, peut capter la nature d’un geste, à savoir est-ce que le geste est fait rapidement, tranquillement, doucement? Et et cetera.

Ce qui veut dire qu’il y a, avec le passage à la mobilité, un enrichissement potentiel des données qui servent au tatouage — encore une fois, au tatouage numérique des projets et des œuvres; mais pas juste ça, qui servent à mieux comprendre le public à qui on s’adresse.

Alors, il faut être capable de capter la valeur économique de ces nuances-là que le mobile amène et que l’écran de télévision et le simple lecteur ODT n’amène pas.

Je ne sais pas si vous êtes d’accord avec moi mais en tout cas Netflix a compris ça. Il en a compris une grosse partie.

M. GBADAMOSI-OYEKANMI: Moi, ce qui m’affaisse beaucoup c’est la connaissance du consommateur. Pour ainsi dire, la mesure d’audience, en tout cas, en Europe, elle est archaïque. Elle est archaïque.

Notre connaissance de nos audiences sont archaïques. Elles sont — on les connaît très peu.

Donc si on veut aider notre — les audiences à découvrir des contenus, il faut mieux les comprendre.

Ce qu’offre le digital, ordinateur, mobile, tablette c’est une connaissance pointue à la seconde près de l’endroit où je suis en train de consommer, de ce que je suis en train de consommer, d’où je me suis arrêté, et cetera, et cetera.

LE MODÉRATEUR: Oui.

M. GBADAMOSI-OYEKANMI: Donc, plus on a de l’information finalement sur nos publics, plus on sera à même en fait de leur offrir du contenu. Sinon, on ne parle pas à leur consommation.

Donc, cet enjeu-là finalement de numérisation du contenu nous permet — c’est une forme d’opportunité de mieux connaître, donc du coup de mieux servir et de mieux faire émerger les marques qu’on produit.

LE MODÉRATEUR: Oui, Suzanne et après, Sylvain.

Mme LORTIE: Et moi, je pense que ce qui est intéressant là-dedans, c’est qu’on est en train de passer — avec la curation, on est en train de passer d’un modèle de prescripteur zéro, qui est très broadcast traditionnel de dire, « Allez là; allez vers cette destination-là. »

On est en train de passer à des modèles de curation qui sont beaucoup plus de style concierge. Conciergerie, c’est-à-dire perception des mots; perception des attitudes; compréhension de ce qu’on veut en termes de flux et non pas juste en termes de destination pour aller.

Et là, ça devient intéressant.

LE MODÉRATEUR: D’ailleurs, il y a toute la force de Songza, qui a été rachetée —

Mme LORTIE: Exactement.

LE MODÉRATEUR: — par Google Play Music.

Mme LORTIE: Voilà.

LE MODÉRATEUR: Et d’ailleurs qui a été intégrée dans l’ADN de Google Play Musique qui a été lancé gratuitement hier.

Mme LORTIE: C’est ça. Mais là, encore une fois, ça veut dire qu’il faut qu’on s’adapte dans les stratégies de recherche parce que là, on ne cherchera plus nécessairement des projets par hauteur ou par sujet, et cetera, mais par ambiance, par « je suis dans le mood pour faire tel truc. S’il vous plaît recommandez-moi quelque… »

LE MODÉRATEUR: Oui.

Mme LORTIE: C’est un peu dans cet esprit-là. Je suis avec des amis ou je suis fatiguée ou…

Je parlais avec Jérôme Hellio tantôt, qui était à tou.tv, justement qui parlait de la façon — comment est-ce qu’on traduit « jus d’orange » et « soleil » dans un moteur de recommandation pour que ça se transforme dans une recommandation pour un projet culturel? Et là, ça devient intéressant.

LE MODÉRATEUR: Comme dans, « je me sens jus d’orange? »

(RIRES)

Mme LORTIE: Comme dans je me — tout à fait. « Je me sens jus d’orange et il fait soleil ». Recommandez-moi quelque chose.

LE MODÉRATEUR: Ça, ça va être un débat pour le web sémantique, hein?

Mme LORTIE: Et tu peux enlever Justin Bieber. T’es pas obligé. Tu sais, tu peux fonctionner de façon négative.

LE MODÉRATEUR: Oui, Christine?

Mme THOËR: Mais c’est vrai. C’est effectivement ce que nous disent les jeunes, quand ils nous disent, « Je veux une série pour faire mon lavage; une série pendant que je suis en train de manger. »

Mme LORTIE: Oui.

Mme THOËR: Une série pour telle chose.

Mme SAVARD: Pendant que j’étudie.

Mme THOËR: Donc, ça se décline.

LE MODÉRATEUR: Oui.

Mme LORTIE: Oui, pendant que j’étudie, exactement, pour pas que ça dérange.

Mme THOËR: Oui.

Mme LORTIE: « J’attends l’autobus. »

Mme THOËR: « Quand je rentre dans la maison pour faire compagnie. »

Mme LORTIE: Et la programmatique commence à comprendre ça aussi, commence à comprendre le rythme, la façon dont on —

LE MODÉRATEUR: Oui, oui. On est très prévisible, hein, quand on nous étudie sur le long terme là?

Mme LORTIE: Oui, absolument.

LE MODÉRATEUR: Nos déplacements et tout. Il y a de la période — périodicité qui revient là.

Mme LORTIE: Et ça, cette connaissance-là en profondeur ça rejoint tout à fait les préoccupations de Sylvain d’un besoin d’encadrer à un moment donné la façon dont ces données-là sont utilisées. Parce que, oui, c’est une notion de portabilité, loyauté, transparence.

M. LAFRANCE: Moi, j’allais dire tantôt, parce que Jean-François disait il n’y a pas de modèle.

Puis je vais revenir là-dessus un instant pour dire, je pense que c’est pire que ça. Je pense qu’il y a des modèles mais on n’est pas dedans.

Il y a des modèles mais on n’est pas dedans. C’est-à-dire que Netflix c’est un modèle. Facebook c’est — Facebook, ils ont même réussi à nous faire croire qu’ils étaient pas une entreprise, c’est un média. Moi, je suis sur Facebook comme si j’étais sur Cable.

Facebook c’est une entreprise.

LE MODÉRATEUR: Bien, les modèles comme « instant articles » ils deviennent pas mal des médias.

M. LAFRANCE: Oui, oui. Il y a des modèles qui se développent au-dessus de nous actuellement et donc il y a des modèles qui existent. Mais on n’est pas dedans.

Alors, sur la question de la découvrabilité, si on ne bougeait tout simplement pas, ça veut dire qu’effectivement ceux qui décident de la curation, ceux qui décident de tout ça à long terme, ce serait quelqu’un ailleurs, une entreprise qui le fait parfois pour des raisons commerciales, parfois avec des biens qu’on espère être juste des biens informatiques mais parfois avec des biens politiques aussi. Il peut arriver toutes sortes de choses avec ça.

Et il y a donc une vraie réflexion de société à faire sur comment on fait des modèles sur lesquels on va avoir une influence pour créer une société qui a du bon sens. Parce que, ultimement, le rôle des médias ce serait quand même de créer une cohésion sociale qui a du sens. Ça devrait quand même servir à ça les médias.

Alors, il faut réfléchir à ça.

LE MODÉRATEUR: Bien, c’est la force de —

M. LAFRANCE: C’est fondamental.

LE MODÉRATEUR: C’est la force de Facebook. C’est le partage. Je veux dire tout tourne autour du partage sur Facebook.

M. LAFRANCE: Oui.

LE MODÉRATEUR: Et la conversation.

M. LAFRANCE: Et la conversation. En même temps, c’est un modèle qui nous échappe beaucoup, même sur les algorithmes de Facebook.

LE MODÉRATEUR: Oui. Mais le modèle est adapté quand même par bien des médias.

M. LAFRANCE: Oui.

LE MODÉRATEUR: C’est ce qu’on essaie de faire.

Discussion de groupe/Période de questions et réponses

Écoutez, j’aurais le goût de demander à la salle, si vous avez des questions, on va continuer notre discussion mais si vous avez des questions, n’hésitez pas parce qu’on aimerait ça que vous participiez.

Donc, on a une question ici. Madame, peut-être vous amener vers le micro.

Mme PLAMONDON: Bonjour. Josée Plamondon.

Bonjour Suzanne.

Merci, Suzanne, d’avoir parlé — évoqué un peu l’indexation des contenus. Ce qui me frappe ici, bien évidemment, je travaille dans les données depuis très longtemps, même avant internet. Ma spécialité c’est l’interopérabilité des ensembles de données, donc la visibilité des données sur le web.

J’ai publié récemment sur le web un billet. Les contenus culturels — bien d’autres contenus d’ailleurs, mais les contenus culturels sont absents du web et ils sont invisibles; numérique c’est pas web.

C’est-à-dire que la plupart des activités de recherche, de découverte, ce sont des machines. Ce sont des humains, oui, mais majoritairement des machines et ce ne sont pas que des moteurs de recherche. Il y a beaucoup d’API. Il y a des applications de moissonnage de données.

Donc, il est important d’avoir une meilleure connaissance de la donnée de façon à comprendre que toutes les industries culturelles sont assises sur d’énormes actifs qui sont sous-exploités. C’est-à-dire qu’on va faire beaucoup de campagnes de promotion. On va compter sur la viralité.

Tout ça, c’est bien beau mais quand on a tant investi pour produire des contenus et qu’on les envoie dans des promotions, donc on fait une activité ponctuelle puis qu’on laisse le tout retomber dans les abîmes de nos bases de données et de nos catalogues, on perd énormément d’argent.

C’est-à-dire que tous ces actifs informationnels-là sont invisibles. Ils sont quelquefois — oui, il y a des catalogues mais ils sont mal documentés puis comme on ne connaît pas les données, on ne sait pas ce que c’est une métadonnée. On ne sait pas, est-ce que c’est un standard de métadonnée? Donc, on n’est pas capable de comprendre et même d’utiliser les métadonnées pour faire de la traçabilité pour protéger de la propriété intellectuelle, pour mettre en avant des contenus, pour mixer des métadonnées, la taxonomie, c’est-à-dire du nommage avec de la fonctionomie, c’est-à-dire ce que nos publics utilisent comme terme.

Donc, être capable de voir comment ils appellent telle chose, qu’est-ce qu’ils cherchent. Être capable aussi de connecter des données à propos de nos données.

Donc, toute cette dynamique, puis là je simplifie beaucoup, bien ça c’est la grande puissance des grandes plateformes du web.

Comme je disais, si on n’acquiert pas de culture de la donnée, on va être dépendant des algorithmes des autres. Et quand on n’est pas très majoritaire culturellement, bien c’est très difficile.

Surtout quand les grandes plateformes sont généralement américaines, on voit évidemment la problématique que ça soulève. Mais déjà si on arrivait à exploiter mieux ce qu’on a, si on arrivait également à comprendre que, oui, c’est bien d’être distribué sur YouTube mais c’est YouTube qui garde les données d’interaction avec les publics.

Et c’est ça; c’est ça le — les données, c’est le moteur de cette économie-là.

Celui qui contrôle, qui comprend les données est capable de réagir et de placer son contenu plus vite que les autres.

Alors, qu’est-ce qu’on fait?

LE MODÉRATEUR: Oui. Dans le fond, ce que vous dites c’est que les industries actuellement, les acteurs du numérique qui sont dans le domaine — en tout cas, qui touchent au domaine culturel, ont aussi un problème de littératie numérique?

Mme PLAMONDON: Oui et je dirais que –bien, je ne reviendrai pas à un historique mais ça remonte à très loin. Ça remonte à partir du moment où on a confondu information et informatique.

Donc, tout le monde s’est équipé des grandes directions informatiques. Je ne veux pas — je n’ai rien contre les informaticiens. Je travaille avec eux puis j’en ai besoin parce que maintenant je travaille beaucoup dans le web sémantique.

Mais si on ne voit que les technologies de l’information, on ne voit pas sur quoi ces technologies-là travaillent et c’est normal qu’un informaticien n’ait pas la formation. Ce n’est pas un bibliothécaire.

Bon. Évidemment, ma formation de base c’est je suis bibliothécaire mais en fait je suis spécialiste des sciences de l’information. C’est ça qui manque.

On devrait peut-être sortir les bibliothécaires des bibliothèques et les amener dans les entreprises parce qu’en fait ces catalogues-là sont vos catalogues. Les catalogues des producteurs de données c’est vraiment l’actif. C’est l’actif et c’est parce que, oui, il y a une abondance de contenu mais dans une abondance de contenu, celui qui gagne c’est celui qui fait la requête.

La requête c’est moi. La destination c’est plus vos sites. Moi, je n’irai pas faire le tour de cinq sites pour savoir ce qu’il y a comme spectacle ou ce qu’il y a comme film à Montréal. Je m’attends à faire une requête et à voir quelque part des choix ou le choix le plus pertinent.

M. LAFRANCE: Oui, effectivement, oui.

Mme PLAMONDON: Et pour ça, il faut être équipé.

LE MODÉRATEUR: Voulez-vous réagir à ça, Sylvain?

M. LAFRANCE: Je dirais simplement — ce qu’elle indique là ça existe aussi dans le monde matériel. Ça existe dans le monde des matérialisés. Ça existe dans le monde matériel.

On avait une conférence récemment. Il y avait une dame du Louvre, qui était une des directrices de collection du Louvre, qui parlait de son problème de découvrabilité.

Là, on s’est dit, oh, dans le monde matériel ça existe. Elle dit les gens viennent au Louvre. D’abord, ils veulent voir Mona Lisa, ça presse. Deuxièmement, peut-être la Vénus de Milo. Mais après ça, c’est presque l’heure d’aller luncher.

Et c’est le gros problème de découvrabilité de la collection du Louvre; c’est-à-dire que — elle a toute l’attention.

Et c’est un peu ce qui va se passer dans le monde dématérialisé. C’est-à-dire que les moteurs de recherche vont tous nous envoyer à regarder la même série, le même truc, la même affaire parce que c’est populaire, c’est nouveau, c’est ceci, c’est cela.

Mme SAVARD: C’est payant.

LE MODÉRATEUR: Oui.

M. LAFRANCE: Donc ça existait un peu — je trouvais ça très intéressant de savoir que ça existait dans le monde matériel, ce problème-là. Et qu’au Louvre c’est énorme comme problème parce qu’aujourd’hui tu entres pour voir Mona Lisa, il y a une immense salle. Là, les gens disent, bien, elle est bien petite.

(RIRES)

M. LAFRANCE: Et parce que là, la salle est trop grande.

C’est parce que là, ils n’ont pas le choix, il faut que la salle soit très grande. Elle serait bien plus belle dans une salle à sa dimension.

Donc, je voulais tout simplement raconter une « gag », une anecdote intéressante.

LE MODÉRATEUR: Merci, Sylvain.

Est-ce qu’il y a quelqu’un qui voulait rajouter quelque chose? Non?

Oui, Solange?

Mme DROUIN: Encore moi, pardon. Solange Drouin de l’ADISQ.

J’aime beaucoup ce que madame a dit, Madame Plamondon. D’ailleurs, je vais lire vos livres, vos publications.

J’aime beaucoup ce qu’elle a dit mais en même temps, il faut être modeste sur la mine d’or sur laquelle on est assis. Parce que, évidemment, l’industrie de la musique que, moi, je connais c’est clair qu’on a des catalogues, on a d’énormes catalogues de musique. Heureusement, on a réussi à bâtir ça en 35 ans de contexte réglementaire, politique qui a favorisé l’éclosion de ce catalogue-là.

Mais en même temps, les services qui sont en train de se développer, s’ils n’ont pas le catalogue québécois, ils vont se développer quand même.

Je veux dire tant dans notre secteur, si les trois grosses « majors » de notre industrie, Universal, Sony et Warner, ils ont les catalogues de ces trois multinationales-là, le catalogue, qu’on soit là ou qu’on soit pas là sur Songza ou qu’on soit sur Rdio ou sur n’importe lequel, ils vont faire leur service pareil. Puis nous, notre catalogue, il faut être modeste.

Mais moi, je me dis qu’il a une valeur notre catalogue dans la mesure où il va être joué, premièrement. Parce que c’est bien beau être dans les bases de données mais si on ne sort jamais en termes de liste, ça va être zéro/zéro qu’on va avoir.

Donc, il faut qu’il y ait un « incentive » parce qu’on leur a parlé à monsieur Rdio, on a parlé à monsieur — name it là, monsieur Spotify — bien Rdio; en tout cas, il est décédé, Spotify.

Et eux, s’ils n’ont pas d’obligation de montrer notre contenu, ils ne le feront pas. Ils ne le feront pas. Comme mes amis —

LE MODÉRATEUR: Mais c’est un peu ce que Sylvain nous a dit tout à l’heure, la réponse c’est une équipe.

Mme DROUIN: Tout à fait.

Comme par exemple, avec nos amis — je ne veux pas parler des radios parce qu’on n’en parle pas ici mais si les radios — les radios commerciales, ici, n’avaient pas des quotas de 65 pour cent de musique vocale de langue française, bien ils ne le feraient pas parce qu’ils demandent de toute façon de les descendre à 35.

Donc, il faut qu’il y ait un « incentive » pour les services qui ont accès au public canadien de sortir ce contenu-là.

Et on sait que technologiquement, c’est possible de leur demander ça si c’est bien indexé. Parce qu’on est capable de penser qu’on peut demander — on a demandé aux gens de ces services-là, si on indexait dans votre — dans les chartes que vous devez remplir qu’une chanson, de cocher la provenance de la chanson; elle est québécoise, elle est canadienne, elle est francophone. Ils ne le font pas pour l’instant, en tout cas, pour ce qui est de la provenance. Mais on pourrait demander à ces services-là, quand ils offrent un service à un Canadien ou à un Québécois, qu’à toutes les 60 ou 100 streams, bien que ce soit une chanson canadienne, une chanson québécoise.

Mais il faut d’abord qu’ils le cotent comme il le faut. Il faut d’abord qu’ils aient l’envie de le faire. Et surtout il faut avoir un contexte réglementaire, malheureusement, qui les obligent à le faire parce que, sinon, ils ne le feront pas.

LE MODÉRATEUR: Oui.

Mme DROUIN: Malheureusement ça, c’est l’expérience que j’ai des 23 ans que je suis à l’ADISQ. Si on ne demande pas aux distributeurs de faire quelque chose, malheureusement, c’est rare qu’ils le font, même si ça peut être payant pour eux autres.

LE MODÉRATEUR: Je vous voyais opiner, Suzanne, à la question de l’indexation. Vous pensez que c’est fondamental ça, dans la possibilité que la culture soit trouvable, découvrable en ligne?

Mme LORTIE: Bien c’est clair. C’est par là que ça passe puis ça prend encore une fois — c’est parce que le modèle de la radio, Songza et Rdio est tellement flagrant, en fait, parce qu’en plus on est un super petit marché.

Puis en plus, ces services-là ont eu des problèmes de payola pour se rajouter à la chose. Parce qu’il y a du monde qui ont compris la stratégie puis c’est comme le principe — ce qui mine un peu les blogues de recommandations en voyage, et cetera. C’est-à-dire qu’il y a des commentaires truqués.

Ça prend, à un moment donné, un système d’indexation qui soit objectif et clair. Parce que si on se réfère uniquement aux recommandations par les pairs et par les usagers, c’est évident qu’il y a de la fraude. C’est évident qu’il y a une surenchère. C’est évident qu’il y a un sur-achat.

LE MODÉRATEUR: Oui.

Mme LORTIE: Ça fait qu’on ne peut pas se fier uniquement à ces modèles-là.

LE MODÉRATEUR: Oui.

Mme LORTIE: Ça fait qu’à un moment donné, oui, ça prend la case à cocher. C’est clair.

LE MODÉRATEUR: Oui, Christine?

Mme THOËR: Ce que je voulais dire aussi c’est que nous, quand on leur demandait par rapport à des contenus québécois ou canadiens, alors canadiens déjà ils ne savaient pas quoi répondre. Mais par rapport au contenu québécois, ils disaient on ne les trouve pas; première chose. Donc, effectivement, ça correspond à ce qu’on dit.

Deuxièmement, ils ne sont pas — on n’en fait pas la promotion. Donc, ils ne les voyaient pas passer. Donc non seulement quand ils les cherchent précisément ils ne les trouvent pas mais en plus ils n’ont pas la promotion.

Mais il y avait un troisième problème pour les jeunes. C’est qu’ils disaient que les contenus ne sont pas tellement attrayants. Enfin, ils ne leur correspondent pas. Notamment, les gars qui disaient, par exemple, les séries où on s’adresse au contenu de divertissement, je répète leurs mots:

« Les séries québécoises c’est des séries pour ma tante hystérique. Donc, moi, ça ne me touche pas tant que ça. »

Et les filles, elles regardaient encore un peu des contenus des séries avec leur mère. Certaines — bon, il y avait quelques-unes qui ressortaient aussi qu’elles regardaient et qu’elles allaient pouvoir rattraper en ligne si elles les avaient manquées.

Mais au-delà de ça, elles regardent énormément de contenu en ligne. Donc, effectivement, les jeunes n’étaient pas nécessairement sur les médias traditionnels auparavant.

Mais est-ce que dans la situation où ils regardent de plus en plus — puis ils passent des heures hein, trois à quatre heures par jour. Même à la fin, au moment où vous les publiez, on avait des jeunes qui, scolarisés passaient 40 heures à regarder des contenus. Donc, c’est sûr que c’était problématique. Dans les cours, ils en regardent aussi.

Mais est-ce qu’ils vont revenir à des contenus québécois alors qu’ils auront, pendant toute une partie de leur jeunesse, passé du temps à regarder des contenus qui ne sont pas des contenus québécois? Ça, je trouve que c’est peut-être —

LE MODÉRATEUR: Oui. C’est de l’éducation aussi et ça commence tôt.

Mme THOËR: C’est une partie de l’éducation. L’identité ça se fait au travers des contenus.

LE MODÉRATEUR: Exact. Oui.

Mme THOËR: Et si ça, ce n’est pas mis en place, ce n’est pas évident d’y revenir.

LE MODÉRATEUR: Oui, effectivement. Très intéressant cette question-là, la construction.

Oui, Michèle?

Mme SAVARD: Juste un petit commentaire sur la radio.

Pour moi, les Songza de ce monde c’est l’écoute de la musique, ce n’est pas de la radio.

La radio, le rôle à la base de la radio c’est — une partie c’est découvrabilité de la musique mais ce n’est pas juste ça. Pour un consommateur, je suis une consommatrice de radio.

LE MODÉRATEUR: Oui.

Mme SAVARD: C’est parler, l’écoute, l’information, connexion avec un animateur, surtout au Québec où on a des animateurs qui sont nos vedettes qu’on met en onde.

Ça fait que quand j’écoute Songza, c’est pour absolument une autre raison que quand je vais écouter ma radio.

LE MODÉRATEUR: Oui, effectivement.

Mme SAVARD: Ça fait que c’est juste faire un peu de nuance là.

LE MODÉRATEUR: Oui. Merci. Sylvain?

M. LAFRANCE: On a mentionné plusieurs fois qu’on est un petit marché puis c’est plus difficile. Puis je vais me faire un peu le porte-parole parce qu’en travaillant à Radio Canada, on travaille beaucoup avec les francophones de partout au Canada.

Si on trouve que le Québec c’est un bien petit marché là, imaginez les Acadiens. Imaginez les franco-Manitobains qui, eux, ont encore beaucoup de difficulté à se voir dans les médias et qui ont des enjeux qui sont aussi très spécifiques dans toute cette partie-là.

Parce que c’est important s’ils veulent continuer de se voir justement pour que les jeunes s’identifient à la culture acadienne dans 10 ans, bien il faut qu’ils se voient à quelque part puis qu’ils voient des modèles acadiens.

Et les Franco-Ontariens c’est la même chose.

Alors, là-dessus, il y a vraiment aussi un enjeu, je tiens à dire, pour les communautés francophones au Canada qui est un enjeu extrêmement important pour eux et qui va demander probablement des solutions qui sont assez spécifiques à eux, parce que c’est des marchés encore plus petits donc encore plus fragiles.

LE MODÉRATEUR: Mais en même temps, il y a un paradoxe qui est incroyable parce qu’on a des possibilités de créer du contenu comme jamais auparavant dans un salon.

Les YouTubers en sont un bon exemple.

M. LAFRANCE: Oui.

LE MODÉRATEUR: Et paradoxalement, on a encore ce problème-là de gens qui ne se voient pas dans les médias, qui ne se reconnaissent pas dans les médias.

C’est quand même un paradoxe qui est incroyable.

M. LAFRANCE: Oui mais c’est intéressant parce que le mérite là-dessus c’est une bonne puis une mauvaise nouvelle pour les communautés francophones.

Est-ce que Radio Radio aurait monté aussi vite — puis il y a des gens qui pourraient nous le dire de l’ADISQ — aurait monté aussi vite s’il n’y avait pas eu tous les médias pour les faire connaître? Puis ils sont devenus des stars, Radio Radio. Puis ils sont arrivés avec leur vraie personnalité, leur vraie culture acadienne puis on les aime comme ça. Puis c’est, à la limite, pour ça qu’on les aime.

Est-ce qu’ils auraient monté aussi vite dans l’ancien système, dans le monde analogique? Je ne le sais pas.

Les Cowboys fringants étaient présents sur des marchés français bien avant d’être des stars ici.

Donc, le numérique a aussi des bonnes nouvelles dans le monde numérique. Il permet à des gens de se faire connaître dans des marchés très loin. Il permet, par exemple, à des plus petits marchés d’occuper une très large place.

Mais parallèlement à ça, bien là il y a une vague énorme de contenu qui nous arrive d’ailleurs et qui rend la chose plus compliquée.

LE MODÉRATEUR: Oui.

On a une question ici, Claude Joli-Coeur, oui?

M. JOLI-COEUR: Oui. En 2009, quand on a amorcé notre virage numérique à l’ONF, on avait un problème de découvrabilité. On avait des milliers de films. Personne ne pouvait les voir.

On a pris un risque. On a numérisé notre collection. On a créé des plateformes sans arrêt. On a créé des applications. On est allé sur toutes les tablettes, les téléphones. On vient de lancer une application pour — la nouvelle application de Apple TV. On lance des chaînes de contenu.

On va lancer, en partenariat avec Téléfilm Canada, une chaîne pour faire découvrir les talents émergents.

Alors, on a pris beaucoup de risques. On a créé deux studios interactifs où on a fait — on a pris le risque de créer de la production pour un marché qui n’existait pas, pour une forme qui n’existait pas.

Et là, on est six ans plus tard et puis on fait encore face à ce problème de découvrabilité.

Il y a des dirigeants d’institutions publiques ici qui sont réunis dans cette salle. C’est rare qu’on a à la fois le Conseil des arts, Téléfilm, Radio Canada, la SODEC, l’ONF.

Quel risque vous nous suggéreriez de prendre collectivement, comme institution publique, pour qu’on permette à — comme on a les moyens de prendre des risques comme institution publique?

Puis c’est sûr qu’on a des choix à faire mais qu’est-ce que vous nous suggéreriez de faire pour —

LE MODÉRATEUR: Très intéressant ça. Oui, Sylvain, vous voulez réagir en commençant?

M. LAFRANCE: Oui, il y a sûrement une première chose. Dans le monde des médias au Canada puis dans le monde des médias privés, une des choses qui a été dominante depuis deux ou trois ans, moi, j’appelle ça les partenariats improbables.

Il y a des gens qu’on pensait toujours des ennemis, qui subitement s’assoient ensemble pour diffuser du hockey, des Olympiques ou pour créer Shomi dans l’ouest du pays puis tout ça. Donc, il y a eu des partenariats improbables.

Je pense et j’adorerais voir autant de partenariats improbables dans le secteur public que dans le secteur privé parce que actuellement le secteur privé va plus vite que le public.

Il y a pas mal de chaînes publiques au Canada français quand on les additionne avec TFO, avec Télé-Québec, avec tout ça, avec l’ONF qui fait des contenus avec tout le monde.

Donc, un, se lancer dans des partenariats improbables.

Deux, effectivement, sur la question de la découvrabilité, il y a des pays actuellement qui étudient le lancement de monteurs de recherche nationaux, centrés sur le contenu national. Est-ce que ça va marcher ou pas? Est-ce que c’est une bonne idée ou pas?

Mais je pense que les services publics auraient un rôle important. Moi, je pense que les services publics, quand ils doivent s’asseoir ensemble pour inventer ce que sont les services publics à l’ère des numériques et à l’ère de la découvrabilité, ça passe à mon avis par une très grande stratégie de partenariat entre les différents services publics. J’en suis convaincu, c’est encore plus important que dans l’univers analogique.

LE MODÉRATEUR: Partenariat entre services publics. Oui, ça sonne des cloches.

Oui, Suzanne?

Mme LORTIE: Moi, j’ai —

LE MODÉRATEUR: Quels risques les organismes publics peuvent-ils prendre?

Mme LORTIE: Bien en fait, je voulais juste souligner le risque fondamental que le Conseil des arts a pris, faire la refonte complète de tous ses programmes de financement et d’admettre dans son ADN le fait que toutes les productions maintenant peuvent être hybrides.

Et donc, ça remet les pendules à l’heure.

Je félicite Simon Brault. En tout cas, c’est pour ça que je dis que je suis encore en train d’enseigner des modèles de financement obsolètes parce qu’on attend impatiemment les nouveaux programmes.

MEMBRE DE L’AUDIENCE: Ça s’en vient. Demain.

Mme LORTIE: Ça s’en vient, demain? C’est super.

Donc, il y a des initiatives comme ça.

En même temps, je trouve que l’ONF a fait un virage marketing absolument extraordinaire au niveau applicatif pour se retrouver en première page du App Store. Moi, je pense qu’il faut le souligner aussi. C’est pas comme si l’ONF n’avait rien fait.

Vraiment, il y a du benchmarking à faire à défaut de coopter que les institutions publiques se rassemblent. Il y a très certainement du benchmarking à faire — bien en tout cas, des comparaisons. Mais il y a des bonnes pratiques à transférer d’une institution publique à l’autre.

LE MODÉRATEUR: Bien il y a déjà des bons coups.

On va aller à une question, ici, de Twitter et après ça, on va à la question ici. Oui?

MÉDIA SOCIAUX: En fait, on aimerait juste en savoir un petit peu plus sur l’opinion des gens à la table sur le rôle des médias sociaux dans le phénomène de la découvrabilité.

LE MODÉRATEUR: O.k., on va commencer par quelqu’un qui a les deux mains dedans allègrement.

M. GBADAMOSI-OYEKANMI: Et les deux pieds.

LE MODÉRATEUR: Et les deux pieds, oui.

M. GBADAMOSI-OYEKANMI: Formidable outil de ciblage.

Les médias sociaux, ce qui est quand même une caractéristique fondamentale c’est la définition personnalisée du profil, la possibilité d’analyser ceux qui ont parlé de tels programmes dans le passé, de toucher sur toutes les plateformes mobiles ou tablettes à cette personne-là, autant de fois qu’on veut avec les messages qu’on veut. C’est la manière la plus personnalisée possible.

Et je pense qu’en termes de ciblage, vous pouvez toucher huit millions de personnes au Québec, si vous le voulez, avec des messages différents en fonction de leur goût.

Je pense qu’il n’y a pas aujourd’hui un outil de ciblage qui soit plus puissant que celui-là.

Donc, en fait, c’est une formidable opportunité pour faire découvrir des choses qui intéressent les gens.

Je pense que l’enjeu de la communication aujourd’hui c’est d’offrir du contenu qui a du sens pour la personne. Le rejet de la publicité, la question vient aussi du fait qu’on matraque des messages qui sont peu intéressants, qui ne nous apportent pas de valeur.

Les données sont longues. On a peu de temps à passer. Quand on passe du temps devant un contenu devant la télévision, on veut quelque chose qui soit pertinent pour nous. Le reste c’est du gaspillage du temps.

Donc les médias sociaux permettent, effectivement quand ils sont bien utilisés, d’offrir finalement pour des producteurs de contenu et des diffuseurs la possibilité de toucher de manière pertinente et exacte et à moindre coût — parce que le coût, au lieu de toucher 100 personnes pour en toucher — au lieu d’arroser ou d’entendre les 100 personnes pour en toucher quatre pertinentes, il faut aller directement toucher ces quatre personnes-là et les accompagner dans le temps.

Pour moi, c’est un formidable outil finalement de communication et de ciblage à ce niveau-là.

Mme SAVARD: Bien ça permet aussi d’optimiser très rapidement. On sait qui est intéressé, qui n’est pas intéressé. Si on est capable de pousser aussi du contenu avec des sponsored posts qu’on peut faire, voir qui réagit, qui interagit donc dans le comportement, dans les mots qui sont utilisés.

Ça fait que c’est un outil —

M. GBADAMOSI-OYEKANMI: Et après, un deuxième élément c’est au-delà d’avoir touché cette personne avec un contenu pertinent, sa capacité de faire ce travail-là dans le temps.

Une fois que vous avez défini que cette personne-là aime ce type de contenu —

Mme SAVARD: Ses amis.

M. GBADAMOSI-OYEKANMI: — ses amis, vous pouvez aussi travailler la formation sur le long terme. Il y a un travail qui est assemblé — sur ces outils en tout cas.

LE MODÉRATEUR: Oui.

Vous vouliez rajouter quelque chose sur les réseaux sociaux?

M. LAFRANCE: Bien j’allais simplement dire naturellement que c’est une des grandes choses. Mais j’allais faire un gag en disant on va faire une expérience en passant. La revue Gestion de HEC sort cet après-midi en kiosque. Un spécial média, Twittez-le et on va voir si ça marche.

(RIRES)

M. LAFRANCE: Un spécial complètement consacré aux médias.

M. LECHEVALLIER: Et on est payé combien?

M. LAFRANCE: Gratuit, c’est une économie de partage.

LE MODÉRATEUR: Sylvain Lafrance sait faire du placement de produit, ça c’est certain.

On avait une question ici au micro, oui?

M. HELLIO: Bonjour, Jérôme Hellio.

Écoute, Sylvain, je n’avais pas entendu ce que tu allais dire avant que je pose ma question mais c’était sur les partenariats improbables.

En fait, c’est une réflexion et je ne sais pas si ça se tient mais il faut rester utopique si on veut que ça avance un petit peu.

Est-ce que vous pensez qu’on pourrait passer dans un mode de co-pétition plutôt que dans un mode de compétition? C’est-à-dire que si on veut faire face — alors c’est un des accès; il n’y a pas de modèle. Il y a un encadrement légal, et cetera.

Mais est-ce que vous pensez qu’il y a la possibilité de se regrouper, de créer une patente, un truc qui n’existe pas encore pour faire face à des Netflix, des Amazon ou des Google?

Parce qu’on parle de découvrabilité, on parle de huit millions de Québécois. On parle de nos histoires qui sont fortes. On parle de notre tradition à se faire raconter des histoires puis ça je pense qu’il faut que ça reste, surtout en passant par la jeunesse.

Je crois aussi que si on arrive à se regrouper; alors des Radio Canada, des Québécor, desV, des Bell. À un moment donné, il va falloir qu’on se mette tous ensemble puis qu’on dise, o.k., en groupe on est capable d’avoir une force de frappe qui se démarque.

Et je suis convaincu que si une bébelle comme ça finit par exister, une structure ou peu importe la forme, à ce moment-là, d’abord ça s’indexe mieux, d’abord ça se connaît mieux, d’abord ça se voit mieux. Les moyens de marketing sont plus forts.

En bref, tout ce qui va avec. Alors, ça n’existe pas aujourd’hui parce qu’on regarde tous à travers nos conseils d’administration et nos chiffres d’affaires.

Mais est-ce que c’est possible de penser à un truc comme ça au Québec?

M. LAFRANCE: La réponse c’est oui puis il y a quand même pas mal d’exemples depuis deux ou trois ans qui sont intéressants. Tou.tv, où tu as travaillé, était déjà un partenariat avec les chaînes de service public.

Shomi est un très bel exemple. Rogers et Shaw qui ne sont pas nécessairement toujours des amis. La diffusion des Olympiques, la diffusion du sport professionnel. Je pense que beaucoup de gens se sont dits il vaut mieux se rassembler pour frapper. On est déjà un peu en compétition un peu.

Et moi, j’en ai vu beaucoup puis je pense que c’est de plus en plus ce qui va arriver.

Il y a l’histoire d’une consolidation dans l’industrie de la production indépendante qui ressemble un peu à ça aussi. Il y a moins de joueurs. Ils sont de plus en plus gros parce que pour aller à l’international, il faut qu’on ait des maisons de production plus grandes, plus solides.

Donc, et on en voit de plus en plus. Ça commence à changer. Puis il y en a un peu dans le service public. À mon avis, il doit y en avoir plus. Puis on n’a pas le choix parce que la concurrence est à l’international.

LE MODÉRATEUR: Merci.

Une autre question ici, oui? Peut-être Jean-François, oui? Jean-François, vous vouliez ajouter quelque chose là-dessus?

M. GAGNON: Je suis plus ou moins d’accord avec cette position-là dans un —

M. LAFRANCE: Content qu’on soit en désaccord.

M. GAGNON: Bien oui.

Un, la consolidation, je pense que c’est une mesure de gestion de risque d’abord et avant tout. C’est pas en fait — c’est pas une fédération d’intérêt qui a comme objectif, en fait, de vraiment mettre en place un modèle vraiment prolongé vers l’avant. Premier commentaire.

Deuxième point c’est d’avoir — de regrouper ensemble des institutions qui ont peut-être un problème de raison d’être. Je ne suis pas sûr que c’est une très grande utilité mais je pense que c’est une question d’étape. La notion de co-pétition c’est intéressant mais à partir du moment où ce que tu amènes à la table c’est très clair.

M. LAFRANCE: Moi, je pense que quand on consolide, si on a des grosses maisons comme Zone 3 comme attraction, —

LE MODÉRATEUR: Oui.

M. LAFRANCE: Je pense que quand on consolide, on crée des entreprises qui développent un gros know-how, qui développent une capacité d’action, une capacité d’exporter, qui développent des catalogues qu’on peut exporter à l’international.

Et je pense que quand on arrive sur les marchés étrangers, on est plus fort si on est plus consolidé.

Moi, ça fait longtemps que je dis l’industrie de la production indépendante dans le domaine de la télé doit se consolider et la principale raison pour laquelle elle doit se consolider c’est que, aujourd’hui, il faut qu’on parte à l’international. Sans ça, notre marché, on l’a dit souvent, est trop petit pour qu’on demeure un marché où il y a 140 maisons de production de télé. Ça ne peut pas se produire.

M. GAGNON: Regarde, en fait, j’achète l’idée que tu ne consolides pas pour le passé, tu consolides pour l’avant. C’est là où —

LE MODÉRATEUR: Oui, exact.

En tout cas, on a quelqu’un sur Twitter qui nous parle de la fameuse co-pétition dont nous parlait Jérôme en nous disant que l’ONF va lancer en février une chaîne avec Téléfilm Canada pour faire connaître les talents émergents. En tout cas, on a un exemple de co-pétition là.

On va aller à une question ici, oui?

M. BRAULT: Merci. Simon Brault au Conseil des arts.

C’est pas une question. D’abord, j’ai trouvé ça une conversation super.

Je veux juste dire que je retiens vraiment une phrase dans toute cette affaire-là. C’est assez étonnant parce que c’est pas une phrase très — qui semble si révolutionnaire que ça mais qui me semble très importante. C’est celle de Pascal Lechevallier qui dit, « Les politiciens doivent pratiquer l’internet. Sinon, leur politique va être déconnectée. »

Et 30 ans dans le milieu des arts, je peux vous dire quelque chose, c’est que, encore aujourd’hui, je dirais que la majorité des leaders qui dirigent le Conseil des arts, les théâtres, et cetera, ne pratiquent pas l’internet. Et je le vois constamment.

Je veux dire moi, je suis au Conseil des arts, je demande à mon staff là, à part. Et la notion du risque est très différente quand on est dans un univers analogue, contrôlé, surtout dans les 10 dernières années qu’on vient de vivre à Ottawa, que quand on est dans l’internet.

Quand on est dans l’internet, on n’existe pas si on ne prend pas de risque. Et cette espèce d’habitude du risque est un immense problème qu’on a parce que tout le monde est entouré de gens qui sont extrêmement compétents pour nous dire de ne pas faire telle ou telle chose parce que c’est trop risqué.

Et moi, je pense que des partenariats improbables et en fait tous ces concepts-là peuvent fonctionner à la seule condition qu’il y ait un courage dans le leadership au Canada, y compris dans le secteur artistique, culturel et au niveau politique.

C’est très intéressant à l’heure actuelle de voir que les gens qui — dont la Ministre du patrimoine, ces gens-là on l’âge de mes enfants. Ils ont 36 ans. Ils ne pensent pas autrement.

Et je vois tous les jours maintenant à Ottawa comment tout est bousculé. Ils veulent faire quelque chose, on leur dit ça prendre trois ans. Bien non, c’est pour demain là.

Donc toute cette ébullition-là est intéressante et moi, ce que je pense qui est le plus important c’est qu’on sorte de nos sphères respectives, que les super-informés au niveau de l’informatique parlent, parce que je pense encore que le gros problème qu’on a dans le milieu des arts, en tout cas, c’est un problème de l’incapacité à appréhender la pensée numérique; pas la technologie, la pensée numérique.

Merci.

LE MODÉRATEUR: Oui, très intéressant. Merci, Simon.

Bien écoutez, on va faire un dernier tour de table. On a commencé avec vos présentations de ce que vous vouliez nous dire. J’aimerais, à la suite de cette heure et demie de discussion, qu’on termine rapidement chacun à tour de rôle ce sur quoi vous voudriez qu’on se laisse. Une pensée sur laquelle vous voudriez qu’on médite à la fin de cette journée-là.

On va commencer avec vous, Pascal. À tout seigneur, tout honneur. C’est vous qui avez commencé notre journée.

M. LECHEVALLIER: Je pense que cette matinée nous montre que tout est possible. Encore une fois, faut-il arriver à se parler, arriver à se fixer des objectifs.

Ça été redit à plusieurs fois, benchmark qu’est-ce qui se passe autour de nous.

Et pour en revenir aussi un peu à la genèse de cette journée-là, de dire que dans le monde francophone on peut faire plein de choses. Je pense que, encore une fois, de l’autre côté de l’Atlantique il y a énormément de potentiel. Ce potentiel, il est réciproque.

On se rencontre aujourd’hui mais je pense qu’il y a vraiment des connexions à effectuer et qu’il est temps de le faire parce que les petits copains d’en face vont très, très vite et que la vitesse parfois est l’ennemie de la pensée.

Donc, mettons-nous au boulot et puis l’avenir nous appartient.

LE MODÉRATEUR: Merci, Pascal.

M. LECHEVALLIER: Merci.

LE MODÉRATEUR: Christine?

Mme THOËR: Moi, évidemment, je prêche un peu pour ma paroisse mais c’est pas dans ce sens-là. Je pense qu’il ne faut pas oublier l’usager parce qu’on met en place toutes sortes de systèmes. On crée des stratégies transmédias. On va aller vers plus de publireportages. On va faire — qu’est-ce qu’en pense l’usager? Comment il l’utilise? Est-ce que ça répond à ses attentes? Qu’est-ce qu’il reconnaît? Les moteurs, comment il les vit? Et cetera.

Donc, je pense c’est important de aussi prendre en compte la réception.

LE MODÉRATEUR: Merci, Christine.

Wale?

M. GBADAMOSI-OYEKANMI: Je vais dans le même sens. J’ai vraiment — en disant la majorité des histoires qu’on raconte, les gens s’en fichent, en bref. C’est la réalité.

Sur 90 pour cent de ce qui est produit globalement, les gens s’en fichent.

Donc, l’idée est comment trouver du sens et comment trouver le public qui va s’intéresser à l’histoire sur laquelle on va passer un mois, deux mois ou parfois cinq ans de sa vie? Comment on doit chercher ce grand public — parce que forcément 90 pour cent des gens en face s’en fichent.

LE MODÉRATEUR: Ça fait presque peur.

M. GBADAMOSI-OYEKANMI: Et je crois que c’est la réalité. Je suis très honnête. Je pense que c’est la réalité.

LE MODÉRATEUR: Merci, Wale.

Michèle?

Mme SAVARD: Peut-être un point sur la collaboration. Oui, tout le monde qui travaille ensemble c’est est-ce que les gens sont prêts à partager la donnée? Ce qu’on n’a pas présentement encore c’est qu’on a tous des petites bases de données ici et là. Puis que peut-être un jour en mettant toutes nos données ensemble pour un petit marché comme le Québec, on arriverait à en tirer des conclusions puis des insights qui nous aideraient peut-être.

Parce que pour l’instant, on est tous avec des petits.

LE MODÉRATEUR: Merci beaucoup, Michèle.

Suzanne Lortie?

Mme LORTIE: Moi, je suis tout à fait d’accord avec Wale mais je dirais que même s’il ne reste que 10 pour cent, je trouve que ce 10 pour cent là il vaut vachement la peine.

Et qu’il faut toujours — c’est un exemple que j’utilise parfois en architecture; on a beau essayer de dessiner des trottoirs et faire prendre des chemins pavés et asphaltés à des gens, c’est sûr et certain que si le chemin n’est pas bon, il y a quelqu’un qui va piquer à travers le gazon.

Et puis c’est le chemin du gazon dont on devrait s’inspirer et non pas le chemin qui a été tracé à l’origine dans une volonté de faire un bon plan.

LE MODÉRATEUR: C’est une belle métaphore ça, oui, effectivement.

Jean-François?

M. GAGNON: En fait, je finirais sur un point qu’on a peu abordé qui en lien avec la présentation de Pascal de ce matin.

C’est que, un, toute cette consommation de vidéos, en fait, elle favorise beaucoup l’accès au réseau, le réseau qui est partout, tout le temps.

Donc dans la mesure en fait où on veut redéfinir un modèle plus juste à terme, c’est certain que les acteurs qui sont en charge de l’opération puis de la mise en place de cette couche-là de l’industrie, c’est fondamental.

Donc, on n’en a pas beaucoup parlé aujourd’hui mais il y a un rôle à jouer de ces gens-là, qui dépasse largement celui qu’il joue présentement.

M. LAFRANCE: Moi, je suis très optimiste sur l’avenir des médias. Et je pense que, des fois je rencontre des jeunes qui me disent, « Oui mais est-ce qu’il y a un avenir? » Il y a un avenir extraordinaire dans le monde des médias. Il va falloir être plus entrepreneur qu’avant. C’est important.

Et je trouve qu’il y a une chose qu’on ne doit pas perdre de vue, c’est que le rôle des médias dans une société c’est de créer de la cohésion sociale.

Et jamais dans l’histoire de l’humanité, parce que la planète est plus petite qu’avant, jamais on n’a eu autant besoin de créer de la cohésion sociale. Et on ne peut pas faire l’économie d’un vrai débat politique au sens le plus noble sur le rôle des médias dans notre société sur ce que ça veut dire comme responsabilité.

LE MODÉRATEUR: Merci beaucoup, Sylvain Lafrance.

Mot de clôture par Jean-Pierre Blais et Claude Joli-Coeur

Et bien nos deux organisateurs, en fait, aujourd’hui, qui ont lancé la journée, Claude Joli-Coeur et Jean-Pierre Blais, on va leur laisser le mot de la fin.

Je ne sais pas qui veut commencer; Claude?

M. JOLI-COEUR: Oui.

LE MODÉRATEUR: On va commencer avec vous. On va s’asseoir?

M. JOLI-COEUR: Oui.

LE MODÉRATEUR: Oui, parfait.

M. JOLI-COEUR: Alors merci, Mesdames et Messieurs.

Ça été très, très, très éclairant. On a eu accès à des informations sur l’état des lieux par Pascal Lechevallier extrêmement intéressantes. L’importance des données, c’est fondamental.

On a eu des perspectives des enjeux sur lesquels on a beaucoup à réfléchir. On a des pistes de solution, de réflexion.

J’adore ce que Simon Brault nous a rappelé; on n’existe pas si on ne prend pas de risque. Il faut que ça nous interpelle tous.

On est vraiment au début d’un processus de transformation puis dans le passé, on se disait, bon bien on va s’ajuster puis on va être bon pour un bout de temps.

Mais là, on sait qu’on est en transformation continuelle. C’est une rénovation continuelle. Ça n’arrêtera pas. On ne trouvera pas une solution parce que tout de suite, il va falloir en trouver une autre.

Alors ce qui est fabuleux c’est de voir l’engagement d’un si vaste groupe. C’est vraiment extrêmement encourageant. On fait tous partie de la solution pour trouver des pistes pour miser sur les enjeux de la découvrabilité.

Il faut vraiment miser sur la complémentarité du secteur privé et du secteur public. Alors vous pouvez compter sur moi. Moi, je vais — à l’ONF, on va en prendre des risques. On va vraiment vouloir tout essayer et puis on compte sur ce regroupement d’organismes et d’entreprises, peu importe leur taille. L’important c’est qu’on puisse travailler ensemble et puis qu’on puisse travailler sur des pistes pour y arriver.

Alors, merci beaucoup. Merci de ces débats tellement enrichissants et puis j’ai vraiment hâte à la suite des choses.

Jean-Pierre?

(APPLAUDISSEMENTS)

M. BLAIS: Merci beaucoup, Claude et merci à tous les gens qui sont ici puis qui nous ont suivis aujourd’hui pour avoir partagé vos idées et votre expérience à vous tous.

Plus particulièrement, je voudrais remercier notre modérateur, Matthieu Dugal, notre conférencier principal, Pascal Lechevallier, ainsi que tous les experts qui étaient ici avec nous aujourd’hui.

Vous savez, pour ma part, les discussions ont été très stimulantes et je pense que nous quittons tous avec des nouvelles idées qui nous feront réfléchir.

Je sais que certains resteront sur leur appétit, certes, c’est normal. Nous ne sommes que sur le début d’un — nous amorçons une réflexion et un travail ensemble pour faire face aux défis de la découvrabilité.

Je vous invite donc à visiter notre site découvrabilité.ca, où vous pouvez vous inscrire afin de recevoir les mises à jour. Nous afficherons des faits saillants et des vidéos sur ce qui s’est dit aujourd’hui et aussi nos discussions qui ont eu lieu à Vancouver, à part de notre discussion aujourd’hui, ici à Montréal.

Aussi, je vous invite à visiter la page Communauté de ce site web, où vous pouvez afficher des articles, des publications de blogues ou simplement une pensée afin d’enrichir la discussion à propos de la découvrabilité.

En attendant, suivez-nous sur Twitter pour les plus récentes nouvelles et continuez la discussion sur les médias sociaux en utilisant le mot-clic « découvrabilité ». Je comprends bien que vous tous devenez maintenant les ambassadeurs de la découvrabilité.

Et finalement, j’aimerais vous annoncer une primeur à propos de l’événement principal. Donc tout le monde sait que ça aura lieu à Toronto au mois de mai mais les dates précises seront les 10 et 11 mai 2016 à Toronto.

Nous espérons qu’il s’agira d’un événement directif, exceptionnel, d’envergure internationale où nous explorerons de façon plus détaillée les idées soulevées aujourd’hui et lundi à Vancouver.

Le CRTC avec l’ONF, nous prenons des risques, je crois, au sens de Simon tout à l’heure et donc nous existons. Nous voulons aller au-delà par contre de la constatation du défi pour trouver des solutions. Ce sera un forum d’apprentissage, oui, et de discussions créatives où nous aborderons de nouvelles stratégies, de nouvelles approches ainsi que de nouveaux outils.

Restez à l’écoute afin de savoir qui sera des nôtres, les conférenciers, les participants.

Merci encore et bon après-midi.

(APPLAUDISSEMENTS)

— Fin de l’enregistrement