Transcription de l’événement En Route de Vancouver

En route vers le Sommet de la découvrabilité :
le contenu à l’ère de l’abondance

Le mardi 1er décembre 2015/Tuesday, December 1, 2015
8 h 30 à 12 h 40 (heure normale du Pacifique)

Chan Centre for the Performing Arts
Université de la Colombie-Britannique
6265, ch. Crescent
Vancouver (C.-B.) V6T 1Z1

COMPARUTIONS :

Mme Nora Young – Animatrice

M. Jean-Pierre Blais – Président et premier dirigeant, CRTC

M. Claude Joli-Cœur – Commissaire du gouvernement à la cinématographie et président, ONF

M. Tony Chapman – Conférencier principal

EXPERTS :

Mme Sara Diamond – Présidente et rectrice de l’Université de l’ÉDAO

Mme Tessa Sproule – PDG et cofondatrice, Vubble

Mme Ling Lin – Chef, Partenariats de contenu, YouTube Canada

M. Nathan Wiszniak – Relations avec les maisons de disques, Spotify Canada

M. Ashkan Karbasfrooshan – Directeur général et rédacteur en chef, WatchMojo

Mme Moyra Rodger – Fondatrice et PDG, Magnify Digital et Out to See Entertainment Inc.

 

Mot de bienvenue de l’animatrice

– La séance débute le mardi 1er décembre 2015 à 9 h/

Upon commencing on Tuesday, December 1, 2015 at 9:00

L’ANIMATRICE : Bonjour. Je me présente : Nora Young, animatrice et créatrice de Spark, l’émission de CBC radio portant sur la technologie et la culture.

Je vous souhaite la bienvenue à vous tous ici présents, aux membres de notre groupe d’experts, à notre conférencier principal et à tous ceux et celles qui suivent la diffusion en direct sur http://decouvrabilite.ca ou la chaîne YouTube du CRTC.

Comme vous venez de le voir, le sous-titre de l’événement est « Le contenu à l’ère de l’abondance ». Il se compose donc de deux éléments : comment les consommateurs de produits culturels découvrent le contenu dans un contexte numérique varié et en pleine explosion, et comment les créateurs rendent ce contenu découvrable. Nous allons donc aborder ces deux questions.

Pour vous donner un aperçu de ce qui nous attend, nous allons d’abord donner la parole à Messieurs Jean-Pierre Blais du CRTC et Claude Joli-Cœur de l’Office national du film (ONF). Nous écouterons ensuite le conférencier principal, Monsieur Tony Chapman, puis nous ferons une courte pause, avant de poursuivre avec une table ronde en compagnie d’experts de divers domaines pour en savoir plus sur les défis de la découvrabilité et pour chercher quelques premières idées et quelques solutions. Tout au long de l’événement, il y aura de nombreux moments où le public pourra engager la conversation avec les experts. Je vous invite à ne pas l’oublier, alors que nous allons de l’avant.

Notre mot-clic du jour sera – ô surprise! – découvrabilité, et j’invite toutes les personnes présentes ici et en ligne à partager leurs opinions en cours de route sur les réseaux sociaux. Nous essaierons autant que possible d’intégrer certaines des interventions sur les réseaux sociaux à la discussion qui aura lieu dans ce cadre splendide du Chan Centre for Performing Arts de Vancouver, où nous nous trouvons.

Pour les personnes ici présentes, la connexion Wi-Fi vous est offerte. Cherchez le réseau ubc_visitor. Aucun mot de passe n’est requis.

Je vais donc sans plus tarder vous présenter Jean-Pierre Blais et Claude Joli-Cœur. Jean-Pierre Blais est le président du CRTC. Claude Joli-Cœur est le commissaire du gouvernement à la cinématographie ainsi que le président de l’Office national du film. Veuillez les accueillir chaleureusement.

(APPLAUDISSEMENTS)

Mot d’ouverture de Jean-Pierre Blais et de Claude Joli-Cœur

M. BLAIS : Merci beaucoup, Nora.

Bonjour à tous et bienvenue à ce premier événement, En route vers le Sommet de la découvrabilité : le contenu à l’ère de l’abondance.

Avant de commencer, j’aimerais vous inviter à jeter un coup d’œil à l’écran derrière moi. Nous avons un message à vous présenter de la part de quelqu’un qui n’a pu être ici en personne, mais qui aurait bien aimé participer.

Lancez la vidéo, si vous le voulez bien.

(PRÉSENTATION VIDÉO)

MINISTRE JOLY : En tant que ministre du Patrimoine canadien, je sais qu’au Canada, on produit de l’excellent contenu. Grâce à leur talent, leur créativité et leurs habiletés, nos créateurs nous font rire, nous font pleurer et nous font vivre toutes sortes d’émotions. En cette ère numérique, nous sommes submergés de contenu sur diverses plateformes et nos histoires risquent de ne pas être entendues. Le fait de pouvoir découvrir ce contenu, que ce soit un livre, un film, une émission de télé ou de la musique, est un défi – pas seulement ici, mais partout à travers le monde.

Je suis ravie de voir que des innovateurs et chefs de file comme vous êtes réunis afin de discuter des changements de paradigmes qui s’effectuent et des opportunités à saisir. Même si je ne peux pas être avec vous et participer à vos discussions aujourd’hui, je vous souhaite une session productive. Je vous suivrai sur Twitter et Instagram afin de lire les idées et voir les images issues de vos rencontres. J’ai bien hâte au Sommet de la découvrabilité qui aura lieu au printemps et de poursuivre nos échanges.

Bonne journée.

M. BLAIS : Je remercie Madame la Ministre Joly d’avoir pris le temps d’enregistrer cette vidéo et je vous assure qu’elle est très présente sur son compte Twitter et les nouvelles plateformes. Je sais qu’elle suit ce qui se passe et nous l’en remercions. Son emploi du temps est très chargé, comme vous le savez, en prévision du retour au travail des parlementaires dans quelques jours seulement. Je la remercie donc pour sa participation.

J’aimerais également souligner que nous nous trouvons ici sur les terres traditionnelles de la Nation des Salish du littoral. Je les remercie pour leur hospitalité et je rends hommage à leurs Aînés.

Si vous êtes présents ici aujourd’hui, c’est parce que vous pouvez apporter une contribution pertinente à la conversation sur la découvrabilité grâce à vos recherches, à votre profession ou à vos projets novateurs. Je vous remercie donc pour votre présence.

Je désire également reconnaître la présence du public qui nous suit au moyen de la diffusion en direct. Et je le prie d’accepter mes excuses. La conversation était si intense à l’extérieur de la salle avant le début de la séance que nous avons commencée avec un léger retard; je m’attends toutefois à une journée des plus productives.

Comme l’a mentionné Nora, les personnes de l’extérieur peuvent participer en se servant des réseaux sociaux et du mot-clic « découvrabilité ».

L’an dernier, nous avons organisé une vaste consultation publique sur l’avenir de la télévision baptisée « Parlons télé ». Au cours du processus, j’ai demandé aux intervenants s’ils étaient d’accord ou non avec certaines hypothèses de travail du CRTC concernant l’évolution du paysage audiovisuel. Il s’est dégagé un large consensus. Tout le monde a reconnu le basculement majeur que connaissent actuellement les modes de distribution et de consommation du contenu au Canada et partout dans le monde.

Auparavant, les télédiffuseurs étaient les principaux dépositaires du contenu, dont ils programmaient la diffusion. Le public devait adapter son horaire aux leurs pour ne pas manquer ses émissions favorites. De nos jours, nous pouvons regarder le contenu où et quand nous le souhaitons.

On a beaucoup entendu parler de cette notion de la « désintermédiation », qui déloge les télédiffuseurs classiques en raison de l’incidence de la technologie, mais aussi de la façon dont le public choisit d’interagir avec cette nouvelle technologie. Toutefois, à mon avis, nous ne sommes pas encore entrés dans une ère d’absence totale de médiation. En effet, d’autres acteurs sont apparus pour, en un sens, effectuer une « remédiation » du contenu. C’est le cas de la vidéo sur demande, des applications et des autres services en ligne. C’est dans ce contexte que la découvrabilité revêt une importance particulière.

Les services à large bande gagnent en importance. Dans ce contexte, le contenu doit être accessible et visible à grande échelle.

Au cours des 10 prochaines années, l’auditoire continuera de délaisser le contenu programmé pour le contenu sur demande. Il voudra un pouvoir accru de gestion du contenu et cherchera des moyens nouveaux et novateurs de le faire. Ce changement de comportement chez le consommateur a déjà commencé ici au Canada, comme ailleurs. Le public canadien regarde davantage de contenu en ligne et sur des appareils mobiles; il regarde en rafale ses émissions favorites, en se servant de diverses méthodes pour trouver le contenu et en découvrant de nouvelles plateformes et de nouveaux programmes venant du Canada et du monde entier.

Ceci dit, les Canadiens regardent encore beaucoup la télévision classique, et personne ne s’attend à ce qu’ils perdent cette habitude avant longtemps. Les moyens actuels de faire la promotion du contenu demeurent tout à fait valables : créer un buzz, publier des articles dans les quotidiens et magazines, être invité aux émissions-débats, publier sur panneaux-réclames, pour ne nommer que ces formes de marketing et de promotion.

Mais le nouveau défi de la découvrabilité est de multiplier les occasions pour l’auditoire de découvrir du contenu sur de multiples plateformes. Comment peut-il trouver du contenu intéressant et pertinent? Comment les émissions de qualité trouvent-elles un auditoire dans cette mer de contenu numérique et de services de diffusion en continu? Comment vous adapter et réussir sur un marché mondialisé?

Tel est votre défi, en somme. Et vous ne trouverez pas de solution en travaillant dans l’isolement. Il vous faudra une réflexion collective et un effort concerté, parce que vous êtes responsables du résultat.

Il convient d’établir clairement les objectifs de cette rencontre. Il ne s’agit pas d’une audience réglementaire. Ni les événements préparatoires ni le Sommet ne font partie d’un processus servant à établir un nouveau règlement ou de nouvelles politiques.

Le CRTC se sert plutôt de son pouvoir de rassemblement dans le but de vous réunir ici aujourd’hui. Nous souhaitons donner le coup d’envoi à une conversation qui vous mènera à explorer de nouvelles idées, de nouveaux outils et de nouveaux modèles d’affaires pour améliorer la découvrabilité de votre contenu pour votre public.

La discussion d’aujourd’hui portera sur les marchés anglophones. Nous organiserons ensuite un événement similaire jeudi prochain pour reprendre cette discussion à Montréal, mais dans la perspective des marchés francophones, aussi bien dans un contexte majoritaire que minoritaire. Comme vous le savez sans doute déjà, le marché varie fortement d’une langue à l’autre et il est crucial de reconnaître les différences dans le cadre de la présente discussion.

Enfin, j’aimerais ajouter que nous sommes ravis de collaborer avec l’Office national du film lors de ces événements. L’ONF est reconnu de par le monde pour son contenu d’avant-garde et les multiples moyens qu’il emploie pour le mettre à la disposition du public. Il se situe au premier plan de l’innovation audiovisuelle depuis plus de 75 ans. Nul n’est mieux placé pour continuer de nous accompagner pendant que nous explorons l’avenir du contenu audiovisuel.

Sur ce, je donne la parole à mon collègue Claude Joli-Cœur, commissaire du gouvernement à la cinématographie et président de l’ONF.

Pour vous tous ici présents, j’espère que vous saurez nous éclairer tout au long de la journée grâce à vos idées et à vos expériences innovantes. N’oubliez pas que la réussite de ce projet est entre vos mains et que les Canadiens seront les bénéficiaires de votre collaboration.

Alors, Claude?
Je vous remercie beaucoup.

(APPLAUDISSEMENTS)

M. JOLI-CŒUR : Merci, Jean-Pierre.

Bonjour. C’est un immense plaisir pour moi d’être parmi vous aujourd’hui.

Même si le concept de la découvrabilité est relativement récent – le mot est aussi difficile à prononcer en français qu’en anglais, du moins pour moi – qui parmi nous n’a pas encore été confronté à cette difficulté, qui n’a pas encore été contraint de réfléchir aux grandes questions pour les consommateurs, le public et l’industrie?

C’est pourquoi je tiens à vous remercier d’être parmi nous aujourd’hui. J’applaudis également le CRTC et son président Jean-Pierre Blais pour avoir pris l’initiative d’organiser ces réunions et de lancer du fait même des discussions qui sont d’une utilité précieuse, non seulement pour l’industrie et pour le Canada, mais pour le secteur audiovisuel à l’échelle mondiale.

Je suis honoré d’être associé à ce Sommet à titre de coprésentateur, étant donné que ces questions concernent l’ensemble des acteurs des secteurs public et privé.

La surabondance ou la surcharge d’informations a des effets pervers. Les gens peinent à mettre de l’ordre dans tout cela ou, pire, se trouvent coincés dans une bulle filtrante.

La question qui se pose pour les distributeurs, les producteurs et les créateurs est de savoir comment atteindre le public cible, comment lui présenter le contenu et créer des liens qui les dirigent vers ce qu’il désire voir, à la fois au Canada et à l’étranger.

Pour nous à l’ONF, la découvrabilité est une question en lien direct avec notre mandat – en effet, à quoi bon produire quoi que ce soit si nos créations sont enfouies ou demeurent invisibles pour notre public cible?

Dans le seul volet du documentaire, une étude récente effectuée l’an dernier par les organisateurs du plus grand festival de films documentaires au pays – le Hot Docs – a montré que sur les 60 % de répondants intéressés par le visionnement de documentaires en ligne, seulement 7 % trouvent le contenu recherché.

Malgré notre virage numérique et les plus de 70 millions de visionnements sur ONF.ca et autres plateformes diffusant notre contenu, on nous demande encore où trouver nos productions.

Les lacunes en matière de découvrabilité du contenu sont liées à des problèmes technologiques, mais aussi à l’accès au contenu, donc à l’accès à la connaissance, aux arts et à la culture. Le paysage a changé et, comme le changement est permanent, c’est à nous qu’il revient de réagir.

À ce stade, nous ne prétendons pas disposer de toutes les solutions. En ce qui me concerne, il est évident que nous devons faire front commun dans ce combat, car la découvrabilité est un enjeu d’ordre national et international.

Au cours des prochaines heures, nous allons discuter en détail des plateformes, de la technologie, des moteurs de recherche et de leurs algorithmes, sans jamais oublier que le contenu lui-même est l’élément à l’origine des problèmes de découvrabilité – le contenu doit, en effet, être pertinent aux yeux du public.

Par conséquent, nous devons nous dépasser en créant des réalisations novatrices les proposer au public. Plus que jamais, il est crucial de produire des créations originales que le public aura envie de voir. Cet impératif suppose une meilleure compréhension de l’auditoire et de ses habitudes de consommation. Il s’agit également de produire différemment, en tenant compte de l’auditoire et de la plateforme, ce qui suppose davantage de partenariats pour amplifier l’incidence et la visibilité de nos réalisations parce que, admettons-le, il est de plus en plus coûteux d’être partout au bon moment et sur la plateforme exacte que le consommateur a choisie.

Nous avons tous un rôle à jouer et une responsabilité à assumer pour surmonter les grands défis de la découvrabilité.

Je suis heureux de vous voir tous ici aujourd’hui, vous les distributeurs, producteurs, créateurs, graphistes, programmeurs, penseurs, parce que les défis qui nous attendent dépassent la sphère de l’industrie audiovisuelle. Ce sont des défis de société. J’ai hâte d’entendre vos opinions et d’explorer les solutions qui s’offrent à nous.

Je vous remercie.

(APPLAUDISSEMENTS)

ANIMATRICE : Merci, Claude et Jean-Pierre.

J’aimerais maintenant présenter notre conférencier principal, Tony Chapman. Il est le fondateur et président-directeur général de Tony Chapman Reactions. Il est très actif dans les domaines de la télévision, de la radio, la presse écrite et les médias sociaux. C’est un conférencier, modérateur et stratège en communications fort recherché, et il donne des conférences partout dans le monde.

Tony est l’une des personnes les plus jeunes à ne jamais avoir été intronisé au Temple des légendes du marketing. Il a fondé et vendu avec succès deux agences de communication et une société de recherche. Investisseur actif et mentor auprès d’entrepreneurs, il siège en outre au conseil d’administration du Global Poverty Project et au conseil consultatif du Campus Stratford de l’Université de Waterloo.

Veuillez donc accueillir Monsieur Tony Chapman.

(APPLAUDISSEMENTS)

Conférencier principal, M. Tony Chapman

M. CHAPMAN : Merci.

Si vous interrogez mes filles à mon sujet, elles vous diraient probablement que je suis un épais, un guichet automatique et un chauffeur.

Je me suis senti profondément honoré lorsqu’on m’a demandé d’être le conférencier principal aujourd’hui, et je suis vite senti dépassé. Vraiment, comment, en 30 minutes, pouvons-nous parler d’un sujet comme la découvrabilité du contenu, et ce, à un auditoire qui l’aborde depuis de si nombreux horizons différents?

J’ai donc pensé établir des points communs en posant trois questions auxquelles, selon moi, nous devons répondre. Voici : Notre industrie est-elle assiégée ou sous-développée? Évoluons-nous dans un monde où il y a trop de contenu ou trop peu de bon contenu? Notre contenu est-il bloqué et emprisonné ou est-il libre de voyager sans limite ni bureaucratie?

J’ai commencé à chercher des réponses en examinant ma propre vie. Comment, me suis-je demandé, pouvons-nous répondre à ces questions. J’ai fait mes débuts dans l’industrie du contenu lorsque je fréquentais l’université. J’ai financé mes études en rédigeant et en vendant des annonces radiophoniques pour CFOX, une station de Montréal. Une de mes premières campagnes a été pour un restaurant, Rib Ticklers, rue St. John à Beaconsfield. Je me rappelle avoir participé à la soirée d’ouverture; il y avait une file d’attente. J’ai fait la file et demandé « Comment avez-vous entendu parler du restaurant? »¸ deux personnes m’ont répondu « Nous en avons entendu parlé à la radio. » C’est alors que je suis devenu accro.

J’ai été conquis à l’idée que du contenu pouvait relier un acheteur et un vendeur, pouvait changer la façon dont les gens pensent, se sentent et se comportent. Et je crois que tous les participants de l’industrie cherchent passionnément à trouver quelque chose qui touche les gens.

Après mes études universitaires, j’ai démarré une agence que j’ai baptisée « Communiqué ». Nous produisions des réunions de vente d’envergure. Notre travail consistait à inspirer, éduquer et motiver les participants. Très souvent, nous commencions par le visionnement d’un diaporama. C’était dans le temps des projecteurs de 18 et de 36 diapositives, et celles-ci ouvraient la voie au président-directeur général. Je me suis aperçu que ces messages étaient très similaires, que les gens de petits budgets et que nous utilisions ce contenu une seule fois; j’ai donc eu l’idée d’un produit normalisé. Nous avons créé de magnifiques diaporamas – Christopher Plumber faisant la narration de la vision, parlait de Laurie Skreslet, la première Canadienne à escalader le mont Everest. Ensuite, nous pouvions intégrer les logos et les produits de Pepsi Cola à 80 diapositives, et la semaine suivante nous réadaptions le contenu, et ainsi de suite.

Nous avons réussi à distribuer nos produits partout dans le monde et je suis tombé en amour avec le fait que le contenu – le contenu extraordinaire lorsqu’il est découvert – devrait pouvoir être monétisé maintes et maintes fois.

J’ai vendu ma dernière agence, Capital C, il y a deux ans. Nous avions un désir de travailler pour les grandes marques au niveau des consommateurs, mais la plupart d’entre elles avaient des relations contractuelles importantes avec des agences de publicité multinationales.

Nous avons alors eu l’idée qu’il serait peut-être préférable d’aborder le tout d’un autre angle que celui de la publicité. Qu’adviendrait-il si nous pouvions créer des idées qui pourraient être transmises si facilement qu’elles fonctionneraient à la fois à la télévision, à la radio, sur les médias sociaux et plus important encore, dans le commerce de détail?

Nous avons créé Kraft Hockeyville il y a 12 ans. Kraft l’exploite encore en Amérique du Nord. L’entreprise a vendu plus d’un milliard de dollars de produits d’épicerie.

Corus a diffusé sur ses réseaux le projet pour l’estime de soi de Dove, pour enseigner aux mères et à leurs filles la beauté de se sentir bien avec leur beauté, mais vous pouviez aller chez Walmart pour obtenir des pyjamas à l’achat de produits Dove.

Et j’ai réalisé que les plateformes, les plateformes collaboratives, allaient devenir très importantes. Mais lorsque j’ai commencé il y a 30 ans, cette industrie était très simple. Le gagnant était celui qui criait le plus fort. Il fallait simplement dominer. Il s’agissait de commander et de contrôler. Il n’existait qu’une poignée de réseaux. Ils dictaient tout : l’horaire, le contenu que vous alliez regarder et le moment où vous le regarderiez. Le téléspectateur était captif, et on a inventé des choses comme les tables pliantes et les plateaux-repas, parce que si je n’étais pas à la maison à 20 h pour regarder l’émission, je n’étais plus dans le coup à la pause le lendemain matin et je devais attendre l’été suivant pour regarder l’émission de l’heure.

Les marques se servent de cela comme cheval de Troie, une échelle à grimper, et elles rendent le tout attrayant grâce à leur publicité. Et nous avons créé des avoir nets de milliards de dollars. Pendant l’âge d’or du développement d’images de marque, les marques avaient une valeur incroyable.

Mais avec un modèle aussi simple, le capitalisme tend à faire de la surenchère. Au cours des 30 années suivantes, des dizaines de milliers de marques ont voulu payer et créer une valeur pour leur logo.

Si vous allez dans un grand magasin aujourd’hui, vous y trouverez 40 000 marques. Il y a 41 sortes de biscuits Oreo sur le marché.

Mais les marques n’ont pas été les seules à faire la surenchère, les médias aussi l’ont fait. La câblodistribution, la technologie, ont créé des créneaux selon les goûts du public. Et la relation magique entre une poignée de marques et une poignée de réseaux qui a créé une telle richesse a évolué.

Dans le marché d’aujourd’hui, en particulier en ce qui concerne les produits emballées, pour lesquelles le choix se fonde sur le coût, les marques misent sur les prix pour être découvertes. Si vous faites affaire dans le secteur des produits emballées et que vous vous demandez où va l’argent, 61 % des dollars de marketing sont maintenant utilisés pour financer des initiatives de prix en magasin. Vingt-sept milliards de dollars qui étaient auparavant investis dans la publicité, le contenu et les médias sont maintenant utilisés pour la guerre des prix en magasin.

Pendant ce temps, une autre était aussi la voie numérique arrivait. Presque du jour au lendemain, nous avons passé le bâton du pouvoir : des réseaux et des marques, et dans certains cas des détaillants, aux consommateurs, et ces derniers l’ont saisi bien plus vite que prévu.

En même temps, nous avons placé une baguette magique dans leurs mains : l’appareil mobile. Le contenu qu’ils désiraient, les jeux auxquels ils voulaient jouer, les connexions qu’ils voulaient faire, les personnes ayant les mêmes affinités qu’ils voulaient trouver partout dans le monde se trouvaient à portée de main et, pour la première fois, nous avons donné aux humains le pouvoir non seulement de créer, mais aussi de publier. Ce sont maintenant les consommateurs qui mènent : ils peuvent voter, formuler des commentaires, même influencer l’adoption ou non d’une marque. Ce qui s’est passé en ce qui concerne le comportement humain a été profond.

Chaque fois que nous dérèglons les choses, comme l’offre et la demande – première leçon d’économie – le monde change du tout au tout. À preuve, nous avons maintenant un si grand nombre de marques et de réseaux et une si grande quantité de contenu, que l’offre dépasse grandement la demande. C’est le monde à l’envers.

Nous œuvrons tous partie dans un domaine qui évolue à grands pas.

Je vois aussi un fossé important se creuser. Le centre a disparu. D’un côté se trouvent un grand nombre de très bons réseaux, de très bon contenu et de très bonnes marques, mais elles ne se démarquent pas. C’est plutôt du « moi aussi ». Il s’agit d’une course vers le plus bas prix, vers le zéro, sans coussin gonflable. Beaucoup de réseaux affirment qu’ils ont besoin de spectateurs et qu’ils ont besoin de dollars publicitaires. Les marques affirment qu’elles ont besoin du type d’engagement qui créait auparavant la valeur de leurs produits. Pour leur part, les créateurs se demandent comment ils peuvent tirer profit de leur contenu.

De l’autre côté de cet important fossé, auquel je veux consacrer le temps qu’il me reste, on pourrait trouver la meilleure occasion jamais vue par un secteur industriel. C’est là où nous devenons des facilitateurs. Lorsque vous commencez à faciliter la vie, lorsque vous commencez à faciliter la subsistance, lorsque vous commencez à influencer la façon dont les gens pensent, ressentent et agissent, cela change tout. Les entreprises qui le font sont en train de frapper notre industrie comme un tsunami. Parfois en moins d’une décennie, elles créent des capitalisations boursières plus importantes que des Motors et IBM.

Et elles y parviennent parce qu’elles trouvent une nouvelle façon de mobiliser les gens et d’établir des liens. Elles intègrent une nouvelle valeur à ce qu’elles offrent à ce consommateur. La plupart du temps, elles le font grâce à l’accès plutôt que la propriété, parce que c’est ce que le consommateur cherche aujourd’hui. « Je veux accéder, je ne veux pas acheter. »

Alors, quelle occasion se présente à nous? Peu importe le domaine dans lequel nous œuvrons, quelles sont nos possibilités? En premier : le fait que les journées ne comptent plus 24 heures parce que, grâce au multitâche, les gens prolongent à 30 heures leur journée de 24 heures. Les médias et la technologie accaparent 11 heures. Un plus grand nombre d’heures que celles consacrées à travailler, dormir ou s’acquitter des tâches ménagères. Notre passion, c’est la connectivité, la communication, le contenu.

Nous prévoyons une croissance d’un demi billions de dollars au cours des cinq prochaines années. Cette industrie atteindra les 2,2 billions de dollars pour le contenu média et la technologie – pas le matériel, mais les plateformes.

La télévision continuera de jouer un rôle incroyable parce que c’est une façon de réunir la famille; c’est un feu de camp. Les superproductions, les nouvelles en direct, les sports… elle aura toujours un rôle extraordinaire dans nos vies.

Lorsque nous introduisons la diffusion en continu dans ce foyer, nous voyons les comportements changer très rapidement; les gens passent du visionnement d’une émission à la consommation en rafale d’émissions. Ce qui est extraordinaire, c’est que le téléphone intelligent, la vitesse des réseaux et la grande accessibilité du Wi-Fi rendent le contenu court si facilement accessible sur leur baguette magique.

Quant à la perturbation, lorsque vous utilisez une approche descendante, qu’il s’agisse de télévision en direct ou de diffusion en continu de grandes émissions, et pendant ce temps, en bas, dans le deuxième écran, je formule des observations, je contribue et je regarde d’un seul œil. Cela se passe ici, où le contenu est généré par les consommateurs. Et nous constatons la tension qui s’installe dans le marché.

Cela ne touche pas seulement la télévision. Ce n’est pas le simple fait de regarder des vidéos pendant cinq ou six heures par jour qui crée cette situation. Le comportement en ligne qui augmente le plus rapidement est l’envoi de messages textes. 3,3 millions de personnes seront connectées à la messagerie texte. Si votre domaine est la création de contenu ou si vous œuvrez dans le secteur des applications, vous voyez un tout nouveau cheval de Troie pour construire votre plateforme, sur laquelle construire votre produit.

La musique, une industrie que tout le monde croyait en voie d’extinction, mais qui atteindra dix milliards de dollars d’ici 2020, revient en force. La moitié de cette industrie est maintenant fondée sur la diffusion en continu. Et la beauté de l’industrie du contenu est qu’il n’est plus nécessaire de connaître le succès dès le premier jour. Vous pouvez utiliser toutes sortes d’idées, de plateformes et de canaux différents. Vous pouvez avoir du contenu à longue traîne qui prend un an avant que la population l’adopte soudainement, ou vous pouvez faire les choses comme Drake les a faites, c’est-à-dire diffuser du contenu qu’il savait être une parodie, après parodie, après parodie, et devenir une vedette. D’ici 2020, on écoutera vingt mille milliards d’heures de contenu dans les baladodiffusions seulement aux États-Unis.

Les jeux : Voilà deux milliards des personnes les plus engagées et connectées; 74 milliards de dollars de recettes. Vous connaissez un peu les jeux? Ils provoquent la même réaction chimique dans notre comportement que les instincts humains. Un jeu de tir, comme dans « Call of Duty », provoque la même réaction chimique qu’il y a 200 ans lorsque les personnes devaient attraper des poissons ou du gibier pour nourrir leur village. Notre secteur ne fait que l’aborder. 450 millions de téléspectateurs regardent maintenant du contenu qui concerne seulement la façon de jouer à des jeux, et nous n’en sommes qu’au début de cette tendance, parce que l’avenir est aux sports et aux paris électroniques, qui représentent un marché de 423 milliards de dollars.

Ces consommateurs, ont-ils besoin de Las Vegas? Non. LNH, NFL? Non. Ils créent des tournois approvisionnés par la foule. Ils prennent les commandes et créent un grand appétit pour la compétition dans ce monde.

Enfin, 25 milliards de machines seront connectées d’ici 2020. L’occasion est extraordinaire, parce que chacune de ces plateformes sera associée à un appétit insatiable pour du contenu attrayant. Vous pouvez avoir accès à moins d’une minute du temps d’un téléspectateur moyen et créer une industrie de plusieurs milliards de dollars.

Comment créer ce contenu? Comment permettre à votre contenu de se démarquer alors qu’il y a une si grande offre et une demande insuffisante?

D’abord et avant tout, le talent et le génie seront toujours de mise. Un génie talentueux n’est pas tenu de créer un film Marvel de 100 millions de dollars. Il pourrait s’agir d’une vidéo apparemment stupide, mais qui tire parti d’une vision humaine. Que vous produisiez des superproductions ou fassiez appel aux nuances les plus fines, vous tirez parti d’une culture. Vous tirez parti d’une passion, d’une passion à longue traîne. Tant qu’il facilite ce que le consommateur cherche à faire, le contenu importera parce qu’un excellent contenu accomplit beaucoup. Vous savez, il tire parti de la hiérarchie des besoins. Me donne-t-il un sentiment de sécurité, de peur, d’amour, d’appartenance ou d’isolation? Me donne-t-il un but dans la vie? Permet-il l’autoactualisation? Un excellent contenu a le pouvoir de créer une dépendance. Il alimente notre désir de penser de façon différente, de ressentir de façon différente et plus important encore, de nous comporter de façon différente.

Nous en arrivons maintenant au concept de la découverte. Comment, dans ce nouveau monde suralimenté de contenu, dans cette augmentation exponentielle, pouvons-nous trouver une façon d’être découverts?

Je crois vraiment aux visions humaines. Je crois que lorsque vous tirez parti de cet aspect, lorsque vous facilitez ma vie ou assurez la substance d’une entreprise, lorsque vous m’aidez à me rendre là où je veux aller, lorsque vous me fournissez une marche ou une plateforme sur laquelle me tenir, vous serez découvert.

Je regarde ce qui se passe dans ce monde, et une des intuitions les plus importantes est le désir humain de profiter plus de la vie. C’est différent pour la génération du millénaire et celle des boomers. Pour la génération du millénaire, une vie plus riche peut signifier plus de temps pour faire la fête, pour s’amuser. Cela peut vouloir dire en faire plus pour la planète. Ils ont vraiment un désir passionné de faire plus, d’être plus, de recevoir plus. Un boomer pourrait rester jeune pour toujours. Je veux vivre plus longtemps. Je veux vivre plus sainement.

Mais ces perceptions, la fascination qu’elles exercent sur les gens, le concept de créer des expériences uniques et immersives grâce au contenu, probablement comme la première fois que quelqu’un a vu une émission de télévision ou un film en couleurs, c’est ce qui se produit désormais avec la technologie et c’est ce qui permet au contenu d’intervenir et de dire « Je peux créer une expérience. Vous pouvez être l’homme qui a marché sur la Lune quand vous y goûtez pour la première fois. »

Ou bien, le fait que cette technologie sera tellement bonne qu’elle remplacera nos tâches pour nous donner de plus en plus de temps libre pour la regarder.

Je pense aussi que nous devons examiner nos industries traditionnelles. Nous devons en démanteler plusieurs. Quatrième année, premier jour de classe, ploc, le livre d’histoire atterrit sur votre pupitre. Nous allons étudier l’histoire du Canada. Vous rigolez? Pourquoi ne pas utiliser nos talents de créateurs de jeux, nos talents de conteurs pour captiver les gens avec notre histoire, ce que ça voulait dire de construire une voie ferrée d’un bout à l’autre du pays, de pagayer dans les rapides, de survivre à un premier hiver à Terre-Neuve?

Pourquoi ne pas nous servir de la ludification et du contenu utilisé pour que les jeunes qui sortent de l’école se passionnent pour le genre de travaux et d’emplois dont ils auront besoin, et dont nous aurons besoin à mesure que l’économie ira de l’avant?

Quelle sorte de contenu créerons-nous, sachant que presque chaque personne sur la planète possédera son propre empire d’édition? Et ils ne voudront pas seulement prendre le contenu et le publier, ils vont vouloir prendre votre contenu et le transformer, l’augmenter, le mélanger et y collaborer.

L’autre chose qui va nous aider à aller de l’avant dans ce monde de découverte est l’effondrement des marchés. Les jours de commande et de contrôle, de règlements et de bureaucratie cèdent la place à un marché public. Le modèle d’entreprise à entreprise cède la pas à l’entreprise à consommateur et au consommateur à consommateur. Le marché s’ouvre. Nous ne pouvons plus protéger : nous, le Nord, avec notre 49e parallèle, nous devons comprendre que les gens veulent s’accaparer nos spectateurs et que nous devons saisir les leurs.

Nous devons nous rendre compte que dans cette communauté créative, nous devons faire valoir les mathématiques. Les données massives et les algorithmes vont jouer un rôle absolument incroyable. Elles vont nous dire où aller pêcher et quels appâts utiliser pour que le spectateur morde. Elles vont nous enseigner quand placer notre contenu, sur quelle plateforme il appartient et comment nous devons l’adapter au besoin à mesure que la situation s’éclaircit. Nous devons trouver les bons partenaires pour nous mettre de l’avant, comme les marques avaient l’habitude de faire avec la télévision, pour faire connaître notre contenu.

Et nous ne nous arrêterons pas là. Une industrie de 2,2 mille milliards de dollars va produire une pléthore de nouveaux algorithmes. Nous aurons des algorithmes qui suivront ce qui arrive à votre contenu. Qui l’a vu? Qu’ont-ils fait? L’ont-ils ignoré? Bien sûr. L’ont-ils publié, analysé en profondeur, transformé, ont-ils demandé plus, y ont-ils collaboré? Cela a-t-il changé ce qu’ils pensent, ce qu’ils ressentent? Ont-ils acheté quelque chose? Nous découvrirons à chaque étape en cours de route comment améliorer le contenu. Il ne s’agira plus de visionnements. Il ne s’agira plus d’attirer l’attention. La question deviendra : qu’a fait votre contenu pour faire changer la pensée, le cœur et les gestes de ce spectateur, qu’a-t-il pensé, qu’a-t-il ressenti, comment a-t-il réagi?

Je vais vous donner un exemple concernant les nouvelles plateformes. Il y a cinq ans, on m’a nommé juge pour une émission qui s’appelait Recipe to Riches. Et si quelqu’un – bon, l’émission est très simple. Les gens ne peuvent pas tous chanter, ils ne peuvent pas tous danser, mais ils ont tous une recette. Temple Street a eu cette idée d’aller chercher des personnes qui avaient une recette familiale. Ces personnes passaient par toutes les étapes habituelles des émissions de téléréalité, élimination, élimination, gagnant. La différence est que Glow, la tarte au citron de la gagnante, a non seulement remporté la palme, mais deux jours plus tard, on la vendait dans tous les Loblaws du pays.

Si nous avions eu à cette époque des données comme celles que nous aurons à l’avenir, imaginez ce que nous aurions pu faire.

Relations publiques : Comment cette émission a-t-elle changé l’opinion des consommateurs sur Galen Weston et Loblaws? Ont-ils acheté plus de cartes de fidélité? Ont-ils fait de ces magasins leur première destination?

Numérique : Aurions-nous pu utiliser ce moyen pour monter une création de contenu de 365 jours pour permettre aux gens de publiciser leurs recettes?

Télévision : qui regardait l’émission? Je m’en fiche si c’était 250 000 personnes. Qui étaient ces téléspectateurs? S’agissait-il de personnes qui accueillent des groupes dans leur maison? De personnes qui achètent des marques de qualité parce qu’elles vont recevoir la visite de leur famille et de leurs amis? Des personnes qui installent dans leur cuisine des cuisinières à gaz à 40 000 $, achètent de grands vins et, de plus, ont des Audi et des BMW dans leur entrée? Quelle est la valeur de ces consommateurs?

Enfin, les ventes au détail. Il s’agit non seulement de la quantité de produits vendus par Loblaws, mais, la cerise sur le gâteau, du nombre d’acheteurs qui sont allés chez Loblaws qui n’y étaient pas allés depuis 10 ans, qui magasinaient chez Overwaitea ou chez Metro, et qui y sont allés parce qu’ils ont adoré la tarte au citron de Glow. Et combien de ces acheteurs Loblaws a-t-il gardés?

Si nous avions ces informations, nous pourrions avoir un chiffre comme du genre Loblaws a réalisé 30 millions de dollars pour leur investissement de trois millions de dollars. Et si nous faisions ça, nous aurions de l’information pour créer des plateformes qui permettraient à Kroeger aux États-Unis de réaliser des ventes non pas de 30 millions, mais de 300 millions sur notre plateforme, et Tesco en Angleterre pourrait réaliser des ventes de plus de 200 milliards de livres sur notre plateforme – 200 millions. Deux cents (200) milliards seraient extraordinaires!

La réalité, toutefois, est que nous devons envisager que les données vont nous permettre de faire des liens et peut-être d’éliminer les cloisonnements qui empêchent la véritable collaboration, de comprendre que les bonnes idées et le bon contenu qu’il faut découvrir doivent voyager comme du liquide entre tous les points de contact du consommateur, comme l’a dit Coca-Cola avec tant d’éloquence il y a cinq ans.

J’ai donc commencé mon allocution aujourd’hui avec trois questions : Le est-il assiégée ou sous-développée? Avons-nous trop de contenu ou trop peu de bon contenu? Notre contenu est-il bloqué et emprisonné ou est-il libre de voyager sans limite ni bureaucratie?

Je regarde alors notre pays, ses conteurs, ses joueurs, ses encodeurs, ses réseaux, l’ADN d’un pays qui a toujours dû en faire beaucoup plus pour beaucoup moins comparativement aux budgets américains. Je regarde un marché de 2,2 mille milliards de dollars dans lequel 1 pour cent signifierait une industrie de 22 milliards de dollars, mais je crois que nous pouvons viser 10 pour cent. Je crois que cette industrie peut être le moteur dont nous avons désespérément besoin au Canada pour revitaliser notre économie.

Mesdames et Messieurs, je ne crois pas qu’il s’agisse seulement de contenu dans l’ère de l’abondance. Je crois qu’il s’agit de contenu canadien dans l’ère des possibilités. Et je le vois ainsi parce que je crois en une phrase qu’a prononcée Platon un jour : « Ceux qui racontent les histoires dirigent la société. »

Je vous remercie.

(APPLAUDISSEMENTS)

Période de questions et réponses

ANIMATRICE : Merci beaucoup Tony.

Nous avons du temps pour des questions. Je sais qu’il y a beaucoup d’experts dans la pièce et nous voulons faire en sorte que les gens puissent entendre vos questions, tant celles qui regardent la diffusion en continu que celles sur place. Il y a une main levée ici et le microphone est là si quelqu’un veut poser la première question. Je vous donne un moment pour y penser.

J’ai une question –

M. CHAPMAN : Bien sûr…

ANIMATRICE :… comme je suis l’animatrice. Vous avez dit quelque chose au sujet des applications de messagerie qui sont comme un cheval de Troie et je me demande si vous pourriez préciser votre pensée un peu, parce que je sais qu’il y a énormément d’activités dans ce domaine en ce moment.

M. CHAPMAN : Eh bien, la messagerie va surpasser les médias sociaux traditionnels en ce qui concerne le temps qu’on y consacre. Le pouvoir de la messagerie, la possibilité de faire du Snapchat, des vidéos, le partage, la connectivité, les amis, « Regarde ce que je suis en train de faire; regarde cette chose intéressante que je fais à l’instant même », l’idée d’avoir cette connectivité immédiate, et nous voyons maintenant de nombreuses applications et de nombreux créateurs de contenus, si je peux mettre ça dans un WhatsApp ou un WeChat, et nous voyons beaucoup de choses incroyables en Chine, si je peux mettre ça en œuvre, les gens ne quitteront jamais mon site de messagerie. Je deviendrai la nouvelle plateforme.

Ce n’est pas par hasard que Facebook possède Facebook Messaging et WhatsApp, deux applications qui deviendront probablement les sites mondiaux de la messagerie.

M. MAAVARA : Bonjour. Gary Maavara, Corus Entertainment.

M. le président, ce n’est pas une procédure réglementaire, mais j’aimerais vous dire que j’ai appris une nouvelle phrase que j’aime beaucoup aujourd’hui « le pouvoir rassembleur ». J’adore ça!

(RIRES)

M. MAAVARA : Bon, je passe à la question. Vous pouvez voir en regardant que je suis dans les médias traditionnels. Mon collègue ici, Ronnie Stanton, est notre directeur des marques nationales pour nos groupes radio.

Quel serait votre conseil aux entreprises comme les nôtres qui occupent une grande place dans les médias traditionnels, et vers où devons-nous nous diriger maintenant?

M. CHAPMAN : Je prendrais – si je dirigeais un réseau – je prendrais une heure de grande écoute – bon, les heures de grande écoute, je dirais que ces heures ne seront plus aussi désirables d’ici 18 mois. Vous avez une fenêtre de 8, 10 ou 12 semaines. Je prendrais la même somme que vous avez payée pour acheter du contenu américain. J’inviterais mes trois principales compagnies de production et je leur dirais « Nous voulons créer du contenu. Nous voulons créer du contenu dans lequel les marques font partie de l’histoire, où elles sont admises. Elles ne sont pas juste un placement déplacé de produits. » Invitez-les à se joindre à la discussion, dites-leur de réunir leurs partenaires de la vente au détail. Je créerais alors une émission ciblée sur les femmes sur le réseau W Network. J’aurais ainsi de bons aperçus. J’inviterais Proctor & Gamble. Je demanderais à Proctor & Gamble d’amener Walmart. Je réunirais tout ça et m’assurerais que tous les aspects sociaux et numériques se complètent bien. Je construirais – je créerais une boîte de Pétri pour le monde. Je créerais cette plateforme. J’y mettrais du contenu. Je mesurerais tout, y compris les conséquences d’insister sur la valorisation des marques pour Proctor & Gamble parce qu’ils sont un outil habilitant dans l’histoire – ils n’apparaissent pas à mi-chemin – et comment cela s’est traduit en termes de ventes. Je miserais tout sur cet enjeu et si cela fonctionnait, et je sais que cela fonctionnerait, je regarderais Proctor & Gamble et Walmart distribuer cela autour du monde plus vite que vous pouvez l’imaginer.

De plus, ce serait une plateforme canadienne. Au lieu de toujours importer des plateformes américaines parce cela fonctionne ailleurs, je préférerais nous voir tenter des choses, utiliser nos réseaux et en tirer profit non seulement au cours des 8 ou 10 semaines à la télévision canadienne, mais aussi en reprise sur les canaux spécialisés. Vous réalisez des profits parce que chaque fois que cette plateforme est utilisée dans le monde, chaque fois que Proctor et Walmart se diraient « Mon Dieu, au Canada, cela nous a coûté X et nous avons produit cela », nous serions assis ici et gagnerions de l’argent qui retournerait dans l’économie canadienne. C’est ce que moi je ferais.

ANIMATRICE : D’autres questions?

Claude, vouliez-vous poser une question?

M. JOLI-CŒUR : Oui. Merci. Très intéressant Tony.

Où vivez-vous – vous faisiez référence à la télévision en direct avec les activités sportives. Comment envisagez-vous qu’il soit possible d’être viable lorsque le contenu sera distribué essentiellement partout, et est-ce qu’il y aura encore suffisamment de fonds pour conserver ces points de rassemblement?

M. CHAPMAN : La télévision être l’amplificateur numéro un de la narration d’une histoire, mais cette histoire doit aussi être racontée dans la vente au détail et dans les médias sociaux, au lieu de se dire « Bon, ce n’est que de la télévision. Oh, nous ferons un peu de médias sociaux pour attirer l’attention sur elle. » En premier lieu, elle doit attirer l’attention dans l’ensemble de l’écosystème.

Deuxièmement, les superproductions et les nouvelles et la télévision en direct auront toujours leur place. Nous devons toutefois surveiller dans deux semaines, c’est la transaction de la NFL pour les matchs du jeudi soir. Netflix en profite-t-il et soumissionne-t-il? C’est la seule chose qui doit nous préoccuper. Si les services de diffusion en continu décident qu’ils veulent s’impliquer dans la télévision en direct, le tout va échapper très rapidement à notre contrôle. Ils ont dépensé – ils dépensent 5,5 milliards de dollars en contenu cette année.

Tant que cela demeure le domaine de la télévision en direct, en réalité, 72 pour cent du temps, les téléspectateurs se tournent encore vers la câblodistribution. On la regarde encore. La réalité est que nous les regardons désormais selon notre propre horaire.

Le meilleur contenu en ce moment est produit à la télévision. Nous n’avons jamais vu une telle qualité et quantité de contenu. Mais je pense que le problème est que nous gardons ce contenu isolé. Nous nous disons que c’est une émission de télévision, alors qu’il faut que ce soit une idée que, quel que soit l’endroit où je magasine, vis, joue, travaille, je puisse consommer des idées et des découvertes. C’est ce que moi je ferais avec ça.

ANIMATRICE : D’autres questions? Oui.

MEMBRE DE L’AUDITOIRE : Tout d’abord, j’aime vos trois questions. Je pense que ma réponse serait que tout ça se produit en même temps et que nous sommes en période de transition. Il me semble que nos modèles d’affaires traditionnels ont été beaucoup axés sur la création de la rareté. C’est ce que la taille des grandes entreprises a produit.

Comment croyez-vous que la proposition de valeur va aller plus loin que la rareté? Est-ce l’engagement? En fait, comment définiriez-vous la valeur?

M. CHAPMAN : Tout à fait. Nous devons oublier les impressions et les visionnements, qui sont archaïques, et nous pencher plutôt sur la façon dont les gens pensent, ressentent et se comportent, et la façon dont nous pouvons monétiser cela.

Je vais vous donner un exemple parfait. Je pense au contenu à longue traîne – vous savez, quand j’étais petit, je me tenais avec neuf personnes, et il y en a quelques-unes que je n’aimais pas, mais nous avions besoin d’elles pour jouer au hockey-balle. Je me tenais avec ces personnes et on devait forcément avoir des intérêts très similaires. Maintenant, à cause de l’Internet et du numérique, les gens peuvent se consacrer à leurs passions. Ils peuvent trouver des gens qui partagent leurs intérêts.

Une personne pourrait dire « J’aime vraiment beaucoup le football australien », alors vous pouvez créer du contenu à longue traîne parce que vous pouvez aussi rassembler un public. Vous pouvez devenir pertinent pour un très grand groupe de personnes. La question à laquelle vous devez répondre est « Comment monétiser ça? »

Parce qu’en ce moment, nous monétisons en nous fondant sur Proctor & Gamble au Canada qui s’est demandé « Est-ce que je rejoins les consommateurs canadiens? » Et « Là-bas, est-ce que je rejoins les consommateurs américains? » Je me demande, quand ces cloisonnements disparaîtront, est-ce que ces marques mondiales dont nous dépendons pour le financement vont voir cela et si dire « suis-je dans le commerce de la vitesse ». Par exemple, prenez Red Bull. Hier, j’ai rencontré une entreprise extraordinaire à Vancouver, Active Media, qui crée des systèmes d’affichage dans les métros; on prend le métro et soudainement, une annonce apparaît dans la fenêtre et se déplace avec le train. Eh bien, je suis Red Bull et je possède l’ADN de la vitesse; je veux être dans chaque station de métro comme eux, n’est-ce pas?

La notion de contenu à longue traîne n’est plus fondée sur la géographie. Il ne s’agit pas de posséder le segment de huit heures du soir, mais d’envahir une station de métro avec nos publicités. Il s’agit de satisfaire au désir de la personne de faire plus, d’être plus, de voir plus.

Vous savez, nous voulons rire, nous voulons pleurer. Nous sommes des êtres humains. Nous voulons nous connecter. Nous voulons socialiser. Nous voulons que des choses se passent – des feux de camp – nous avons eu des feux camp toute notre vie. Rappelez-vous que j’ai dit que les médias sociaux venaient juste de commercer. Depuis l’aube des temps, nous avons des médias sociaux. Si j’étais un jeune agriculteur qui voulait apprendre l’agriculture, je traversais la rue et je socialisais avec l’agriculteur plus âgé. C’est la télévision qui a interrompu cette interaction parce qu’elle est une communication à sens unique. Elle est revenue en force, mais à cause d’Internet, je n’ai plus besoin de traverser la rue pour parler aux agriculteurs. Je peux les trouver en ligne.

C’est pourquoi je pense que, quelle que soit votre passion, en création de contenu, il y aura toujours de vastes auditoires et une télévision de masse. Il y aura toujours de grands rassemblements et de grands événements, mais je crois aux possibilités du contenu à e, si nous semons des choses et les regardons pousser, et si nous encourageons les gens et les laissons prendre ces choses, les transformer, et les appuyer, aussi longtemps que nous pouvons les suivre et les monétiser, je pense que ces 2,2 mille milliards de dollars vont tomber sur nous comme un blizzard. Ce sera une occasion massive.

Sinon, si nous abandonnons le contenu dans le monde, il sera très difficile de prouver quelle était sa valeur.

Ainsi, il ne s’agit plus d’attirer l’attention; de créer des impressions; il s’agit de savoir à quel point la personne est captivée.

ANIMATRICE : Merci pour cette question et cette réponse.

Je désire mentionner que notre mot-clic découvrabilité est populaire en ce moment. C’est bon de constater que la conversation se concrétise.

M. CHAPMAN : C’est formidable.

ANIMATRICE : Questions, réflexions, commentaires?

M. REGALADO : Bonjour. Mon nom est John Regalado. Je suis ici au nom de l’Association nationale des radios étudiantes et communautaires Inc.

Dans notre secteur, nos créateurs de contenu sont aussi les consommateurs du contenu, parce que la radio et les médias communautaires sont dirigés par des bénévoles.

Je remarque que vous avez beaucoup parlé de la façon dont le secteur peut s’associer aux entreprises pour créer du contenu, et vous avez quelque peu mentionné le souhait actuel des consommateurs de créer leurs propres médias. Je me demandais si vous pouviez parler un peu plus du rôle que pourrait jouer d’autres organisations dans cette salle et comment elles peuvent canaliser tout cela pour le rendre plus découvrable?

M. CHAPMAN : Je ne suis pas sûr d’avoir compris la question. Vous êtes en radio communautaire, une entreprise de radio collégiale?

M. REGALADO : Ouais.

M. CHAPMAN : Et vous voulez découvrir comment monétiser ça, ou vous voulez…

M. REGALADO : Non, pas nécessairement, ce que je veux dire, si nous sommes ici pour parler de découvrabilité, je pense que peut-être le consommateur, à mon avis, le consommateur est un peu laissé pour compte dans cette conversation parce que dans notre industrie, c’est le consommateur qui dirige souvent notre découvrabilité.

M. CHAPMAN : Oui.

M. REGALADO : Je me demande donc si vous pouviez parler un peu plus du rôle des personnes qui consomment, comment elles peuvent participer à la création de ce média?

M. CHAPMAN : Eh bien, tout d’abord, je vais me répéter et dire que je crois que le talent et le génie trouveront toujours un accueil. La différence est que l’accueil n’est plus en masse; il devient plutôt relatif à ma vie ou, si je suis un produit d’une entreprise, à mon gagne-pain. Qu’est-ce qui m’empêche de dormir la nuit? Qu’est-ce qui m’enthousiasme? Où est mon objectif? Où est mon accomplissement personnel?

Il est intrinsèquement important de comprendre les perceptions de ces consommateurs quant au contenu qui vaut la peine d’être découvert, pas seulement comme dans « Je produis cette chose. » C’est la première chose.

La deuxième chose, vous savez, j’ai fait une vidéo pour 3 000 $ pour Sunsilk, il y a huit ans je montrais – cela s’appelle une Bridezilla, une mariée-monstre. Une femme se coupe les cheveux juste avant de se marier. Bon, la perception était que les femmes détestaient avoir les cheveux rebelles. Chaque fois qu’on parle à une femme de cheveux rebelles, « Ah, Seigneur, je suis tombée face à face avec mon ancien petit ami après le travail. Je me suis retrouvée face à face avec la nouvelle amie de mon ex. » Elles avaient toujours des anecdotes à raconter. C’est une perception. Elles avaient des anecdotes. Nous avons donc monté cette vidéo. Regardez-la, c’est comme – Norm Jewison l’a analysée et a cru qu’elle était vraie. Oprah en a parlé. Jay Leno l’a fait passer. Good Morning America l’a fait passer. Cette chose a envahi la culture populaire pendant trois semaines. Et pourquoi? Parce que cette perception était tellement puissante.

Alors oui, les algorithmes vont vous permettre de savoir que c’est là que se trouve le bassin de personnes qui ont des intérêts similaires et qu’il faut l’alimenter. Ce sont des points de passion. Cela vous fera savoir quel appât fonctionne, quelle manchette, quel texte, quelle création fonctionnent, qu’est-ce qui fait que les gens la remarquent. Toutes ces choses vont se produire. La technologie va jouer un rôle massif, mais si vous ne créez pas de contenu qui habilite à l’opposé d’un contenu qui ne fait que fournir, peu importe ce que vous ferez, peu importe les données, peu importe les fonds des médias, ce sera un échec parce que quelqu’un va prendre votre place, parce ce quelqu’un aura beaucoup plus de valeur.

Est-ce que cela répond à votre question?

M. REGALADO : Oui, merci.

ANIMATRICE : Avez-vous d’autres questions ou commentaires? Oui.

GAIL : Bonjour. Je suis Gail de Creative B.C.

Une des choses qui me préoccupent beaucoup – j’ai passé les 20 dernières années dans le monde de la radiodiffusion et du contenu – c’est que j’aimerais vous entendre parler du rôle des voix plus diverses dans l’histoire et comment elles peuvent exceller ou croître plus rapidement qu’on ne l’a vu dans nos industries depuis les 20 dernières années.

M. CHAPMAN : Très bonne question.

Alors la réalité de commande et de contrôle voulait devenir ce que j’appelle la laitue Boston Bibb dans un buffet. Vous savez, vous voulez créer un effet et sans offenser personne, mais bien sûr, quand vous allez au buffet, vous ne remplissez jamais votre assiette de cette laitue. Nous voulons agir avec prudence.

Quand il y a beaucoup plus de créneaux de contenu, comme lorsque nous parlons du contenu culturel, du contenu éducatif, du contenu sur les passions des gens, nous parlons de personnes avec des intérêts similaires. Vous avez besoin de diversifier. Vous ne pouvez pas entrer là. Vous serez un corps étranger dans ce milieu si vous avez un type de personnalité blanc-rouge comme celles avec lesquelles nous avons grandi.

L’occasion est énorme, mais c’est l’intelligence des créateurs de contenu qui dit « Voici le public que je veux. Voici les perceptions importantes. Voici comment nous pouvons les faciliter. » Bien sûr, je vais présenter – la personne qui présentera ce contenu ou le cheval de Troie qui livrera le contenu sera une chose qui leur plaira beaucoup.

Je pense aussi que le concept de diversité va disparaître parce qu’avec un marché de 2,2 mille milliards de dollars, les gens intelligents vont comprendre ça très rapidement et mettre la bonne confiance, la bonne conversation, le bon dialogue, les bons titres devant les bonnes personnes, au lieu d’adopter le format taille unique. Ce que je veux dire, c’est que la télévision était un énorme filet, un magnifique gros filet. Nous n’avions pas le choix toutefois. Nous allions à la maison, tout le monde – vous savez, la seule chose pour laquelle je me suis battu avec ma famille est que si j’arrivais le premier, je pouvais regarder Stalag 13. Si mes sœurs entraient les premières, elles regardaient Petticoat Junction. Bon, c’était nos choix.

Aujourd’hui, la beauté de la chose est que la télévision n’est plus un énorme filet. C’est la pêche à la mouche. Et la beauté de la pêche à la mouche est que vous mettez l’accent sur l’hameçon, l’appât ou la mouche qui va attirer le spectateur, le plus intéressé.

J’espère avoir répondu à votre question.

ANIMATRICE : Nous avons le temps de prendre une autre question ou un autre commentaire.

MME DINSMORE : Je suis Pam Dinsmore de Rogers.

Et je pense que votre présentation est superbe.

M. CHAPMAN : Merci.

MME DINSMORE : Vous avez parlé d’immerger les enfants dans les mathématiques et d’apprendre à utiliser des algorithmes; j’aimerais savoir si vous pensez que les algorithmes aujourd’hui fonctionnent ou peuvent fonctionner pour ou contre le contenu canadien, et ce qui peut être fait à l’avenir pour assurer que le contenu canadien soit découvert grâce à ce genre de méthodes.

M. CHAPMAN : Nous avons quelques experts qui viennent – je veux dire, Mme Diamond vient de terminer son doctorat là-dessus, alors je vais la laisser répondre à votre question, mais d’abord, en général, les choses commencent à l’école. Je vais m’éloigner un peu du sujet. Nous devons apporter la ludification et la création de contenu dans les écoles pour que les enfants aiment étudier les choses que nous devons leur apprendre. Nous leur enseignons les mauvaises choses. Nous leur apprenons à mémoriser des choses. Nous devons leur enseigner l’apprentissage cognitif. Nous devons les passionner pour des matières comme ils se passionnent pour leurs jeux et se passionnent pour leurs réseaux sociaux et leur messagerie.

La deuxième question est qu’en ce qui concerne la grande division entre les fournisseurs et les outils habilitants, les algorithmes vont détruire les fournisseurs. Ils vont standardiser votre entreprise. Ils vont acheter des médias de cette façon. Ils vont neutraliser tout ce qu’ils peuvent et faire baisser les prix parce que c’est une course au zéro sans sac gonflable. Alors si vous êtes de ce côté de l’entreprise, vous allez être écrabouillé, et vous vous sentez déjà écrabouillé si vous faites des achats problématiques et tutti quanti.

De l’autre côté, les outils habilitants vont fonctionner à votre avantage parce qu’ils vont ajouter une valeur réelle à votre contenu. Vous allez créer une richesse jamais vue parce qu’il ne s’agira plus de « Regarde l’auditoire que j’ai obtenu » mais plutôt de « Regarde l’auditoire que j’ai obtenu et regarde ce qu’ils ont fait grâce à mon contenu ». Alors il ne s’agira pas d’un juste milieu.

Si vous êtes du côté des fournisseurs, comme moi, le contenu, les marques, les médias, ce ne sera pas beau. De l’autre côté, ce sera votre arme la plus puissante parce que personne ne peut répudier les mathématiques. Ce n’est plus un achat affectif, c’est un achat stratégique.

Si j’avais pu visiter Loblaws, si j’avais su que cette émission produirait 30 millions de dollars pour Loblaws contre un coût de trois millions de dollars, ils diffuseraient ça – ils se diraient « Est-ce que je peux passer ça trois fois par année avant que le rendement décroisse? »

J’irais aux États-Unis et je ferais une vente aux enchères entre les quatre plus grands détaillants, et je leur dirais « Qui veut acheter ma plateforme », parce que je saurais que je peux monétiser la valeur.

Il est très important que nous examinions le problème, les fournisseurs, et l’habilitation. C’est super.

Bon, tout d’abord je dois saluer des gens parce que ma belle épouse Marion et Zulu, ma famille en Afrique du Sud, ma fille à Londres et ma fille à New York et mes sœurs à Toronto ont eu la gentillesse d’écouter, alors salut à tout le monde.

Et je veux vous remercier tous. Vous avez été un auditoire extraordinaire! Merci infiniment.

(APPLAUDISSEMENTS)

ANIMATRICE : C’était excellent. Merci, Tony, et merci à tous pour ces questions intéressantes.

Nous allons faire une courte pause maintenant et comme le disait Tony, certaines des questions sur les algorithmes et le contenu par niche sont les sujets que nous allons approfondir après la pause.

Une de mes tâches peu enviables est de respecter l’horaire, alors je vais réduire un peu le temps de votre pause pour nous garder à l’heure, c’est bien? Alors de retour à 10 h 30.

(L’audience est suspendue.)

(L’audience reprend.)

Table ronde La découvrabilité du contenu à l’ère de l’abondance

ANIMATRICE : Bonjour. Bienvenue! J’espère que vous avez profité de la pause.

Nous sommes prêts à commencer notre petite table ronde. Je vais vous présenter nos conférenciers et ils monteront sur scène.

Tony Chapman, que vous avez rencontré avant la pause, va se joindre à nous pour la table ronde.

Sara Diamond. Madame Diamond est présidente et rectrice de l’Université de l’ÉDAO, « l’université canadienne de l’imagination ».

Ashkan Karbasfrooshan. Ashkan est fondateur, chef de la direction, rédacteur en chef et ombudsman de WatchMojo, la plus importante chaîne YouTube au Canada. Bienvenue, Ashkan.

Moyra Rodger. Moyra Rodger est productrice lauréate, entrepreneure, innovatrice de l’industrie et fondatrice et chef de la direction de l’entreprise de stratégie en ligne, Magnify Digital.

Tessa Sproule. Tessa a récemment quitté un poste de cadre à la CBC, où elle était directrice du contenu numérique, pour cofonder Vubble. Elle est une spécialiste réputée de la production de contenu numérique en Amérique du Nord.

Ling Lin. Ling est la responsable des partenariats en matière de contenu pour YouTube Canada. Elle a passé les cinq dernières années à Google et, avant d’occuper son poste actuel, elle a été responsable des partenariats en matière de contenu pour la Chine et le Vietnam.

Et pour terminer, Nathan Wiszniak. Nathan met à profit ses plus de 15 années d’expérience dans le marketing de la musique, des ventes et de la programmation pour l’équipe de Spotify Canada, où il s’occupe des relations avec les maisons de disques.

Bienvenue. Prenons place.

Merci à tous et à toutes d’être parmi nous. La discussion s’annonce très intéressante.

Je veux commencer en vous posant quelques questions générales, notamment pour que les gens puissent connaître votre historique, car vous êtes issus de différents horizons.

En bref, à quel point la découvrabilité représente-t-elle un enjeu pour votre secteur d’expertise ou votre entreprise?

Tessa, commençons par vous.

MME SPROULE : Vous voulez commencer par moi?

ANIMATRICE : Vous m’avez regardée.

MME SPROULE : D’accord.

En fait, nous avons créé notre entreprise pour répondre aux questions de découvrabilité qui se sont présentées à moi quand j’étais à la CBC, et notre objectif est de perturber l’algorithme dont nous avons un peu parlé plus tôt pour comprendre comment on peut faire de la monétisation sans publicité et sans dépendre seulement du nombre de visionnements, car il s’agit là de l’important facteur de pression avec lequel beaucoup d’entre nous doivent composer.

Aussi, les modèles existants concernant des éléments comme la rareté et le contrôle territorial de la consommation du contenu n’ont plus aucun sens dans l’univers numérique.

MME DIAMOND : Puis-je intervenir?

ANIMATRICE : Sara.

MME DIAMOND : Moi, j’ai une relation à tendance schizophrénique avec tout ça. Je travaille beaucoup avec les grandes entités médiatiques afin de les aider à élaborer des moteurs de recommandation, qui sont des technologies de la prochaine génération, et dont vous avez tous entendu parler, j’en suis sûre. Bref, ils aident les utilisateurs à trouver le contenu qu’ils préfèrent, et permettent d’établir des stratégies visuelles qui aident les rédacteurs en chef qui travaillent avec ce contenu à prendre des décisions, notamment de plus en plus de décisions éditoriales fondées sur des données.

Mais je suis aussi issue des industries des médias, et je m’intéresse beaucoup au problème de la survie de l’excellent contenu de créneau dans cet environnement et de la façon de le nourrir jusqu’à ce qu’il atteigne le marché mondial.

Pour moi, les données y contribuent largement, comme Tony l’a expliqué, mais je crois qu’il reste beaucoup de travail à faire ensemble pour nous assurer de mettre en place les bonnes ontologies pour faire découvrir le contenu canadien.

M. KARBASFROOSHAN : J’aimerais ajouter que quand on parle de découvrabilité, cela comporte en fait deux volets. Il y a la découverte et la récupération, et je crois qu’en ligne, il faut reconnaître que ce n’est pas la même chose. Tout ça découle du fait qu’il y a un énorme fouillis – par exemple, sur YouTube uniquement, je crois que chaque minute, on téléverse des centaines d’heures de contenu, et il n’y a pas vraiment de programmation. Ce n’est pas de la télévision linéaire.

On pourrait discuter de tous ces aspects un peu plus longuement, mais c’est la principale croisée des chemins dont il est question.

MME LIN : Exact. Pour renchérir, 400 heures de contenu sont téléversées sur YouTube chaque minute, alors vous pouvez imaginer le volume gigantesque du site.

Chez YouTube, nous travaillons en étroite collaboration avec les fournisseurs de contenu, les propriétaires de contenu qui bâtissent une présence sur notre plateforme, en leur donnant des conseils d’optimisation, sur la façon de bien étiqueter les vidéos et sur les manières d’améliorer la découvrabilité en créant du contenu qui correspond aux tendances du moment, puisque c’est ce que les gens recherchent habituellement.

Mais pour nous, la découvrabilité ou le fait d’être découvert n’est que la première étape. Comment bâtit-on ensuite une chaîne, une marque et une présence constante sur la plateforme, pour s’assurer que les gens reviennent encore et encore? Car même si on vous découvre, vous êtes comme une vidéo virale. Vous n’avez eu qu’un seul succès. Si vous ne gardez pas votre élan, cela ne veut rien dire.

M. WISZNIAK : C’est la même chose sur notre plateforme. C’est une question de poursuivre la conversation. Il s’agit de prolonger le cycle de vie d’un produit.

Une partie de mon travail consiste à m’assurer que les créateurs de contenu placent leur contenu sur notre plateforme, mais aussi à faire en sorte que la musique canadienne bénéficie d’une visibilité mondiale.

Les artistes canadiens n’ont jamais eu autant de possibilités que maintenant, alors que traditionnellement, il a toujours été difficile de sortir du moule canadien; désormais, avec un accès à une plateforme mondiale, plus que jamais, et vous le reconnaîtrez j’en suis certain, la musique canadienne et les artistes canadiens profitent de plus grandes possibilités.

MME RODGER : À Magnify Digital, nous travaillons sur les stratégies. Nous aidons les entreprises à concevoir des stratégies en utilisant certains des outils dont il est question.

J’ai été productrice à la télévision pendant environ 25 ans, et il y a environ 7 ans, nous avons saisi l’occasion et avons combiné une partie de notre expertise commerciale avec notre expérience du marché des médias numériques pour commencer à conseiller des entreprises sur la façon d’utiliser ces outils de manière stratégique.

Il y a environ cinq ans, nous avons commencé à nous concentrer sur les médias, en pensant que ce serait un secteur de croissance incroyable, que tous mes collègues du domaine télévisuel allaient être intéressés et s’adresser à nous et que nous allions leur expliquer comment bâtir leur auditoire de manière directe. En toute honnêteté, il a fallu beaucoup de temps.

Nous avons conçu un outil pour aider les entreprises à y parvenir, mais je suis très heureuse d’être ici aujourd’hui, car selon moi, cette discussion s’imposait depuis longtemps.

MME DIAMOND : Aussi, c’est l’environnement qui impose tout ça.

Nous assistons à ce qui est en somme la fin d’une ère ici au Canada, soit celle de l’environnement subventionné, et pour assurer la survie des producteurs et des créateurs de contenu, nous devrons établir une stratégie avec non seulement des forces du marché qui permettent aux personnes d’adopter efficacement ces nouveaux outils, mais aussi dans laquelle règne la collaboration, une sorte de collaboration tripartite entre le gouvernement, les producteurs et les distributeurs.

ANIMATRICE : Tony, vous vouliez ajouter quelque chose?

M. CHAPMAN : Vous savez, je crois que c’est (inaudible). Nous en avons parlé un peu tout à l’heure, mais je crois que le contenu va demeurer roi. Le talent et le génie peuvent trouver un domicile, mais dans les faits, il reste qu’il faut trouver le contenu, en creusant et creusant encore pour se distinguer d’une énorme quantité de contenu de type « moi aussi » sans but réel. Selon moi, la combinaison de la technologie et de l’expérimentation convient parfaitement au Canada en tant que marché.

Nous avons le marché le plus concurrentiel du monde, mais si vous venez ici et que vous ratez votre coup, ce n’est qu’une petite tache dans votre bilan. Par contre, si vous venez ici et que vous réussissez, vous pouvez ensuite exporter vos idées.

J’aimerais beaucoup nous voir arrêter de reculer et défendre, de penser constamment à importer des plateformes et de reproduire le contenu américain pour aller dans l’autre sens et voir notre marché comme une pépinière où on peut tester de nouveaux modèles. Quand ces nouveaux modèles fonctionnent, cela vous donne l’avantage du premier arrivé et vous pouvez exporter à l’échelle mondiale.

M. KARBASFROOSHAN : Vous croyez que le Canada est un marché plus concurrentiel que les États-Unis?

M. CHAPMAN : C’est –

M. KARBASFROOSHAN : Parce qu’en affirmant que le Canada est le marché le plus concurrentiel au monde, c’est ce que vous semblez dire. Je ne suis pas du tout d’accord.

M. CHAPMAN : Eh bien, je crois que –

M. KARBASFROOSHAN : Le Canada est un des marchés parmi les moins concurrentiels du monde.

M. CHAPMAN : Non, je parlais de – désolé. En ce qui a trait à la concurrence, je parle des gens qui désirent trouver des façons de bâtir leur marque et qui investissent pour rejoindre les gens, et le Canada est donc un marché hautement concurrentiel en ce sens que nous utilisons énormément Internet, notre marché du détail est très complexe. Nous sommes dispersés sur un très vaste territoire.

Beaucoup de multinationales ont amené des cadres ici pour qu’ils fassent leurs armes au Canada, car c’est un très bon endroit où apprendre; si vous réussissez à faire croître votre entreprise au Canada, vous pouvez le faire partout ailleurs.

C’est ce que je voulais dire par concurrentiel, pas vraiment –

M. KARBASFROOSHAN : Je crois que vous vouliez dire complexe, que c’est un marché dans lequel il est difficile de faire de la concurrence.

M. CHAPMAN : Je voulais vraiment dire concurrentiel.

M. KARBASFROOSHAN : Je vois. Je ne suis pas de cet avis.

Je crois que c’est un marché très complexe, car, au bout du compte, il y a 30 millions de personnes, soit moins que la population de la Californie, mais ça reste un endroit où, laissées à elles-mêmes, bon nombre d’entreprises médiatiques louent des camions, montent dans le nord, coupent des arbres et se demandent comment améliorer le secteur des journaux imprimés.

Je crois qu’on refuse toujours de voir que les choses ont changé, mais à chacun son point de vue, j’imagine.

ANIMATRICE : Je veux parler un peu du contenu de créneau, dont nous avons brièvement discuté avant la pause, pour voir si les créneaux sont régionaux ou en fonction du sujet. Quelle est selon vous l’importance de la programmation de créneau dans ce nouvel environnement?

MME DIAMOND : Je voudrais avoir l’avis de YouTube. Je crois que YouTube regorge de contenu de créneau apporté par des réalisateurs très très créatifs, et le défi réside dans la façon dont vous permettez à ce contenu de se propager et dans la manière de créer une économie autour de tout ça.

Certaines personnes ont connu beaucoup de succès. Pour les gens qui ont un budget somme toute restreint, c’est un environnement fantastique. Et beaucoup de jeunes savent comment l’utiliser. Ils comprennent leur marché, ils assurent le suivi de tout ça. C’est instinctif chez eux.

C’est désormais le contexte qui prévaut. Je crois que le défi réside dans ce qu’on appelle le ventre mou, soit les gens qui ont connu du succès dans l’environnement subventionné actuel au Canada, avec du contenu parfois réellement excellent, et qu’il faut maintenant trouver les façons de créer les outils pour le positionner, mais aussi les budgets pour soutenir ce genre de travail.

Je crois que c’est le travail que nous devons faire pour que cet univers continue de croître et pour aider les entreprises à commencer à créer ensemble, que ce soit un environnement de commandes et d’acquisitions ou de travail collaboratif afin d’être en mesure d’atteindre les chiffres nécessaires pour passer à du contenu plus dispendieux.

Pour moi, c’est le grand défi au Canada.

MME LIN : En effet. Nous dépensons des milliards de dollars pour bâtir cette plateforme, qui est mondiale de par sa nature. Et au début, notre slogan était « Diffusez-vous ».

L’idée derrière ça était que peu importe qui vous êtes et ce que vous faites, tant que vous êtes en mesure de créer du contenu qui vous passionne, vous pouvez le téléverser sur YouTube. Et si des gens accrochent, aiment le regarder, l’auditoire augmente. Vous avez donc un auditoire.

Je crois que le créneau n’est un créneau que s’il y a des gardiens qui disent que ce n’est pas conventionnel, que c’est différent de ce que nous avons l’habitude de voir ou de ce que nous avons l’habitude de produire.

Mais un créneau peut devenir conventionnel; quand il y a des gens qui regardent le contenu des jeux vidéo ou des amateurs de jeux vidéo assis dans leur salon en train de jouer, cela devient conventionnel. Jimmy Kimmel en a ri, mais les amateurs de jeux vidéo prennent ça très au sérieux.

Le déballage de jouets était un créneau, mais maintenant il y a des millions, voire des milliards, de visionnements et d’inscrits à ce genre de contenu.

C’est la beauté d’une plateforme comme YouTube, où rien n’est vraiment un créneau, car nous ne sommes pas des gardiens. Nous fournissons la plateforme, et tant que ça vous passionne, téléversez et bâtissez votre auditoire.

MME SPROULE : Puis-je ajouter quelque chose?

Je veux simplement dire que les créneaux, c’est fantastique, mais l’auditoire a une si grande liberté et capacité de décrire son expérience que cela expose aussi un énorme problème : notre capacité d’exposition aux éléments qui se trouvent en dehors de ce créneau que nous imposons, qu’on appelle ça une bulle de filtres ou peu importe, c’est ce que les médias traditionnels faisaient, n’est-ce pas?

Par exemple, mon fils a neuf ans. S’il pouvait regarder des vidéos de Minecraft toute la journée, il le ferait. Dans les prochaines années, il va se lancer dans le monde et définir son propre système de croyances, et ce sera très autodirigé. Enfin, nous croyons que ce sera autodirigé, qu’il fera ses propres choix, mais en fait, ces choix sont un peu faussés, car ils proviennent des choses qu’il a regardées dans le passé ou que ses amis lui ont envoyées et sur lesquelles il a cliqué.

Cet ensemble – l’algorithme dont nous allons bientôt parler – est puissant, merveilleux, mais ce qui me tracasse principalement est la découverte inattendue de choses qui vous font dire « Oh, mon Dieu! ».

C’est ainsi que fonctionne notre cerveau. Nous nous souvenons beaucoup plus des choses qui nous ont bousculées, qui se trouvaient un peu en dehors de notre zone de confort ou qui amenaient un point de vue contraire à notre opinion. Ce sont ces choses qui définissent qui nous sommes, et c’est ça qui me tracasse le plus et qui m’empêche très souvent de dormir.

ANIMATRICE : Oui. Existe-t-il des tensions entre la programmation de créneau et les valeurs communes, qui représentent une grande partie de nos activités traditionnelles –

M. KARBASFROOSHAN : Je pense que tout est relatif et que c’est une question de point de vue. Dans une réalité mondiale où il n’y a pas de contrôleur, même s’il y en a encore quelques-uns, où le contenu et la distribution s’équilibrent probablement comme le yin et le yang, je pense que tout peut constituer un créneau.

Je pense au Super Bowl qui est un créneau pour un enfant de Prague qui s’intéresse soudainement au football américain, tandis que tous ses amis suivent la Ligue des champions.

Notre chaîne compte 10 millions d’abonnés. Nous sommes la première chaîne YouTube en importance au Canada. Je n’essaie pas de faire de la publicité, ça demeure peu élevé. Mais, et c’est là où je veux en venir, cela demeure un créneau. Même avec 10 millions d’abonnés qui regardent 200 millions de vidéos par mois à l’échelle mondiale, vous savez, certaines de nos vidéos ne rejoignent qu’un minuscule créneau au sein de notre auditoire.

Et je suis aussi d’avis, pour en revenir à la question de point de vue, j’ai deux filles âgées de sept et de cinq ans. Comme vous le savez, oui, on peut dire que l’algorithme décide de tout, mais elles exercent toujours un contrôle sur leur vie par rapport à ce qu’elles regardent, compte tenu de l’algorithme, et à ce qu’elles veulent regarder.

En quoi est-ce différent de ce que j’ai connu pendant mon enfance, un gars de CBC ou une personne de YTV qui décide que le samedi matin à 10 h, voilà l’émission que vous allez regarder! Ce choix était fondé sur leur système de croyances. Si cela leur plaisait, s’il était ami avec quelqu’un qui leur a dit « je suis le producteur de cette émission, s’il vous plaît, pensez-y » ou si un organisme gouvernemental quelconque la finance, alors peut-être que certaines forces exercent une pression pour que cette émission soit choisie.

Cette main invisible qui influence toutes ces choses a toujours été bien présente. C’est simplement que, maintenant, le processus est plus ouvert et démocratique.

Bon, la démocratie est fantastique et préférable aux autres options. Mais, vous savez, elle renferme, malgré tout, des pièges, et c’est ce que vous voyons maintenant.

Mais, en termes nets, j’aime mieux cette réalité que celle qui l’a précédée, parce que, en fin de compte, nous sommes parvenus à bâtir une entreprise rentable et indépendante sans l’aide du gouvernement, sans ingérence de la part des investisseurs et sans l’intervention des spécialistes du marketing.

Et nous l’avons fait, vous savez, vous parliez de groupe libre, le gouvernement, le producteur et le distributeur. Cela a quelque peu changé.

De plus en plus, ces trois groupes sont l’éditeur, la plateforme de distribution et les spécialistes du marketing. Et nous avons pu faire simplement ce que nous voulions, mais c’est – vous devez accorder la priorité absolue à l’auditoire.

Dons, je pense que tout est une question de point de vue.

ANIMATRICE : Moyra?

MME RODGER : Oui. Eh bien, je comprends ce que vous dites concernant les créneaux, mais je pense que, dans une perspective de création de contenus, cette idée de se constituer un public et la façon de le faire peuvent être réellement décourageantes.

Et lorsque vous avez un contenu spécialisé, si votre sujet est défini ou hyper-défini, c’est très utile de pouvoir découvrir son public, de trouver son auditoire en ligne, cela peut réellement donner une longueur d’avance, je pense, développer son auditoire plutôt que de dire « j’ai une comédie romantique qui s’adresse aux femmes de 18 à 49 ans ».

Je veux dire que c’est très – c’est difficile. Vous devez avoir un gros budget et une stratégie marketing très avisée pour parvenir réellement à vous constituer un auditoire.

Mais si vous travaillez sur un documentaire dont le sujet occupe un créneau, tous les créateurs de contenu auront de nombreux moyens; de nombreux outils à leur disposition pour commencer à créer réellement un auditoire et à susciter une mobilisation importante avec celui-ci.

C’est pourquoi je pense qu’un créneau peut devenir très puissant.

M. KARBASFROOSHAN : Puis-je me faire l’avocat du diable?

MME RODGER : Bien sûr.

M. KARBASFROOSHAN : La liberté d’expression, un droit divin que vous soyez religieux ou pas. La liberté de la presse et des autres médias, un droit fondamental. La liberté de créer du contenu, un droit fondamental. Par contre, il n’existe aucun droit fondamental pour ce qui est de gagner sa vie avec la création de contenus.

Je pense que l’Internet a favorisé la création d’une grande quantité de contenus pour lequel il n’y a pas demande. Et je ne parle pas de demande qu’en termes économiques. Je parle de demande dans le sens où ce contenu a été créé, parce que quelque qu’un a pris la décision, dans le cadre de son travail, de financer quelque chose et, à moins que l’auditoire soit tenu de le visionner un jeudi soir à 20 h, il ne présenterait, dans les faits, que fort peu d’intérêt.

Je pense qu’il faut faire preuve d’esprit entrepreneurial. Vous devez être soit un bon spécialiste du marketing et un bon conteur ou vous devez être en mesure de conclure des marchés, d’aller rencontrer des gens et leur dire pourquoi ils doivent diffuser votre émission. Mais je ne crois pas que ce soit comme, bon, si ces personnes ne peuvent pas survivre dans cette nouvelle réalité. Ils seront guidés par l’instinct, un instinct animal, et passeront à autre chose, parce que, malheureusement, ils n’étaient pas dans le bon domaine pour commencer. Peut-être qu’ils n’avaient pas affaire à produire du contenu dès le départ.

MME RODGER : Bon, d’accord.

M. CHAPMAN : Peut-être qu’ils voulaient seulement produire du contenu, parce qu’ils aiment ça.

M. KARBASFROOSHAN : Oui, mais dans ce cas, vous devriez pouvoir le faire si vous êtes disposé à le faire gratuitement.

M. CHAPMAN : Mais vous savez – il s’agit de raconter une histoire. Et, vous savez aussi, d’abord, je n’aime pas le mot « créneau » en ce qui a trait aux cotes d’écoute, soit le nombre de personnes. Je pense qu’il faut parler de passion.

Et la réalité est telle que peut-être seulement un pour cent de gens sont de vrais passionnés et, dans le contexte de cette salle, vous allez devoir fermer boutique avec de tels chiffres. Mais s’il s’agit d’un pour cent de la population mondiale, c’est une grande échelle.

Et les algorithmes vous permettent de faire un suivi.

D’autre part, vous pourriez ne vouloir rejoindre que dix personnes. Il peut n’y avoir que dix personnes qui m’importent et je peux ne vouloir influencer et changer le comportement que de ces personnes.

Il peut s’agir d’un parent qui crée du contenu pour ses enfants, parce qu’il veut leur inculquer de nouvelles valeurs et croyances qui vont au-delà des jeux sur Internet.

Donc, ce n’est pas – je pense que nous devons nous éloigner du modèle axé sur les cotes d’écoute et vraiment, vraiment commencer à comprendre la valeur du contenu. Certains contenus peuvent être monétisés et d’autres, non.

D’autres peuvent simplement découler du fait que je déteste mon travail, je suis insatisfait de ma vie et, quand j’arrive à la maison, je peux créer quelque chose et, s’il existe une chaîne sur laquelle je peux téléverser mon contenu et le voir, avant de le partager en envoyant un lien à mes petits-enfants de l’autre côté de l’océan, c’est absolument merveilleux. C’est le monde dans lequel nous vivons.

ANIMATRICE : Une partie de mon rôle est de mener sept personnes intelligentes et passionnées à travers une foule de sujets, nous allons donc passer à une discussion sur l’analytique des données, qui a également été abordée avant la pause. En fait, quelle est la relation entre l’analytique des données et la production de contenu et de quelle façon l’analytique des données peut-elle favoriser la découverte?

Sara, je sais que vous avez des choses à dire à ce sujet. Peut-être pourriez-vous lancer la discussion.

MME DIAMOND : Oui. Je pense que ce sujet à tout à voir avec notre discussion précédente, parce qu’il est possible de concevoir votre machine analytique de sorte à observer, vous savez, les modèles de comportement des individus, les modèles de comportements des groupes démographiques et vous pouvez également examiner les tendances émergentes à l’échelle mondiale.

Et si vous jetez un coup d’œil aux contre-tendances, cela vous permet d’offrir des possibilités de contenu aux gens par l’intermédiaire de moteurs de recommandation qui affichent : « que souhaitez-vous explorer maintenant? » afin d’offrir aux utilisateurs non seulement un contenu qu’ils connaissent et avec lequel ils sont à l’aise, mais aussi les tendances du moment et un contenu contradictoire.

Et je pense qu’un aspect particulièrement intéressant de cet espace demeure le rôle de l’intervention humaine, et c’est le travail que j’essaie d’accomplir.

Comme je l’ai mentionné, je collabore avec une très grande entreprise médiatique nationale qui a investi beaucoup d’argent pour mettre en place une équipe d’analystes composée de gens brillants et de grand talent. Beaucoup de nos conversations portent, en fait, sur la mince ligne entre le fait de comprendre la complexité de la psychologie humaine et ainsi de suite, et la nécessité de conserver une couche éditoriale dans un monde qui est régi par des algorithmes et où il est de plus en plus possible de traiter une quantité énorme de données par l’intermédiaire de systèmes cognitifs, une quantité énorme, vous pouvez donc comprendre que, non seulement – certains des problèmes liés aux machines analytiques découlent de leur grande proximité au contenu, mais elles sont de plus en plus complexes.

Google est un investisseur important, vous savez, dans cet espace, compte tenu de sa capacité de bien relever les tendances mondiales.

Il n’est donc pas nécessaire de limiter la vision du monde de vos enfants à ce qu’ils aiment en ce moment et, en tant qu’utilisateur, vous pouvez, dans les faits, programmer votre degré de risque et de confiance envers le type de contenu que vous souhaitez découvrir.

Je pense que la question relative à la mise sur pied de ce qu’on appelle une ontologie, en d’autres mots, une sorte d’environnement de métadonnées qui est en mesure de reconnaître certaines bizarreries de contenu dignes d’intérêt, représente un problème computationnel fort intéressant. Mais si on examine certains des systèmes analytiques, enfin, cet espace compte environ 400 000 types de sujets différents.

C’est un monde riche et excitant et le facteur humain y jour encore un rôle important.

Et je voulais simplement dire que la culture au sein du secteur des médias est telle que de nombreuses personnes présentes, comme à l’éditorial, – font des choix éditoriaux ou en feront à l’avenir, et elles ne sont pas forcément bien renseignées sur l’utilisation de ces outils, il s’agit donc également de bâtir un environnement au sein des agences et sur les plateformes où les gens savent utiliser les outils de manière plus approfondie.

ANIMATRICE : Nathan, je crois que le monde de la musique numérique –

M. WISZNIAK : Oui.

ANIMATRICE : – peut nous en apprendre beaucoup à ce sujet. Pouvez-vous nous faire part de votre expérience?

M. WISZNIAK : Oui. Je veux dire que, au cours des 15 dernières années dans notre industrie, en fait, nous avons assisté à l’évolution du CD au format numérique, et maintenant à la diffusion en continu. Pendant toutes ces années à travailler pour une maison de disques et étant en quelque sorte de l’autre côté, les données et les analyses n’ont jamais été aussi importantes qu’elles le sont maintenant pour les créateurs de contenu et les ayants droit musicaux, seulement par ce qu’ils doivent désormais faire preuve de rapidité et de souplesse dans leur capacité de comprendre si le contenu convient à leur auditoire, à savoir quel est leur public, et de déterminer qu’est-ce que l’auditoire écoute.

Et vous savez, certaines analyses que nous avons été en mesure de fournir aux artistes, aux gestionnaires, et aux maisons de disques, aident à orienter les tournées et à savoir quels publics achètent leurs marchandises. C’est devenu un vaste modèle d’entreprise qui va au-delà du simple lancement de CD et d’albums, et de voir ce qui se passe.

Tony, tu as mentionné la longue traîne. Et la longue traîne – j’ai suivi l’évolution de la longue traîne dans l’industrie de la musique et son utilisation augmente. Une fois de plus, nous parlons, comme vous le savez, d’un modèle qui est fondé sur les ventes de la première semaine. Toujours la première semaine.

Et maintenant, la durée de vie du contenu se prolonge. Vous avez un groupe comme Metric qui a sorti son album en septembre, mais ils ont lancé cinq extraits au cours des six mois qui ont mené à ce lancement, vous avez donc une période de six mois axée sur une chanson, oh, pardon, cinq chansons, mais un seul contenu, il était possible de générer de l’intérêt autour de cela.

M. CHAPMAN : Hedley a fait la même chose.

M. WISZNIAK : Exactement. Ouais.

Donc, cela se produit, car nous avons maintenant une plateforme mondiale et un accès à un vaste auditoire.

Les maisons de disques et les étiquettes indépendantes sont conscientes que les droits mondiaux ont beaucoup d’importance à l’heure actuelle et qu’il ne s’agit plus de limiter les droits à un seul territoire. Vous savez, l’accès à la musique à l’échelle mondiale élargit l’auditoire et, une fois de plus, l’analyse et les données sont précisément ce qu’ils utilisent maintenant pour, en fait, les aider à bâtir un public dans d’autres territoires.

MME LIN : Et je veux dire, vous avez mentionné Google Analytics, mais il y a aussi YouTube Analytics, donc chaque personne qui téléverse une vidéo ou a une chaîne, peut avoir accès à l’analytique.

Il n’est pas nécessaire de payer pour cela. On peut les consulter chaque jour. Il s’agit de données en temps réel qui vous permettent de savoir si chacune de vos vidéos remporte du succès.

Aussi, vous avez demandé en quoi ces données ont touché ou façonné la production.

Je pense que, par le passé, la production a toujours été, en fait, réunissons-nous, créons le meilleur concept qui soit, établissons un scénarimage. Il nous fallait probablement des mois pour en arriver avec la prochaine grande révélation.

Mais si vous parlez avec des créateurs de YouTube de nos jours, ils ne jurent que par l’analytique. Ils jettent un coup d’œil à l’analytique et cela leur dit ce qu’ils doivent produire ensuite. Ils savent où il faut aller lors de leur prochaine tournée, tournée mondiale, non pas seulement cibler le public dans leur pays d’origine.

C’est que l’analytique leur dit – elle leur donne la capacité de mettre des concepts à l’essai.

Ils sont en mesure de produire du contenu à un coût inférieur, de le téléverser sur YouTube et de voir si le contenu connaît du succès.

L’analytique leur permet de savoir si les gens regardent l’intégralité d’une vidéo de cinq ou dix minutes, ou si les gens arrêtent la vidéo après la deuxième minute.

Cela vous dit que votre contenu est mauvais, si après deux minutes…

MME SPROULE : Ce n’est pas vraiment nouveau, car les producteurs de télévision ont toujours été obsédés par le visionnement à la minute, depuis qu’ils ont été en mesure d’avoir accès à de telles données. Et je connais des utilisateurs de YouTube qui, en fait – ils découvrent qu’en réalité –-

MME LIN : Oui.

MME SPROULE : – Les visionnements de leurs vidéos ne dépassent pas un million, ils ne dépassent pas un million, parce que la chute de la blague vient après les trois premières secondes. Ils ont cette information.

Mais vous avez été extrêmement transparent et permis –

MME LIN : Oui.

MME SPROULE : – la diffusion de ces données. Des entreprises, comme Facebook, qui gardent l’information sous clef, m’inquiètent, parce que c’est vraiment difficile pour un producteur ou un créateur de comprendre exactement ce qui se passe, non seulement avec son propre contenu, mais aussi avec l’ensemble du contenu au sein de l’univers si – et ensuite –-

M. CHAPMAN : Mais je suis obligé de croire que certains de vos plus gros succès-surprise n’avaient rien à voir avec le fait que vous élaboriez votre contenu en recourant à l’analytique. Je pense qu’ils ont capté l’imagination des gens, vous savez.

Ils ont tout simplement conquis le monde. Vous savez, le « boy in the back » ou « Charlie bit my finger », ce n’était pas – ce n’était pas fondé là-dessus.

M. KARBASFROOSHAN : Mais ceux-là – je crois que ceux-là sont plus viraux.

M. CHAPMAN : Laissez-moi terminer. Juste – je sais que vous voulez parler, mais laissez-moi terminer.

Je pense que les commentaires – je crois que l’analytique est très importante. J’estime que nous avons beaucoup de retard. Je crois que nous allons nous rattraper. Mais ne vous y trompez pas; vous aurez quand même besoin de talent et de génie.

MME LIN : Je suis d’accord.

M. CHAPMAN : Vous aurez quand même besoin de faire de l’art. L’analytique servira, finalement, à façonner et à peaufiner comme on le fait à l’aide d’une tournette, mais en réalité, si personne ne se soucie du contenu, toute l’analytique du monde n’y changera rien.

MME LIN : Oui. Rien ne survit dans une tour d’ivoire. Et le « Charlie bit your fingers » dont vous parliez, il s’agit habituellement de succès isolés qui arrivent une fois par an ou une fois tous les deux ans.

Mais encore une fois, je ne saurais trop insister sur l’importance de la durabilité. Comment créez-vous une présence durable? L’analytique vous aide à faire cela.

Et une autre chose. Si vous regardez comment la K-pop a conquis la planète, c’est un immense succès mondial. L’analytique leur a permis de savoir où se trouvaient leurs auditoires, et en utilisant l’analytique, les sociétés de gestion et les étiquettes – je veux dire, vous pouvez aussi parler de cela. Mais ça concerne principalement l’industrie de la musique.

Ils se rendent compte qu’ils ont un gros auditoire en Amérique latine. Ils vont là-bas, ils donnent des spectacles. Ils collaborent plus étroitement avec des distributeurs ou des partenaires dans ces marchés, étant donné que l’analytique leur indique que leurs admirateurs sont là. Donc, c’est de cette façon-là qu’ils arrivent à mettre sur pied des entreprises évolutives mondiales durables en misant sur des créateurs de succès isolés, mais aussi, dans le même temps, à les mettre sur pied sur une période de cinq à dix ans.

M. KARBASFROOSHAN : Nous adorons YouTube Analytics. Nous nous en servons beaucoup.

Mais je pense, oui, en ce qui concerne ce que Tony disait, c’est – vous ne voulez pas dépendre entièrement des données. Je pense que souvent, on doit suivre son instinct et juste aller, vous savez, contre son intuition ou peut-être, je dirais juste, ne pas adopter une approche à court terme et voir plus à long terme.

Je crois que « Charlie bit my finger », c’est plus comme un succès isolé, mais je comprends ce que vous voulez dire. Il y a eu beaucoup de choses virales qui ont été pensées et planifiées et qui interpellent davantage, disons, les émotions.

J’estime que c’est là la différence entre, disons, des relevés de service et la fois où on vous montre à confectionner une tarte alors que ce matin-là, vous ne vous étiez pas réveillé avec une passion pour la pâtisserie; vous voulez juste préparer une tarte et vous ferez les recherches nécessaires.

Mais – donc, nous prenons cette décision consciemment tous les jours où nous allons… vous savez quoi, évidemment, si vous classez un film dans le top 10, il obtiendra beaucoup de visionnements, mais ce n’est pas ce que je veux faire.

Donc, je crois que vous devez le faire – et vous ne pourrez pas le faire avant d’avoir un auditoire assez gros, mais vous le faites aussi pour attirer ce gros auditoire et vous diversifier.

Nous allons nous classer parmi le top 10, disons, des figures religieuses influentes ou les dix meilleurs auteurs. Une partie de notre auditoire nous dit : « Bouh, c’est pourri, donnez-nous plus d’explosions », mais après vous déploierez vos tentacules et, vous savez, vous devez prendre ce risque.

Je pense donc aux métadonnées, qui servent tout simplement à décrire les vidéos pour que les gens puissent les trouver, donc il s’agit plus de prendre l’initiative, et ensuite on recueille les données pour déterminer ce qui fonctionne et ce qui ne marche vraiment pas, il faut faire ça.

Mais ce qu’il faut éviter, c’est, justement, de dépendre des données à court terme, sinon il n’y aura aucune variété dans le contenu. Tout le monde va produire la même merde, excusez le mot, cliquer sur des choses simplistes qui, bon, ce n’est rien de bien profond.

Vous devez donc prendre un risque et c’est correct de faire quelque chose que votre auditoire n’aimera pas nécessairement. D’accord, mais vous ne pouvez construire votre entreprise en vous appuyant là-dessus. Vous devrez quand même y aller en fonction de votre auditoire principal.

M. CHAPMAN : Et la prévisibilité permet de –

MME DIAMOND : Il y a juste deux autres choses dont j’aimerais parler en ce qui concerne l’analytique.

La première, c’est qu’il faut comprendre comment votre contenu est repéré, donc vraiment comprendre où vous vous trouvez dans l’espace des médias sociaux et comment les gens accèdent à votre contenu, cela étant très utile pour les producteurs – pour les producteurs de contenus.

Et l’autre chose qui, il est intéressant de le noter, est plus intelligente qu’elle ne l’était durant un certain temps, c’est l’analytique des sentiments.

Il est donc intéressant d’essayer de comprendre comment votre auditoire et divers types de consommateurs de votre contenu réagissent d’un point de vue émotionnel à ce contenu et de savoir où ils y réagissent et quel est cette réaction, et vous pourrez ensuite vous servir de cette information aux fins de la production créative et pour des récits et des points de départ de récits, si vous faites des émissions dramatiques ou des documentaires, même avec de la musique.

Nous avons tendance à ne tenir compte que de l’auditoire et de ses goûts, et de leur évolution, mais il est réellement important de déterminer comment ces choses sont découvertes et quels effets elles ont sur les gens.

M. CHAPMAN : Je crois que la prévisibilité et l’imprévisibilité ont beaucoup d’importance.

J’aurais tendance à penser, par exemple, que sur YouTube, une grande partie de votre marque dépendait beaucoup des créateurs qui devenaient des vedettes avec un seul succès, je veux dire – juste parce que 100 millions de personnes avaient vu la vidéo. Que doit-on faire ensuite?

Il n’y a aucun doute, quoi qu’il en soit, que la prévisibilité, l’analytique, représentent l’avenir.

Mais ce qui m’inquiète parfois, vous savez, c’est lorsque WestJet fait un malheur et que tout le monde – tout le monde veut transformer sa marque en WestJet, qu’est-ce que vous entendez lorsque vous dites que vous voulez un WestJet? Eh bien, je veux que tout le monde parle de ma marque comme on l’a fait à propos de celle de WestJet.

Disons que cela faisait partie de leur ADN. Les gens de WestJet sont reconnus pour ça. Il est évident que c’est ce qu’ils font.

Et nous devons donc voir à ce que l’analytique ne transforme pas notre industrie en une industrie prévisible. Je crois que nous devons utiliser l’analytique, mais nous devons aussi à l’occasion créer un effet de surprise et sortir des sentiers battus.

Vous savez, Steve Jobs a dit qu’il fallait inventer ce que les humains veulent, pas ce dont ils pensent avoir besoin.

MME DIAMOND : Donc cela se rapporte aussi à la solidité de la marque et c’est une conversation très intéressante.

Et je veux dire, je sais que nous parlons d’un grand organe de presse, mais The Guardian est l’une des marques les plus intéressantes à surveiller, car les responsables de ce journal ont décidé de recourir à l’analytique pour environ 50 à 60 pour cent des décisions qu’ils prennent au sujet du contenu qu’ils offrent à leur clientèle et ils connaissent vraiment bien leur lectorat. Ils ont grandement développé cet aspect à l’aide de l’analytique, mais ils présentent aussi toutes sortes de choses conformes à leur marque, mais qui ne seront lues que par dix personnes, vous savez, parce qu’ils veulent que The Guardian conserve quand même cette marque qui penche vers la gauche, qui s’intéresse aux problèmes de portée mondiale, et cetera, et cetera.

Je pense donc que cela constitue aussi une partie intéressante de cette conversation, à savoir comment on établit une marque et cela n’est pas toujours lié au fait d’avoir un gros auditoire. Je crois que c’est ce que vous disiez. Cela dépend aussi de la solidité de la marque.

MME RODGER : C’est comme un carrousel. Vous savez, ceux-là où les enfants poussent et le carrousel tourne. C’est un peu à quoi cette table ronde ressemble, car il y a ce feu roulant d’idées et je me dis, oh, mais – oh, attendez.

Donc, d’accord, je parle du point de vue du travail – et je crois que beaucoup de gens, je regarde autour de moi dans la pièce, sont plus des créateurs de contenus traditionnels. Donc, oui, il y aura des exceptions, des gens qui ne font que créer des contenus et qui devraient le faire, tout comme certains contenus canadiens ne passent pas très bien, et j’en ai moi-même produit. Cela ne traversera pas la frontière très facilement.

Il existe un véritable marché pour cela. Je ne le nie pas. Je ne pense pas qu’on devrait utiliser l’analytique à l’extrême, à tel point que nous en arriverions à produire strictement en fonction des chiffres. Je crois que cela serait négatif.

Mais pour l’industrie traditionnelle, l’idée d’utiliser des données quantitatives et qualitatives, de faire appel aux sentiments, de connaître votre auditoire et de le définir, tout cela est différent. Ça se distingue de tout ce qu’on a produit en télévision par le passé.

La plupart des entreprises de production média au pays fonctionnaient, traditionnellement, en suivant un mode interentreprises en vertu duquel leur acheteur était un diffuseur ou un distributeur. Et maintenant, nous parlons de passer à un modèle grâce auquel l’interaction aura lieu entre l’entreprise et le consommateur. Et il – il faudra éventuellement assurer la transition.

Nous devons cesser de nous fonder sur le financement – d’axer nos activités sur le financement, mais cela va prendre du temps, car cela implique qu’au sein de certaines de ces entreprises, il faudra réaligner l’équipe. Ils devront – ils ne possèdent pas nécessairement le même ensemble de compétences.

Donc, c’est un peu ça le point de vue, vous savez, que j’apporte à cette conversation, et je crois que c’est – je pense juste que cela va prendre du temps et nous aurons besoin de meneurs pour nous aider à changer ce qui est – ce qui a été une industrie très prospère.

MME DIAMOND : Oui. Lorsque j’ai parlé de cette intervention tripartite au début, c’est exactement ce que je voulais dire, c’est une espèce de plan de transition, vous savez, pour une industrie qui, essentiellement, est en train de se faire expulser d’un secteur fortement subventionné.

ANIMATRICE : Pouvons-nous –

M. KARBASFROOSHAN : Juste rapidement, j’ai juste – comme Tony – j’ai toujours quelque chose à dire sur ces choses.

Mais Sara, je ne crois pas que – les règles – exactement. Vous avez parfaitement raison.

Les règles qui s’appliquent aux organes d’information ne vont assurément pas fonctionner.

MME DIAMOND : Je sais.

M. KARBASFROOSHAN : Il s’agit d’une tout autre affaire. C’est compréhensible.

MME DIAMOND : Je sais.

M. KARBASFROOSHAN : Mais votre point – vous savez, comme je ai remarqué qu’en Colombie-Britannique il n’y a pas d’Uber, d’accord. Très intéressant.

Alors quelle est l’incidence de la technologie? Ce qu’elle fait – je pense que c’est Mark Andreessen qui a dit cela; elle provoque l’attrition d’industries.

Donc, sommes-nous d’accord pour en arriver à la conclusion qu’en dernière analyse, ce qu’Internet a fait, et continuera de faire, c’est de réduire le volume d’activités de cette industrie de production traditionnelle – cette époque ne reviendra peut-être jamais plus et le gouvernement, ou un gouvernement différent, n’a peut-être plus de rôle à jouer et il ne va pas financer des choses, et les données rendront les choses plus transparentes, plus démocratiques, et peut-être qu’au lieu d’avoir 1 000 entreprises qui produisent du contenu et le mettent en marché dans l’espoir, comme vous l’avez dit, dans le cadre d’un dialogue interentreprises – peut-être qu’il ne devrait y avoir que 100 producteurs, de la même façon que la technologie Uber a provoqué l’attrition de l’industrie du taxi.

Je veux dire, c’est – et vous avez vu le secteur des transports. Je veux dire, c’est plus efficace.

Je ne pense pas nécessairement que l’on puisse trouver une solution miracle. Je crois que c’est plutôt l’époque qui a changé, peut-être que ça ne fonctionnera pas, allons créer une autre Uber, quelque chose de nouveau et de différent.

MME RODGER : Oui, mais il y a une période de transition pour les secteurs traditionnels.

Mais pour les nouveaux créateurs de contenus, aussi, je veux dire, l’héritage de la production de contenus, la production de contenus professionnels, avec lesquelles vous faites de l’argent en recourant au financement – vous utilisez ce financement et vous vendez aux entreprises, car ce sont quand même elles qui ont les gros budgets – c’est encore comme ça que l’on fait des productions à gros budget ici, et cela sera vrai pour un certain temps. Qui a une boule de cristal?

Je veux juste dire que je pense que, du point de vue des professionnels – vous allez me tirer dessus parce que j’ai utilisé ce mot – pour les gens qui veulent faire de l’argent en produisant des contenus, nous devons concevoir l’analytique différemment. Nous devons élaborer nos contenus différemment, comme je l’ai dit, en ne produisant pas en fonction des chiffres, mais nous devons savoir – nous devons savoir qui sont nos auditoires cibles.

Je veux dire, ce n’est pas quelque chose qui est même toujours envisagé. Votre auditoire cible, c’est votre acheteur. C’est la SRC, vous savez.

M. KARBASFROOSHAN : Mais, il y a des gens qui font de l’argent en ligne. Ce ne sont pas les mêmes gens.

PewDiePie, le plus connu des créateurs sur YouTube, gagne beaucoup d’argent. Je pourrais vous dire quel est son revenu en m’appuyant sur des données disponibles. Je ne le ferai pas.

Mais l’essentiel, c’est justement cet aspect des choses qui a changé.

Je suis d’accord avec vous, c’est comme le premier point que vous avez soulevé lorsque vous avez dit, vous savez, que nous pensons tous qu’il existe une certaine définition et un seuil pour ce qui constitue de la programmation de qualité, mais nous avons aussi – je veux dire, moi-même, en tant qu’entrepreneur Internet, j’en suis arrivé à cette conclusion-là un jour quand je me suis dit que je devrai peut-être jeter ce modèle à la poubelle.

Ce n’est pas – ce qui représente de la qualité pour vous ne l’est pas nécessairement pour moi, de la même façon que nous pouvons avoir des critères musicaux différents.

Je ne comprends pas comment PewDiePie fonctionne. Je n’écouterai jamais PewDiePie. Mais il y a plus – PewDiePie a 40 millions d’abonnés. En fait, c’est plus que la population de la plupart des pays.

Il fait beaucoup d’argent, vous savez. Donc, c’est juste que la situation a changé.

– Plusieurs conférenciers à la fois

M. CHAPMAN : Il a empoché 12 millions de dollars, si cela vous intéresse. Il avait 100 milliards de visionnements.

Mais ce n’est pas – ce que je dis, c’est qu’il ne s’agit pas de la qualité. C’est plutôt le fait qu’il habilite. Il habilite ses auditeurs et c’est pourquoi il a un si bon auditoire.

Les gens vont sur son site parce qu’ils y trouvent le contenu dont ils besoin pour progresser dans le domaine qui les intéresse.

L’ANIMATRICE : J’aurais dû apporter un gros maillet.

Parlons maintenant de la promotion croisée, qui est un autre domaine que nous voulions aborder.

Quels sont, essentiellement, les avantages et les problèmes liés à la promotion croisée, particulièrement en ce qui a trait à la découvrabilité?

MME RODGER : Vous devez avoir une stratégie. Et la chose que j’aimerais dire, c’est : pourrait-on arrêter de parler des médias sociaux comme s’il s’agissait d’une stratégie? C’est un outil. La publicité en ligne est un outil. Les bulletins d’information sont des outils. Les principaux éléments de mise en œuvre ou de diffusion externe sont des outils.

Donc lorsque nous disons qu’il faut aller sur les médias sociaux, qu’il faut avoir un profil adéquat en la matière, je veux bien, mais d’abord et avant tout, où se trouvent vos auditeurs? Quelles plateformes de médias sociaux utilisent-t-ils? Que vont-ils faire? Que souhaitez-vous qu’ils fassent sur ces plateformes?

Et voir ensuite comment ils collaborent, parce qu’aucun de nous ne dispose de ressources infinies.

M. KARBASFROOSHAN : Celles de PewDiePie le sont.

MME RODGER : La promotion croisée pour créer cette mobilisation, et pas seulement – nous ne parlons pas seulement de diffuser le même contenu. Nous parlons effectivement de mobiliser les gens, votre auditoire, par l’intermédiaire de différentes plateformes, mais en comprenant bien pourquoi vous le faites, ce que vous attendez des gens, puis en mesurant les résultats.

En fin de compte, il s’agit d’avoir une stratégie de promotion croisée.

MME DIAMOND : C’est tellement étrange! Il faut que je vous le dise : j’arrive d’un atelier de deux jours dans le secteur académique sur la désintermédiation dans, vous savez, le domaine de l’éducation postsecondaire. J’arrive littéralement de là. Et nous avons tenu exactement la même conversation.

C’est pourquoi, vous savez, je pense que nous parlons de l’univers numérique. Il s’agit d’établir des échanges entre ces différentes plateformes qui veulent dire quelque chose pour l’auditoire. Autrement, à quoi bon utiliser la plateforme?

MME RODGER : Exactement.

MME DIAMOND : Alors, si nous n’avons pas à (inaudible).

M. CHAMPMAN : Lorsque les gens ont peur, ils sont bien plus susceptibles de s’accrocher. Vous savez, vous essayez de préserver le passé.

Et si la collaboration dont nous parlons exige de laisser les égos sur le pas de la porte, cela signifie, vous savez, que YouTube n’est pas plus important que le réseau, n’est pas plus important que le producteur. Cela signifie que nous devons nous demander comment collaborer pour diffuser ce contenu et en tirer des revenus.

En somme, la difficulté, ce sont les humains. Chaque fois que je me suis rendu dans une réunion où j’étais accompagnée par un représentant d’une marque, un producteur de télé ou un détaillant potentiel, c’est toujours à propos de mes objectifs, de ce qui compte pour moi. Et c’est bien ce que vous disiez à l’instant.

MME DIAMOND : Il vaut mieux laisser l’algorithme faire le travail.

M. CHAMPMAN : Oui. Bien –

MME SPROULE : J’allais dire, aussi, que nous sommes toutefois à la merci des affrontements entre ces plateformes, et que même si vous réalisez un magnifique projet sur YouTube et essayez ensuite d’en diffuser une version sur Facebook, il est possible qu’on ne vous permette pas de le faire. Et ces choses se produisent maintenant, et sont des points sensibles pour les créateurs sur YouTube, dans l’ensemble du processus qui consiste à définir, vous savez, l’endroit où ils vont mettre leurs trucs, quand et comment.

En quelque sorte, ils appliquent encore les anciens modèles. Quelle influence avons-nous pour tenter de briser ce cycle, parce que, à mon avis, cela revient à créer de nouvelles structures sur les mêmes vieilles fondations.

M. WISZNIAK : C’est intéressant. Il y a beaucoup de similitudes ou de promotion croisée entre vos deux canaux, YouTube et Spotify.

Prenons par exemple les interprétations de pièces d’autres artistes. Je parle des artistes qui enregistrent des interprétations de pièces créées par d’autres et se constituent ainsi de grands auditoires, vous savez, comme Shawn Mendes, Canadian, Ruth B, qui avaient tous ces spectateurs sur YouTube, et qui a lancé une chanson qui a été diffusée sur Spotify. Et avant même que nous ne soyons en position de la soutenir et de l’ajouter à des listes de lecture, sa chanson avait été écoutée neuf millions de fois, avait été diffusée en continu neuf millions de fois. Alors à mon avis, c’est tout cet auditoire sur YouTube qui a migré vers notre plateforme, mais ces gens sont tout de même des fans.

Ce que je veux dire, je ne dis pas – pour eux, la plateforme n’a aucune importance. Il s’agit de créer des fans, de faire en sorte que les gens les suivent. Et les fans vont suivre l’artiste.

Ils vont regarder leurs vidéos sur VEVO. Ils vont passer à d’autres canaux. Mais tant que – vous créez, de nouveau, du contenu propice à chaque plateforme – et nous voyons beaucoup d’interprétation de pièces d’autres artistes.

Par exemple, il y en a une que nous voyons beaucoup qui commence à migrer de YouTube. Mais ce ne sont que des exemples de ce que nous constatons de notre côté.

MME LIN : Je pense que les producteurs s’interrogent souvent sur la façon de distribuer leur contenu en considérant la question d’un point de vue d’affaires ou d’entreprise, mais oublient qu’ils s’adressent à des utilisateurs. Ils doivent essayer de comprendre comment les utilisateurs se servent des plateformes, des médias, de nos jours.

Personne – je veux dire, pensez à – voyons – posez-vous la question : sur combien de sites allez-vous chaque jour? Combien de sites de vidéos visitez-vous chaque jour?

Et si vous êtes un producteur de contenu ou un – si vous possédez une marque, vous voulez être présent partout, parce que le fan que vous tentez de joindre ne se cantonnera pas sur YouTube. Il va se rendre sur Spotify, sur Facebook, sur Snapchat. Vous devez vous doter d’une présence et la personnaliser, parce que les utilisateurs souhaitent accéder à des contenus différents lorsqu’ils passent d’une plateforme à une autre.

Lorsqu’ils sont sur YouTube, ils – même sur YouTube, s’ils sont à la maison, ils vont se servir de Chromecast. Ils diffusent du contenu sur leur téléviseur. Ils recherchent quelque chose qui dure plus longtemps.

S’ils sont sur la route, en déplacement, dans les transports en commun, il est possible qu’ils souhaitent regarder quelque chose qui ne dure que cinq minutes.

Nous avons travaillé avec des entreprises qui produisent du contenu, qu’il s’agisse de diffuseurs ou de maisons de production, pour leur expliquer que, très bien, vous savez, disons qu’ils ont un contenu d’une durée de 45 minutes. Si vous possédez les droits de diffusion et avez récupéré le capital investi dans la production, vous pouvez télécharger la totalité du contenu sur YouTube, mais le problème n’est pas là.

Comment devez-vous vous y prendre pour créer dix autres versions du contenu à partir de ces 45 minutes d’émission, afin de les charger sur YouTube et en tirer 20 autres formes de contenu pour les télécharger sur différentes plateformes et attirer vos adeptes, où qu’ils se trouvent?

Voilà comment il faut aborder le problème : il faut se demander ce que les utilisateurs désirent, et non ce que nous souhaitons. Ce que je veux dire, c’est que la question n’est pas unidimensionnelle, comme nous l’avons mentionné. Le problème ne touche pas seulement les techniques d’analyse. Il ne concerne pas que les créateurs de contenu. Il s’agit de trouver le point d’équilibre entre tous ces facteurs.

Je sais que nous vivons dans un monde qui donne le vertige, mais c’est notre univers contemporain.

M. KARBASFROOSHAN : Le plus important changement – désolé, mais je veux seulement faire un rapprochement entre ces deux points – est – encore une fois, je suis d’accord avec l’importance de l’utilisateur et de toutes ces questions. C’est vrai. Cela touche vos deux points, ceux de Tony et de Moyra.

À l’époque, je ne travaillais pas dans le secteur des médias classiques. Je pense, comme vous l’avez dit, que c’est une question de relations.

S’il faut que je participe à une réunion, disons chez Téléfilm, je vais vous appeler, pour que vous me présentiez. Et comme vous l’avez dit, il s’agit de ce que je tente de tirer de la rencontre, et aussi de ce que je peux faire pour vous aider, il faut qu’il y ait une réciprocité. Ainsi, si vous me présentez à vos contacts, je vous rendrai la politesse.

Ce qui a changé, c’est l’auditoire en ligne, les cotes d’écoute, l’achalandage est monnayable. Cela ne devrait pas être – vous savez, le but ultime. Nous devrions voir plus loin que les chiffres. Mais – c’est très difficile, mais c’est rigoureusement vrai qu’il y a eu beaucoup de promotions croisées entre les canaux sur YouTube. C’est très difficile d’appeler des gens d’un canal plus important et de leur demander simplement – ou de leur envoyer un courriel pour leur dire « faisons une promotion croisée », parce qu’ils vous demanderont immédiatement ce qu’ils ont à gagner, s’ils ont cinq millions d’abonnés, mais que vous n’en avez qu’un million.

Le karma, parce que nous sommes des êtres humains responsables. Vous savez, tout ce qui – vous savez, mais ça ne fonctionne pas comme ça, malheureusement. Il y a – c’est extrêmement difficile de faire des promotions croisées, parce que j’ai l’impression que le facteur humain, l’établissement de relations, la recherche d’un paradigme gagnant-gagnant pour tous, ont été remplacés par des colonnes de chiffres.

Si je vous aide à gagner X unités, mais que je ne vais en tirer qu’une unité de plus, ce n’est pas intéressant pour moi et je ne vous aiderai pas. C’est là qu’est le défi, et il n’y a pas de solution magique pour le relever du jour au lendemain.

Mais il faut combler cette lacune d’une manière ou d’une autre.

MME LIN : Il y a aussi des exceptions. Imaginez que vous dirigez, disons, un canal qui compte deux millions d’abonnés au Canada, mais vous tentez de prendre de l’expansion en Asie du Sud-Est, et qu’un canal qui a 500 000 abonnés diffuse en Malaisie et à Singapour. Les dirigeants de ce canal ne demanderaient pas mieux que de collaborer avec vous. Et vous, avec vos deux millions d’abonnés canadiens, aimeriez collaborer avec ce canal, même s’il compte un moins grand nombre d’abonnés, parce qu’il a accès – peut vous aider à accéder à un auditoire qui n’est pas à votre portée à l’heure actuelle, mais que vous souhaitez rejoindre.

Il y a donc des exceptions, et c’est de cette façon que l’écosystème de YouTube a fonctionné en matière de promotions croisées.

Donc, à part – les promotions croisées entre différentes plateformes dans l’écosystème de YouTube, il existe beaucoup d’exemples de collaboration entre différents pays à l’échelle mondiale.

ANIMATRICE : C’est bon. Je veux seulement revenir sur un aspect auquel Tessa a fait allusion, qui a trait au problème lié à certaines plateformes, ou si d’autres personnes ont des opinions à ce sujet, vous savez, concernant la transparence des outils que l’on utilise ou de ce genre de choses, auquel vous avez fait allusion?

MME SPROULE : Je ne sais pas si les autres ont quelque chose à dire à ce sujet, mais l’un des points que j’ai remarqués est que – vous savez, dans l’univers de Facebook, en particulier, personne ne comprend vraiment la signification du mot « portée », en réalité, parce qu’elle semble fluctuer et changer selon des facteurs qu’on ne peut voir au-delà de – vous savez, vos perceptions, lorsque accédez à vos statistiques de pages.

Et puis il y a des choses, vous savez – je veux dire, Reddit est fantastique, mais je sais que les ententes de partenariat qui ont été conclues à son sujet, certaines personnes ont eu l’impression qu’on les forçait à les conclure. Il y a des gens qui se sont dit : « D’accord, je ne peux pas mordre la main qui me nourrit, alors je vais faire cela, vous savez, avec le sourire. »

Et après, lorsque – mais si vous désirez utiliser ces deux plateformes en particulier, soyons francs, l’espace vidéo et l’espace numérique que sont YouTube et Facebook sont essentiellement à couteaux tirés à l’heure actuelle. Comment peut-on faire cela sans – dans l’espace Facebook, je connais des gens qui croient que la diffusion de leur trafic a été limitée parce qu’ils affichaient du contenu sur YouTube.

Alors, jusqu’à qu’à quel point un producteur peut-il contrôler cela? Nous ne pouvons pas le faire.

M. CHAMPMAN : Ce qui est intéressant, l’effet (inaudible) de l’univers qui se fera toujours sentir, c’est le comportement humain, qui correspond toujours à 20 pour cent – la règle du 20-80. Vous savez, nous regardons – nous ne visitons qu’une poignée de sites Web. Nous ne regardons – vous savez, qu’un certain nombre de stations de télévision. Nous nous limitons – nous adoptons des comportements très prévisibles dans ce domaine.

Mais je crois qu’avec ce nouvel ordre mondial, si l’entreprise, la plateforme sur laquelle vous vous trouvez refuse de suivre vos règles, je crois que la sagesse populaire va entraîner la création d’une nouvelle plateforme. Je suis optimiste.

Je suis optimiste et je crois que l’époque où l’industrie dictait le comportement des consommateurs est révolue, et je pense que les consommateurs, et leur capacité de lever cette armée de David, vont engendrer un ensemble très différent de – les entreprises vont devoir adopter des comportements très différents.

C’est ce qui soutient mon optimisme.

MME DIAMOND : Nous ne parlons pas vraiment, vous savez, de choses extravagantes et de Netflix, et de certaines autres occasions existantes qui sont tellement orientées sur l’analyse des données à l’heure actuelle.

Et je veux dire, je pense qu’il y a eu des expériences très réussies de la part des producteurs canadiens pour se tailler une place dans ces marchés. Et ils ont dû travailler avec Netflix et apprendre à utiliser les données d’analyse de Netflix, qui, par exemple, mène des sondages sur le titre d’une série auprès d’un grand nombre d’enfants pour connaître leurs réactions, puis leur demande de changer le titre. Il s’agit donc d’un type de relations éditoriales.

Mais je crois qu’il est important de souligner, vous savez, que oui, de toute évidence, YouTube ou Facebook sont des canaux pour promouvoir du contenu créé pour ce type de marchés et avec le type de budgets qu’on accorde à ces productions, mais il y a aussi tout un autre univers qui attire depuis longtemps, j’en suis certain, une partie de l’auditoire qui recherche du contenu plus long ou des séries télévisées.

ANIMATRICE : Et Netflix, tout particulièrement, s’ils s’orientent plus vers –

MME DIAMOND : Oui, absolument.

ANIMATRICE : – Des copromotions et d’autres choses du genre.

MME DIAMOND : Mais il vous faut encore les compétences analytiques. Et puis, je pense qu’en partie, ce qui est intéressant ici est la question de savoir si vous les achetez ou si elles deviennent des productions à l’interne, dans le cas où vous dirigez une maison de production, et comment on peut commencer à développer cette compréhension et cette capacité, car elles exigent un ensemble de compétences particulières.

ANIMATRICE : C’est vrai. Je voulais vous demander, Ling, si vous pouviez nous donner des exemples pour nous expliquer quelles entreprises sont les mieux placées pour réussir la production de ce type de contenus multiplateformes : s’agit-il des entreprises récentes qui exploitent les médias numériques depuis leur fondation, ou de celles qui ont réussi la transition à partir des médias classiques?

MME LIN : Il y a une multitude d’exemples à l’échelle mondiale. Prenez WatchMojo. Une excellente entreprise locale.

Je pense qu’un grand nombre d’entreprises canadiennes ont très bien tiré leur épingle du jeu – je veux dire que des entreprises et des individus ont connu beaucoup de succès en tirant parti de l’auditoire, vous savez, de l’auditoire mondial de YouTube. Lorsqu’elles commencent à créer du contenu, elles ne se demandent pas seulement si un téléspectateur canadien à Buffalo ou à Vancouver sera intéressé à cette nouvelle vidéo qu’elles prévoient mettre en ligne, mais elles visent plutôt un auditoire mondial.

Lilly Singh est une créatrice qui a remporté beaucoup de succès sur YouTube. Elle est mieux connue sous le nom de –

ANIMATRICE : Mais elle vient de déménager à L. A., je pense.

MME LIN : C’est vrai. Mais elle est canadienne. Et c’est à ce titre qu’elle a fait ses débuts, et elle n’a déménagé que dernièrement.

Elle compte plus de sept millions d’abonnés à l’heure actuelle. C’est plus que n’en compte n’importe laquelle des entreprises médiatiques classiques canadiennes sur YouTube, même plus que tous leurs auditoires combinés. Elle compte plus d’abonnés que n’importe laquelle de ces entreprises, et elle ne se limite pas à la production vidéo sur YouTube. Elle est une conférencière motivatrice. Elle dirige des entreprises, vous savez, dans différents domaines.

Et si on examine les réalisations de WatchMojo, ils sont situés à Montréal, mais quand je parle d’eux avec des gens, ils me demandent souvent : « N’est-ce pas une entreprise des États-Unis? »

Ils ont commencé en produisant du contenu, en ciblant un auditoire mondial, un auditoire à l’extérieur de – du Canada.

Et si vous examinez ce qu’ont fait les diffuseurs chinois, pensez-y un peu : YouTube est bloqué en Chine, mais les diffuseurs chinois, les maisons de production, téléchargent des vidéos de longue durée sur YouTube.

À l’échelle mondiale, on compte 166 millions de téléspectateurs ou de personnes qui parlent chinois. Ce sont eux qu’ils ciblent. Ils veulent que les personnes qui vivent ailleurs qu’en Chine découvrent leur contenu.

Et on compte 330 millions de téléspectateurs qui parlent anglais dans le monde. Les entreprises canadiennes sont bien positionnées pour connaître du succès sur cette plateforme.

Les sociétés de production comme Temple Street, elles s’en tirent bien. C’est une entreprise de production traditionnelle, mais qui a pris des mesures pour exploiter différentes plateformes numériques, avec le téléversement de contenu sur YouTube, en reprenant des personnages de son émission sur différents types de canaux YouTube, de contenu YouTube, et elle en fait encore plus.

Discovery Communications, Discovery Network aux États-Unis, encore une fois, c’est un diffuseur traditionnel, mais qui a fait l’acquisition de Revision 3, maintenant connue comme Discovery Digital Networks. C’est un canal ou producteur de contenu exclusivement sur YouTube.

À part cela, on crée des produits dérivés d’une partie du contenu qu’on voit sur Animal Planet.

Par exemple, l’histoire du pit-bull qui a paru à la télévision, même si ce n’était qu’un seul épisode. On ne sait pas ce qui arrive à ce personnage après l’émission. Mais l’entreprise crée du contenu qui se poursuit sur le numérique, sur YouTube, afin de raconter ce qui arrive à ce personnage, ce pit-bull, après l’émission.

INTERVENANT NON IDENTIFIÉ : (inaudible – hors micro)

MME LIN : Non, ils sont sur Animal Planet parce que c’est la marque qu’ils essaient de bâtir.

Mais pas seulement cela; voyez Endemol, voyez Free Mental. Ils ont d’excellents formats. Ils sont passés de la télévision à Internet. Ils possèdent tous leurs droits internationaux sur YouTube, et ils ont mis en place divers canaux de The Expecter, de l’émission Idol, sous différents formats. Tout ce qui existe à la télévision, on le voit sur YouTube.

Je pourrais vous donner des milliers et des milliers d’exemples de particuliers et d’entreprises qui ont fait la transition ou établi des activités essentiellement numériques sur YouTube et qui ont beaucoup de succès aujourd’hui.

ANIMATRICE : J’aimerais que le thème de la discussion passe aux outils de découverte.

Pour entamer le sujet, quelle importance pensons-nous que les moteurs de recherche, les moteurs de recherche traditionnels, ont encore en ce qui concerne la découvrabilité?

M. KARBASFROOSHAN : Je pense qu’en ce qui concerne la récupération, on est encore dans un monde axé sur la recherche. Quand on voit quelque chose, mettons que les Leafs finissent par gagner, on veut s’assurer que c’est bien ce qui s’est passé. On va voir dans un moteur de recherche et on atterrit quelque part.

En revanche, s’agissant de la découverte, c’est de plus en plus social, par exemple quelqu’un partage quelque chose sur Facebook ou on suit des gens sur Twitter, ou, en fait, on regarde quelque chose au hasard sur YouTube et autre chose vous attire.

MME DIAMOND : Une recommandation.

M. KARBASFROOSHAN : Oui, exactement.

MME DIAMOND : Une recommandation. C’est une expérience algorithmique.

MME RODGER : Je pense toutefois que la recherche demeure très importante, et qu’il y a d’autres informations qu’on peut récolter grâce aux recherches, comme tout bonnement le volume des recherches, pour comprendre comment les gens font des recherches sur le thème abordé, sur un membre de la distribution ou sur le genre.

Alors… c’est aussi que les recherches évoluent beaucoup. On peut vraiment… maintenant que Google inclut le contenu des applications et qu’on assiste à ces changements, on ne peut être sûr que d’une chose, c’est qu’ils vont continuer d’innover et de trouver la meilleure façon de livrer le contenu que les gens recherchent.

Et vous savez, même en ce qui concerne la publicité sur les moteurs de recherche, je pense que la cette publicité est… nous le savons; nous l’utilisons régulièrement. C’est un outil très sous-utilisé par les créateurs de contenu qui essaient de se brancher sur le public. Ça ne coûte pas cher et, oui, il faut posséder un certain nombre de compétences à ce sujet, mais certainement… ce n’est pas vraiment prohibitif.

MME SPROULE : Donc, les recherches…

M. WISZNIAK : Les recherches n’étaient pas forcément une question importante pour nous, mais quand on envisage une plateforme qui a plus de 30 millions de chansons, on peut imaginer quelqu’un arriver sur cette plateforme et se sentir quelque peu dépassé.

Donc, en réalité, je pense que ce qu’on fait, c’est proposer des listes de lecture selon certains critères et fondées sur l’humeur, sur des moments, en envisageant un auditeur plus passif.

Car c’est vraiment ce que sont nos consommateurs, pour la plupart.

Mais il y a également l’auditeur actif qui sait ce qu’il veut entendre, qui sait ce qu’il va chercher, qui sait quel genre lui plaît.

Donc, on commence par offrir des chansons en fonction d’humeurs, de moments et de genres, mais dès qu’on se retrouve sur la plateforme, l’offre dépend d’algorithmes. Cela veut dire que pour notre plateforme, la découvrabilité est vraiment la clef.

Et nous avons pu travailler avec une société appelée Equiness(phon), probablement le meilleur partenaire pour nous, qui a été en mesure d’aider les gens à découvrir une musique qu’ils n’auraient autrement pas écouté.

Donc, nous avons pu offrir une liste, une liste hebdomadaire qui reprend essentiellement l’ensemble de vos habitudes d’écoute de la semaine précédente et qui offre maintenant en continu une musique choisie en fonction de vos goûts d’écoute.

Au début, les gens étaient un peu méfiants, mais ils ont vu que cette liste contenait en fait de la bonne musique, un bon contenu tout à fait adapté à ce qu’ils écoutaient.

Et nous avons vu que 60 pour cent des gens, en fait, laissent la découverte après cinq ou six chansons, alors que la liste contient dix chansons. Donc, l’engagement de se faire offrir quelque chose qu’on ne connaît pas alors que le contenu risque d’être si énorme dans une plateforme où il y a autant de contenu, c’est… la recherche concerne ce qu’on veut, mais la découverte algorithmique est essentiellement… pour des choses plus passives.

MME SPROULE : Et en ce qui concerne la recherche vidéo, l’immense problème qu’on a en ce moment c’est que cela dépend du métabalisage. Cela dépend de l’efficacité des mots utilisés à cet effet.

Maintenant, YouTube – en fait, Google a également créé un algorithme – avec 75 pour cent d’exactitude, on peut savoir s’il y a un chat dans une vidéo, et c’est incroyable de penser qu’un ordinateur peut faire cela. Je pense que c’est phénoménal. Et mon voisin, qui a deux ans, peut faire cela lui aussi. Mais ce que mon voisin peut faire à deux ans, c’est dire si une vidéo est drôle ou triste ou dérangeante, ce qu’un ordinateur ne peut pas vraiment faire.

Et quand on parle de créer des listes selon l’humeur, etc., l’aspect humain est un espace tellement fascinant parce qu’à mon avis, on commence à voir que les choses ont basculé très loin dans ce sens où la recherche se fondait sur notre expérience, puis c’est devenu social, et jusqu’où cet élément social est en fait déterminé par l’humain. Je pense que nous avons une fausse impression que c’est surtout déterminé par l’humain.

Mais si vous utilisez Facebook, par exemple, on ne voit que quatre pour cent du contenu de ses amis sur son propre flux Facebook, et 96 pour cent de ce qu’on voit ne sont pas des choses qui… on ne voit que quatre pour cent de l’ensemble du contenu de ses amis.

M. CHAPMAN : Vous savez, la création humaine et (inaudible) la création et tout ça, mais le… je ne sais pas. Je pense que le… je vais en rester là.

–– Plusieurs voix à la fois

M. CHAPMAN : Non, non. Je pense que… vous savez, je pense que nous examinons tous la recherche en termes du premier moment du comportement, mais je suis, je suis plus intrigué par ce qui se passe à l’avenir, ce que ce contenu… comment vous a-t-il amené à changer votre façon de penser, de sentir et surtout de vous comporter, de vous comporter dans la recherche. Est-ce que j’ai fait une recherche dans un magasin, est-ce que j’ai cherché un produit en ligne, recherché d’autres musiques comme ça, de ce genre? Et je pense qu’il faut tenir compte de cela.

Il arrive qu’on se connecte avec trois personnes et que cela devienne soudain 30 000 personnes si cela favorise ce genre de comportement avec le bon influenceur.

Donc, il ne s’agit pas seulement du fait que je cherche quelque chose, mais du fait que vous m’avez maintenant fait chercher quelque chose.

Est-ce que je me fais bien comprendre?

MME LIN : Je pense qu’il faut envisager cela comme un parcours. Ce n’est pas unidimensionnel. Ce n’est pas une chose ou l’autre. Il suffit de penser… je veux dire, quand je cherche ou je regarde du contenu sur YouTube, ce pourrait être des vidéos recommandées par des canaux auxquels je suis abonnée, mais très souvent, à cause d’une vidéo que je regarde, cela déclenche quelque chose dans mon esprit qui me fait penser à chercher quelque chose de connexe.

Et puis d’autres vidéos sur d’autres canaux apparaissent, et je regarde cette autre vidéo de cet autre canal, et je tombe sur quelque chose qui est totalement sans rapport avec la raison pour laquelle je suis sur YouTube, avec ce que je cherchais, mais je reste accro à cet autre canal, et puis ça continue encore et encore. Donc c’est…

M. DIAMOND : Il y a aussi des comportements liés à la recherche, comme le magasinage ou le fait de se trouver à un endroit donné. Et on ne parle pas ici de l’incroyable pouvoir de la localisation et de la mobilité, ce qui concerne à la fois l’offre du contenu, l’espace où on se trouve, mais aussi la recherche et l’exploration.

Donc, je pense qu’il est intéressant d’examiner les comportements qui favorisent la recherche et ceux qui ont tendance à vous donner envie qu’on vous offre un contenu, et d’établir une distinction précise entre les deux parce que ce sont des comportements différents qui ont besoin de différents types d’algorithmes et de traitement au sein des espaces.

ANIMATRICE : Oui. Donc, abordons plus directement la question des algorithmes.

Quelle est, du point de vue du consommateur, quelle est l’efficacité des algorithmes, comme recommandeurs, par exemple, en termes de trouver le contenu qu’on désire?

C’est là votre domaine.

M. DIAMOND : Eh bien, vous savez, on fait d’énormes investissements pour essayer de rendre ces algorithmes plus complexes afin qu’ils fonctionnent avec différents types d’informations. Alors, ce qu’on fait maintenant, des appels à froid, quand vous arrivez, où vous êtes, puis on examine l’historique, si historique il y a, afin de combiner différents types d’algorithmes pour ensuite offrir un contenu qui est mieux adapté à qui vous êtes, à votre identité et ce que vous faites à ce moment-là, dans le moment et le contexte où vous consommez.

Donc, je pense que ça devient une science de plus en plus exacte parce qu’on y intègre le sentiment. Vous savez, on y intègre les historiques. On intègre le contexte et l’immédiateté avec la capacité de faire une recommandation, et on travaille également avec d’énormes quantités de données et, comme je le disais auparavant, les tendances des comportements, donc on examine ce que d’autres personnes comme vous pourraient faire dans ce contexte.

Donc, je pense que c’est un espace très riche qui émerge et qu’il y a de plus en plus de précision dans le type de recommandations qu’on propose.

Maintenant, nous devons revenir à l’autre conversation, à savoir, qu’est-ce que les gens veulent dans leur vie? Et en tant qu’êtres humains, nous ne voulons pas qu’on nous propose tout le temps le même contenu. En fait, nous aimons un certain niveau de perturbation. Une partie du plaisir du divertissement, c’est qu’on se fait offrir des choses auxquelles on n’aurait jamais pensé.

Et votre exemple était justement très bon. Donc, on s’attache à quelque chose qu’on n’aurait jamais imaginé trouver intéressant et ça continue, et bien sûr, ces données seront suivies et utilisées pour construire ce profil, construire cette identité pour vous.

MME SPROULE : Mais si cela se produit entre cet algorithme-ci et cet algorithme-là et cet autre algorithme, et que les gens finissent par rester dans l’espace où ils se trouvent, les chances de cela s’amenuisent, non?

M. KARBASFROOSHAN : Cela dépend de la plateforme où ils se trouvent.

M. DIAMOND : Eh bien, les grandes entreprises de médias travaillent avec IBM, elles travaillent avec Google, elles travaillent avec leur propre contenu. Je veux dire qu’elles cherchent à… il y a un intérêt commercial, et je sais que vous avez parlé d’une sorte de frottement entre YouTube et Facebook, mais dans ce monde algorithmique il se produit en fait beaucoup de collaboration en ce moment, une collaboration accrue pour pouvoir avoir accès à d’énormes quantités de données pour faire ce genre de travail prédictif. Il y a une motivation à la collaboration parce que les gens ont différents intérêts dans ces entreprises. Donc je ne pense pas que les gens soient forcément coincés et reçoivent des choix uniquement de la plateforme où ils se trouvent.

M. KARBASFROOSHAN : Je pense qu’il y a un risque inhérent. Prenons le Montreal Gazette, qui appartient à Post Media. Donc, le Montreal Gazette est un journal traditionnel. Les gens lisent surtout, ont été habitués à lire, des articles. Et mettons que le Gazette a le défi d’amener les gens à regarder des vidéos. Maintenant, oublions toute la question de coller à l’actualité. Les défis avec les données, c’est que si d’un côté on a YouTube avec un milliard et plus d’utilisateurs, beaucoup de données, de sorte que la distribution normale donne de bonnes conclusions, mais qu’au Montreal Gazette on prend la décision d’affaires de ne pas adopter YouTube; on va juste puiser dans le, disons, million d’utilisateurs uniques à Montréal qui fréquentent son site. On va réaliser toutes sortes d’essais d’algorithmes. On demande essentiellement à des gens qui n’aiment pas les vidéos, qui ne viennent pas sur le site pour voir des vidéos, de répondre à la question de savoir quel type de vidéo ils voudraient regarder, et quel genre de vidéos on devrait produire. Vous voyez bien que c’est une équation absurde.

Donc, je pense, encore une fois, que c’est comme dans une cuisine, on fait un bon repas, on a tous ces ingrédients, et il ne faut pas utiliser une quantité exagérée d’un de ces ingrédients. Je pense que les données ont du sens, mais les données, les algorithmes, c’est seulement un élément parmi de nombreux autres.

Je pense que le plus grand obstacle, c’est cet égo commercial qui fait que les sociétés médiatiques traditionnelles, pour des raisons économiques évidentes, protègent leurs propres affaires et n’adoptent pas ces nouvelles plateformes.

Et le dernier point, qui nous ramène au précédent, fait référence à cette citation de Warren Buffet : « C’est à marée basse qu’on voit qui nageait tout nu ». Je trouve que cela s’applique à l’imagerie perturbatrice, mais je l’applique plutôt aux vidéos en ligne et j’avance qu’en ayant un véritable auditoire, comme sur YouTube, au fil du temps, l’économie s’améliorera. Tandis que pour Facebook, on tente toujours de confirmer quel type d’auditoire visionne les vidéos. Mais si l’on est sur le site du Montreal Gazette ou toute autre plateforme et que l’on élabore et fabrique des statistiques afin d’avancer : « Regardez, tous ces gens visionnent des vidéos », alors qu’en fait, ils ne font que lire un article concernant un voyage à Madrid et que la page contient une vidéo qui démarre automatiquement et une bannière liée à une vidéo sur Madrid. Ces deux situations ne se comparent pas vraiment.

Ainsi, il faut faire très attention au moment d’effectuer des essais et de se fonder sur ces solutions techniques; il faut d’abord vérifier si la taille de l’échantillon est suffisante et s’il s’agit du comportement adéquat.

MME DIAMOND : Oui, 100 pour cent sont en accord. Cela est intéressant, car il s’agissait de l’un des enjeux de Netflix au Canada. La taille de l’échantillon permettant de prendre une décision, par exemple, quant au titre d’une série, était insuffisante pour le type d’analyses qu’ils souhaitaient effectuer, mais si un producteur canadien souhaite atteindre un auditoire international, il doit utiliser des procédures analytiques beaucoup plus vastes.

M. CHAPMAN : Je crois qu’en plus des procédures analytiques, nous devons tirer profit du fait qu’il y a de cela cinq ans, le métier de responsable du marketing a été chamboulé et que nous dépendons désormais énormément des dollars de marketing. Du jour au lendemain, les responsables du marketing ont dû arrêter de dépenser un budget donné et ont eu la responsabilité de plutôt investir ce budget. Et leur psychologie a changé. Je l’étends à d’autres secteurs. Je peux sauter cette partie. J’expérimente. Je pouvais effectuer toutes ces tâches, car mon travail visait à dépenser. Puis, les chefs des opérations financières sont passés aux commandes et ont annoncé « Il s’agit d’une course au taux zéro. Quel est le rendement de vos investissements? » Et tout a été figé.

Voilà pourquoi tant d’argent a été transféré vers la guerre des prix; c’est qu’elle fait bouger les ventes. Cela neutralise la valeur de la marque.

Ces procédures analytiques nous permettront de discuter de nouveau avec les responsables marketing en leur disant : « Vous savez quoi? Nous pouvons effectuer le suivi de ce contenu. » Cela ne modifiera pas seulement comment l’on entrevoit sa marque, cela positionnera le produit que l’on vend chez Walmart ou sur amazon.com.

De cette façon, nous rapatrierons littéralement les 27 milliards $ qui ont quitté cette industrie l’an dernier, en passant du marketing aux prix. En ramenant cet argent, nous créerons une véritable renaissance et voilà l’un des grands avantages des données lorsque nous nous entretiendrons avec les propriétaires de ces marques. Cela n’est pas simplement intéressant; cela permet de faire croître les affaires de son entreprise.

MME RODGER : J’aimerais revenir aux moteurs de recommandation et à l’importance de la recherche.

L’un des problèmes pratiques qui semblent être en voie d’être éliminés est le manque de recherche universelle. Ainsi, même si les moteurs de recommandation de chaque plateforme s’améliorent sans cesse, si l’on souhaite visionner un contenu vidéo précis, il faut toujours effectuer sa recherche sur différentes plateformes. La plateforme Apple TV tente de remédier à cela en offrant un moteur de recherche plus universel, mais il faut tout de même effectuer des recherches sur plusieurs plateformes. Ce problème doit donc être résolu.

M. KARBASFROOSHAN : Je suis d’accord. Google démontre un manque de part de marché et nous devrions y remédier.

MME LIN : Il en va de même pour YouTube.

MME RODGER : Mais pensez-y, vous devez…

M. KARBASFROOSHAN : Connaissez-vous bien Google? Mais je trouve des choses lorsque j’effectue une recherche universelle, comme dans Apple TV.

MME RODGER : Je veux dire que certaines personnes sont toujours abonnées au câble. Certaines personnes visionnent du contenu sur Apple TV, d’autres le visionnent sur YouTube, sur Shomi, sur Crave ou sur toute autre plateforme. Il n’existe aucune façon de rechercher uniquement le contenu, et de savoir si la personne a un abonnement et un accès à ces plateformes. Alors, il faut encore effectuer des recherches.

MME DIAMOND : Puis-je vous parler de données de nouvelle génération que je trouve fantastiques? Je sais que Tony a traité de l’Internet des objets, l’IdO. Je crois que nous vivons dans un univers émergent extraordinaire et que les membres de l’industrie doivent accorder beaucoup d’attention aux données biométriques. Il s’agit de ces technologies portables, comme plusieurs d’entre nous portent déjà à nos poignets et qui sont reliées à des expériences de contenu.

Ainsi, alors que les gens s’adaptent à cet univers et l’utilisent à des fins de marketing et de placement de contenu (et autres), nous devons encore réfléchir aux types de produit de nouvelle génération pouvant être produits. Je crois qu’il s’agit là d’une incroyable possibilité en matière de créativité axée sur les données.

ANIMATRICE : L’entreprise Spotify n’a-t-elle pas lancé une application qui s’adapte au rythme de course de l’utilisateur?

M. WISZNIAK : Oui, en effet. Il s’agit de l’application Run to the Beat. Elle utilise le podomètre du téléphone et, lorsque la personne se met à courir, elle s’adapte à ses pulsations par minute. On a ainsi constaté qu’elle permet d’accroître la performance. Les pulsations par minute varient de 140 à 160, et à partir de cela, des listes de lecture correspondant à cet intervalle de rythmes sont créées. En fait, le rythme ralentira pendant que la personne court.

D’un point de vue du contenu, nous élaborons actuellement du contenu de concert avec divers artistes. Ellie Goulding constitue le plus récent exemple. Elle a créé une trame sonore de course complète; DJ Tiesto en a aussi élaboré une. Ainsi, nous utilisons désormais la partie technologique de nos activités pour soutenir la création de contenu.

Il en va de même pour le sommeil. Nous avons récemment lancé une catégorie « Sommeil ». Elle est devenue si populaire que nous demandons désormais à des artistes de créer du contenu spécifiquement pour le sommeil. Figurez-vous qu’elle est devenue si importante qu’elle a surpassé la catégorie R&B.

MME DIAMOND : Cela en dit long sur le monde dans lequel nous vivons.

M. WISZNIAK : Effectivement, mais il s’agit d’auditeurs passifs qui recherchent un contenu précis.

MME DIAMOND : Des auditeurs très passifs.

M. WISZNIAK : Oui, c’est le cas de le dire.

M. CHAPMAN : Vous semblez très emballé par ce type de marketing. Pourquoi les dirigeants de Running Room et de Nike ne se rencontrent-ils pas afin de créer un partenariat?

M. WISZNIAK : Tout à fait. Nous collaborons avec Nike.

M. CHAPMAN : Vous créez du contenu faisant correspondre la musique à l’exercice.

M. WISZNIAK : Tout à fait.

M. CHAPMAN : Soudainement, notre entreprise connaît une croissance phénoménale au Canada et c’est exporté aux quatre coins de la planète.

M. WISZNIAK : Eh bien, une partie de nos activités, mis à part le volet contenu, est celle des ventes. Nous sommes établis sur deux paliers. Nous offrons un service gratuit et un service par abonnement. Le palier gratuit est principalement fondé sur les ventes publicitaires et les expériences. Ainsi, nous relions les marques directement aux expériences musicales et une partie de ce processus vise à créer ces expériences musicales expérientielles uniques axées sur la valeur qui permettent de générer des ventes publicitaires.

ANIMATRICE : Puisque la rencontre tire à sa fin, j’aimerais que nous abordions rapidement certains thèmes avant de discuter des perspectives d’avenir. Gardez donc en tête vos éléments liés à la nouvelle génération.

J’aimerais ainsi brièvement discuter de transmédias. Les gens savent-ils pourquoi les télédiffuseurs, en particulier, devraient adopter une stratégie transmédiatique?

M. KARBASFROOSHAN : Je crois qu’il s’agit du classique dilemme de l’innovateur. Par exemple, nous offrons du contenu qui est parfois semblable à celui de VH1, qui est la propriété de Viacom. Ainsi, lorsque je les ai rencontrés l’été dernier, je leur ai demandé : « Vous avez poursuivi YouTube et déclaré que cette entreprise vous avait causé un préjudice irréparable et ainsi de suite. » Puis j’ai ajouté : « Pouvons-nous conclure qu’en fait, vous vous êtes peut-être causé du tort à vous-mêmes en ne donnant pas accès à votre contenu sur cette plateforme émergente, afin d’ouvrir la voie à WatchMojo afin de créer du contenu semblable? Qui plus est, la génération Y entrevoit désormais cette plateforme comme la VH1 de la génération précédente. »

Et cela n’a pas semblé les déranger outre mesure. Une personne m’a répondu : « Vous savez, je ne peux répondre de façon officielle ». Mais voilà pourquoi, si vous n’adoptez pas ces nouvelles plateformes, même à contrecœur, la réalité est que vous créerez une ouverture pour d’autres entreprises qui viendront s’y installer.

Mais cela est également très déconcertant pour nous, les entrepreneurs, de dire que ces gestionnaires n’y comprennent simplement rien. Je crois que de nombreux gestionnaires des médias traditionnels comprennent cette réalité. Mais ils ne sont pas guidés par des considérations économiques. Ils ne voient pas de raison de changer. Mais s’ils ne trouvent pas de moyen de s’adapter, leurs activités décroîtront.

J’ai déjà dit que les journaux étaient voués à disparaître. Cela n’a pas de sens. J’ai également avancé que les magazines auront toujours un rôle de tuteur et que la télévision survivrait et se porterait bien. Et vous avez raison. Il y a encore beaucoup d’argent là-dedans, mais à voir le rythme auquel le nombre d’abonnés à ESPN décroît, toutes ces nouveautés qui sont lancées et la paranoïa des dirigeants de la télévision, je crois que plusieurs d’entre eux disparaîtront s’ils ne se réinventent pas. C’est plus facile à dire qu’à faire, mais ils n’auront pas d’autre choix. Il est évident que pour la nouvelle génération, la valeur de ces marques de télévision est désormais tout simplement inexistante. Par conséquent, les dirigeants se doivent d’adopter les nouvelles plateformes. Il ne s’agit pas ici de se demander s’il serait bon de les adopter ou non, mais de les adopter, point à la ligne. Mais comment?

MME LIN : Il y a énormément de peur de l’inconnu, d’inertie, de préservation de nos modèles de monétisation ou de génération de revenus.

Je vais vous donner un exemple concernant ma vision du monde du détail, puis de ma vision de l’industrie de la télédiffusion. Je crois que vous en serez époustouflés. Je suis estomaquée de voir comment l’industrie de la télédiffusion n’est pas gérée de la même façon que celle du commerce de détail.

Pensez aux Gucci, Louis Vuitton et Chanel de ce monde. Ces marques possèdent leurs propres boutiques phares. Et des sacs à leur effigie ne sont-ils pas distribués chez Bloomingdale’s et Macy’s? Oui, ils le sont. Les dirigeants ne se sont pas dit : « Je veux uniquement que les gens entrent dans mon magasin, car ils ne peuvent trouver les meilleurs produits que dans mon magasin. » Ils se sont plutôt dit : « Je veux qu’ils aient accès à mes produits, peu importe où ils se trouvent. » Et c’est la réalité. Les gens n’entreront pas tous dans une boutique phare. Ils font leurs emplettes un peu partout.

Ainsi, les dirigeants des médias traditionnels doivent franchir ce pas et, comme Ash l’a déjà mentionné, cela est effectivement plus facile à dire qu’à faire, et ils se doivent d’avoir un esprit plus ouvert pour effectuer des essais.

Combien les essais vous coûteront-ils?

MME DIAMOND : C’est intéressant. J’ignore si nous traiterons de jeux vidéo, de l’importance de songer aux transmédias et de l’intégration de l’expérience de jeu vidéo et du jeu à du contenu sous un format différent. Et si nous discutons de la possibilité d’attirer ainsi les auditoires au sein d’une culture très axée sur le jeu.

Ainsi, lorsque nous songeons aux transmédias, il ne s’agit pas uniquement de plateformes et de dispositifs mobiles comparés à tout autre élément. La forme d’expérience au sein de ces médias est également très importante.

M. CHAPMAN : On réalise toujours d’immenses profits de la télévision traditionnelle, et les sociétés réussissent à les maintenir en effectuant énormément de coupures. Toutefois, en réalité, les coupures ne sont pas synonymes de croissance. Il s’agit d’une solution à court terme. Ce n’est qu’un pansement sur un mal qui ronge.

En coupant plusieurs membres du personnel jeunes et talentueux, ce ne sont pas ceux qui restent qui vous diront de modifier votre comportement.

Il est ainsi facile de dire « pourquoi ne le faisons-nous pas? », mais lorsque l’on est entouré de ces gens, ce n’est pas aussi facile que cela de s’adapter, car premièrement, ils sont rentables, et ensuite, ils sont ancrés dans l’un des meilleurs modèles de contenu de tous les temps. Ce modèle fonctionnait, contrôlait et dictait l’offre de contenu à merveille. De plus, je crois qu’en réalité, avant qu’il ne soit trop tard, un ou deux d’entre eux auront suffisamment la frousse et décideront de se réinventer, d’employer de nouvelles méthodes de distribution du contenu et feront place à de jeunes talents brillants. Par conséquent, une ou deux stations menées par de nouveaux dirigeants feront leur entrée et changeront le modèle. De toute façon, je ne crois pas que la télévision en fait d’élément de rassemblement familial disparaisse. La question est qui créera le nouveau contenu? La famille rassemblée devant l’écran géant pour visionner un film ou un match sportif, cela fera toujours partie des mœurs.

Ce qui n’est pas encore déterminé, c’est qui aura le droit de présenter du contenu sur cet écran?

MME DIAMOND : Il y a des sociétés au Canada qui sont loin de lutter pour survivre. L’entreprise DHX a su s’imposer sur les marchés internationaux. L’entreprise Blue Ant se porte très bien, même si elle doit gérer toutes les modifications exigées par le CRTC et autres.

De plus, je crois que Marblemedia prévoit ouvrir un parc d’attractions, y compris un parc aquatique de divertissement biométrique. L’entreprise compte dans ses rangs de remarquables producteurs médias expérimentaux habitués d’amalgamer télévision et contenu mobile.

Ainsi, ces sociétés ont de bons indicateurs de volume et conservent leur petit côté expérimental axé sur la curiosité. Elles font écho au format télévisuel en offrant des longs métrages ou des séries, mais elles les présentent de façons différentes.

MME RODGER : J’aimerais porter deux petites choses à votre attention. La première porte sur ce que Tony a dit des grandes sociétés médiatiques. Il en va de même pour les entreprises de production. Plusieurs d’entre elles sont toujours rentables. Cela n’a aucunement grugé leurs bénéfices. L’idée : la notion d’atteindre directement les auditoires et de modifier leur modèle de gestion n’a pas vraiment nui à leurs résultats financiers jusqu’à tout récemment. Puis, je crois que ces sociétés changeront, puisque l’innovation ne vient généralement pas des grandes entreprises. Ainsi, ces sociétés devront faire un pas en avant, car leurs dirigeants savent, bien entendu, qu’elles doivent effectuer cette transition qui se produira de toute façon.

Mon autre point concerne le transmédia, et je me demande si ce terme va durer parce que pendant un moment cela concernait surtout le côté narratif et il existait une tension entre le mot transmédia et le marketing, le marketing étant peu attirant et le transmédia étant plus réfléchi et intellectuel.

Selon moi, la réalité actuelle est que chaque diffuseur doit évidemment opter pour une plateforme transmédia ou multiplateforme en raison de la façon dont ils rejoignent leur auditoire, qui est leur façon de faire de l’argent. Il faut maintenant agir sur toutes les plateformes. Et pour moi, c’est ça le transmédia. Désormais, en partie du moins, il faudra avoir une trame narrative et des univers dans lesquels on peut entrer et se promener, mais je ne sais pas si les mots ont encore leur place.

M. KARBASFROOSHAN : Cela bat de l’aile depuis quelques années.

ANIMATRICE : En parlant d’expressions à la mode récemment, je voudrais que l’on discute brièvement de la ludification.

Il y a eu énormément d’enthousiasme relativement à la ludification au cours des deux dernières années environ. Où en sommes-nous avec ça? Pourquoi appliquer les principes du jeu dans d’autres types de programmation? Comment la mécanique du jeu peut-elle contribuer au processus de découverte? Des réflexions?

M. KARBASFROOSHAN : Nous avons lancé un outil de suggestions sur watchmojo.com dont les utilisateurs peuvent se servir pour suggérer leurs idées, et la communauté peut téléverser ou télécharger ces idées et les autres peuvent ajouter des propositions, par exemple les dix plus beaux gratte-ciel : Empire State Building, Chrysler, etc. Nous avons fait la promotion de cette idée quand nous étions beaucoup plus petits, et sans vouloir vous mettre mal à l’aise, car je sais que ce n’était pas votre décision, nous avons proposé à YouTube de mettre ça sur Google+ pour aider Google+ à croître plus rapidement, et ils nous ont répondu : « Non, ça semble compliqué; mettez-le sur votre site. » Nous l’avons donc mis sur notre propre site et ça marche. Cela nous a aidés sur le plan des données.

Pour utiliser votre analogie avec Gucci, c’est un peu comme votre programme de fidélité pour nous. En ce qui a trait à la ludification, la première étape était de reconnaître qu’au départ, nous sommes une chaîne propulsée par les suggestions des utilisateurs – c’est un peu étrange à dire, mais c’est ce que nous sommes, mais ensuite, nous nous sommes dit que ceux qui répondent très fréquemment aux questions anecdotiques, car nous offrons un contenu très informatif, et ceux qui suggèrent beaucoup d’idées, deviennent en quelque sorte des maîtres Mojo et des gourous Mojo au sein de la communauté Mojoholic.

Donc, la ludification n’est pas une chose sur laquelle nous misons. C’est peut-être même une distraction pour notre équipe technique et notre équipe de conception, mais, vous savez, les gens aiment leurs points de grand voyageur et si parfois les banques ne sont pas très contentes d’avoir ça dans leurs comptes, cela reste quand même quelque chose de bien que les gens apprécient. Je crois que ça rejoint votre un pour cent. C’est pour cette personne qui va rentrer chez Gucci, même si elle pourrait aller chez Macy’s à la place. C’est important, mais soyons francs, je suis d’accord avec vous; le contenu est roi et je crois qu’il s’agit vraiment d’une question de contenu et de distribution; et puis, il y a en troisième lieu l’auditoire du prince. Ces dimensions doivent évoluer ensemble. Nous sommes à la merci de YouTube et d’autres où il est impossible d’apporter la ludification à chacun des 10 millions d’utilisateurs inscrits, mais si un million d’entre eux viennent regarder Mojo et participent, c’est un plus. C’est –

M. CHAPMAN : Mais il faut revenir au comportement humain. Dans notre société, chaque fois que nous avons du temps de libre, nous jouons à un jeu. Nous adorons les jeux. Nous aimons la compétition, et selon moi la ludification est l’ingrédient secret d’une grande partie du contenu que nous produisons, pour attirer les gens – pour que nous ne fassions pas que tout donner. Nous titillons le public. Nous le faisons participer. Il invente, contribue, collabore. Il suffit de regarder ce qui se passe dans les sports électroniques et de constater que ces communautés se rassemblent et s’autofinancent. Il s’agit probablement de notre principal moteur de croissance.

Regarder la télé linéaire sans ajouter une dimension de ludification sur un second écran et faire la promotion de cette ludification est une grosse erreur. C’est comme si nous avions la tête dans le sable, car le comportement humain dicte que c’est ce que le public recherche.

M. KARBASFROOSHAN : Mais c’est ce qui se produit. Selon moi, quand on regarde un événement sportif, nous sommes nombreux à être branchés sur Twitter en même temps. Nous sommes comme des analystes de salon. Et je crois –

M. CHAPMAN : Ou les ligues sportives imaginaires.

M. KARBASFROOSHAN : Oh oui, les ligues imaginaires, très bon exemple.

Je crois que sur YouTube, la participation la plus simple, bien qu’elle soit aussi active que l’engagement, sont les « j’aime » et « je n’aime pas » et les commentaires.

Nous ne voyons pas ces « j’aime » et « je n’aime pas » comme une mauvaise chose. Au début, même si j’étais chef de la direction, je lisais et répondais aux commentaires pour mieux saisir ce qui se passait, car le service à la clientèle, ou le service aux auditeurs, est un aspect critique dans ce que nous faisons.

Là où je veux en venir, c’est que sur YouTube, où il faut fonctionner en respectant leur cadre, la ludification de base consiste en les « j’aime » et « je n’aime pas » et les commentaires.

Sur notre site, nous pouvons aller un peu plus loin et ajouter le concept des suggestions des utilisateurs et leur niveau d’activité. Et la télévision est bien présente, bien sûr; on voit Twitter essayer de se positionner comme le compagnon de la télévision pour tenter de siphonner les dollars publicitaires.

M. CHAPMAN : Quand on regarde The Voice et qu’il y a trois plateaux et que selon l’activité des auditeurs sur Twitter, le plateau monte ou descend pour déterminer qui va gagner. Et voilà – non, mais –-

M. KARBASFROOSHAN : C’est une question de budgets de télévision.

M. CHAPMAN : Mais on regarde la télévision et on se dit que ce n’est pas un vote qui a lieu le lendemain. On se dit qu’on influence le résultat, en direct.

MME SPROULE : C’est ainsi que la télévision sociale a évolué, et quand j’étais à la CBC, c’était une des choses que nous faisions énormément.

Je crois qu’en ce moment, nous avons une génération de conteurs et de producteurs, de créateurs de contenu, qui font les choses à la manière de gens qui ont utilisé la mécanique des jeux pour mettre leur produit en marché.

Selon moi, ce qui s’annonce très excitant, c’est la prochaine génération de conteurs qui n’a pas grandi en regardant des comédies de situation, mais plutôt en bâtissant des univers dans Minecraft, en jouant à Zelda ou à des jeux de tir; que va-t-elle créer? Leur structure narrative et leur façon de penser aux manières dont les gens embarquent dans une histoire sont radicalement différentes de tout ce que nous avons connu jusqu’à présent.

MME LIN : Personnellement, j’ai l’impression que la ludification a une –

MME SPROULE : Quel mot atroce.

MME LIN : – certaine connotation négative.

Je préfère parler d’interactivité.

M. KARBASFROOSHAN : Engagement.

MME LIN : Ou engagement, oui.

M. KARBASFROOSHAN : Sur YouTube, c’est ce que vous utilisez. L’engagement.

MME LIN : Il y a des chaînes sur YouTube qui utilisent les outils existants, comme Epic Rap Battles, où à la fin de chaque affrontement, ils demandent aux auditeurs « Qui voulez-vous voir s’affronter dans notre prochaine vidéo? ». C’est de cette manière qu’ils ont généré du contenu. Ils n’ont pas d’éditeurs ni de rédacteurs ou de scénaristes qui doivent songer à qui sera le prochain à faire partie d’une vidéo.

Récemment, j’ai regardé une série dramatique chinoise sur YouTube parce que la maison de production chinoise téléverse en version intégrale sur YouTube.

J’ai compris que quand c’était diffusé à la télévision en Chine, les auditeurs ont voté pour sur l’histoire. Quel roman veulent-ils voir sous forme de série télé? C’est ainsi que le concept a vu le jour.

Durant tout le tournage, il y a toujours eu une certaine interactivité venant des artistes. Ils ont demandé aux auditeurs de créer de petits personnages animés représentant les divers personnages durant toute la phase de préproduction.

Songez à la quantité d’interaction durant la totalité de la production, et pas seulement pendant la diffusion de l’émission, mais avant et après; et ça se poursuit toujours, pas juste à la télévision, mais sur les réseaux sociaux.

ANIMATRICE : Effectivement.

MME DIAMOND : Ce qui est très bien, et je le sais pour avoir parcouru la planète pendant une vingtaine d’années, c’est que l’on peut se pencher sur ce qu’on appelle les scénarios à plusieurs fils conducteurs, soit une narration interactive, notamment en raison de l’analyse de données et de la capacité de synthétiser rapidement ce genre de données, et commencer à diriger les décisions de scénarisation vers les autres types de médias. C’est quelque chose de fantastique.

Cela revient à l’idée générale que le consommateur, l’auditeur, l’auditoire sont vraiment la force qui décide et que nous lui répondons.

ANIMATRICE : Désolée, mais c’est tout le temps que nous avions malheureusement, et je voudrais conclure, car je veux que nous ayons suffisamment de temps pour la séance de questions – il y a beaucoup de gens brillants dans la salle.

Nous pourrions peut-être faire un rapide tour de table pour savoir quelles sont, pour les deux prochaines années, les tendances naissantes en matière de découvrabilité qui devraient selon vous être une priorité pour les gens en quittant cette salle.

Sara?
MME DIAMOND : À mon avis, nous verrons de plus en plus de sophistication dans nos moteurs et nous verrons aussi un dur débat sur l’équilibre entre ce qui doit être automatisé et ce que l’éditeur doit choisir.

Mais j’exhorte les gens à réfléchir au monde de l’Internet des objets et aux choses incroyablement stimulantes que cela nous permettra d’inventer à mesure que nous entrerons dans cet univers, ainsi qu’à la relation entre la narration, le récit, la jouabilité et l’expérience concrète des utilisateurs et des auditeurs. C’est la prochaine grande étape.

MME RODGER : Du point de vue de l’auditoire, je crois que nous verrons la recherche universelle. Je crois que ce barrage va finalement céder d’une manière ou d’une autre, et je crois que du point de vue de la création de contenu, que vous soyez un créateur traditionnel ou un nouveau créateur, le développement du public et les plans complexes de conception, de mise en œuvre et de mesure des stratégies seront intégrés dans les premières étapes de développement du concept.

MME LIN : Je pense au secteur canadien de la production et de la télévision. Je crois que les entreprises doivent commencer à songer à une manière de rejoindre le public partout au monde. C’est la clef, selon moi. Et ne pensez pas à simplement attirer les gens dans votre magasin phare situé au bout de la rue, qui est un cul-de-sac et que vous possédez dans sa totalité. Songez aux façons d’attirer plus de gens dans la rue principale où la plupart des gens se rendent, partout dans le monde.

M. WISZNIAK : Je suis d’accord. Du point de vue des artistes canadiens dans le domaine de la musique, il faut viser la distribution mondiale et conserver les droits mondiaux. Il n’est pas nécessaire de bâtir localement avant de viser le reste de la planète. Encore une fois, il s’agit de se rendre sur la rue principale, car il y aura des gens dans des territoires que vous ne connaissez même pas qui apprécieront ce que vous faites, voire une meilleure occasion de placement dans certaines autres listes de diffusion éditoriales existantes. Se limiter à des territoires spécifiques ou à des chaînes spécifiques est un peu nuisible selon moi. Donc, en ce qui concerne la musique, il faut viser la distribution mondiale et les droits mondiaux.

M. KARBASFROOSHAN : En plus de tout ce que ces fantastiques personnes ont dit, j’ajouterais que Global, Widescope et MTV valent des milliards en raison de leur dimension mondiale, mais je pense aussi au côté mobile – je crois que c’est Jeff Zucker, à NBC, qui est maintenant à CNN, qui a dit que malheureusement, on s’échange des dollars analogues pour des pièces de monnaie numériques. Alors, cramponnez-vous bien, parce que les dollars mobiles arrivent. Bien que certains secteurs du ciblage sur mobile rapporteront sans doute un CPM et des taux publicitaires plus élevés, ce sera somme toute une tâche difficile puisque 50 pour cent de la consommation prévue se fera sur mobile. Et le mobile, ça signifie tout. Le mobile, ça veut aussi dire de prendre quelque chose que l’on regarde sur un appareil mobile et de le projeter sur son téléviseur intelligent ou via Chromecast. C’est ce qui va être plutôt étrange; des appareils de pointe branchés, hors de la maison, ce sera partout où vous vous trouverez. Et ça va chambouler l’aspect économique encore plus. La situation économique va encore plus se détériorer avant qu’elle ne s’améliore, mais nous n’avons pas le choix. C’est là que se trouve l’auditoire.

MME SPROULE : Je dirais qu’il faut s’attendre à plus de chamboulements non seulement sur le plan économique, mais dans les autres plateformes aussi. De nouvelles choses dont nous ne connaissons même pas encore le nom vont voir le jour comme –

M. KARBASFROOSHAN : Crapster.

MME SPROULE : Crapster, peut-être.

Alors, laissez votre égo au vestiaire, saisissez les occasions qui se présentent et ne vous fiez pas aux façons de faire du passé pour aborder le futur.

M. CHAPMAN : Je suis un optimiste. Je suis un entrepreneur. Je regarde ce marché de 2,2 mille milliards de dollars et je rêve d’avoir 20 ans à nouveau. J’adore le dicton qui dit « Montrez à un homme comment pêcher et il mangera toute sa vie » et je désire féliciter la CRTC et l’ONF d’avoir organisé ce sommet.

Au lieu de simplement donner de l’argent à des gens en échange de contenu, je voudrais dire que, comme le Canada a un rôle à jouer dans l’invention de nouvelles plateformes pour le futur, où les idées changent les comportements, pas seulement à la télévision, pas seulement sur Internet, mais en magasin, nous pouvons créer de l’excellent contenu qui peut être monétisé et contribuer à bâtir une nouvelle économie pour notre pays, car nous en avons désespérément besoin. Nous devons arrêter de pomper du pétrole, de nous chauffer au bois, et commencer à réfléchir à l’économie créative, et j’espère que ce que nous avons fait aujourd’hui en est le début.

ANIMATRICE : Merci beaucoup à tous nos conférenciers. Je vous remercie.

(APPLAUDISSEMENTS)

ANIMATRICE : Nous avons abordé aujourd’hui de nombreux thèmes portant sur la souplesse, l’innovation et les multiples plateformes.

L’ONF, l’Office national du film, innove dans bon nombre de ces secteurs et avant de passer à la séance de questions, je désire inviter Claude Joli-Cœur, président de l’ONF, à venir dire quelques mots à propos de son travail et des innovations de l’ONF.

Claude?
M. JOLI-CŒUR : Merci.

Je désire simplement vous donner un aperçu de notre cheminement depuis 2009. À l’époque, nous étions face au même problème que celui qui est au cœur du débat aujourd’hui : la découvrabilité. Les gens ne savaient pas où trouver nos films. À part quelques télédiffusions ou projections communautaires, nos films n’étaient en fin de compte pas disponibles et tout le monde à l’époque nous disait : « On peut voir vos films à l’école, dans les sous-sols d’églises, mais où peut-on les trouver? »

Ainsi, en 2009, nous avons décidé d’entreprendre un important virage en investissant beaucoup d’argent que nous n’avions pas – notre propre argent – afin de numériser nos films et de créer une salle de projection en ligne; nous étions parmi les premiers à lancer un service bilingue et aujourd’hui, nous offrons 3 000 films en ligne sur le site onf.ca.

Nous avons par la suite commencé à créer des applications; nous avons donc, au cours des deux années suivantes, ajouté des applications sur le iPhone, le iPad, le Playbook (qui existait à ce moment-là) et Android, mais nous y étions. Nous avons fait de notre mieux pour les maintenir. Nous avons donc aussi trouvé une façon d’atteindre l’auditoire sur la scène mobile.

De plus, nous avons décidé de créer deux studios de production interactifs, parce que nous croyions que nous devions adopter la nouvelle forme de récit sur les plateformes interactives. Nous avons donc créé un studio français et un studio anglais, lesquels gagnent des prix partout dans le monde pour nos créations.

Je peux donc affirmer que nous avons travaillé à cette chose. La route a été longue et nous avons dû constamment nous adapter. Maintenant, nous sommes partout. Nous sommes sur YouTube. Nous avons un canal très performant sur YouTube. Nous sommes sur iTunes, sur Netflix. Nous sommes – nous avons créé des applications sur les téléviseurs connectés. Notre application se trouve par défaut sur certains téléviseurs Samsung. Nous venons de lancer une application sur le nouveau Apple TV. Donc, en réalité, nous avons décidé d’être partout et de placer notre contenu sur tout appareil qui lui permettait d’atteindre le consommateur.

Nous croyions aussi qu’il était primordial de revenir dans l’école; par conséquent, nous avons créé un espace de visionnement en ligne pour le système scolaire, de campus, qui est maintenant accessible à tous les enseignants partout au pays.

Toujours au cours de ce parcours, nous avons commencé à créer des canaux et, en fait, aujourd’hui je suis très heureux d’annoncer qu’en janvier, nous lancerons, en partenariat avec Téléfilm, un canal pour les jeunes talents canadiens émergents, soit un autre endroit où rendre du contenu accessible, du contenu qui atteindra indubitablement le marché.

Mais c’est quelque chose maintenant, aujourd’hui, après ce long parcours et après avoir écouté ce qui nous a été présenté aujourd’hui, je crois vraiment que nous sommes, à l’ONF, au même endroit où nous étions il y a six ans. Nous devons retrouver la route et lancer une nouvelle façon de penser pour rendre notre contenu accessible.

Lorsqu’on tient compte du fait qu’il existe maintenant plus de 1 500 000 applications sur Apple ou Android, ce qui importe maintenant c’est la découvrabilité de votre propre application pour rendre votre contenu accessible au consommateur et découvrable par celui-ci. Il s’agit donc d’un défi énorme, et je suis très heureux que de nombreuses personnes y réfléchissent maintenant et relèvent le défi.

Je vous remercie.

(APPLAUDISSEMENTS)

ANIMATRICE : Je veux maintenant passer à la période de questions. Je vais me lever afin d’activer la circulation sanguine dans mes mains, parce qu’il fait un peu froid.

Quelqu’un a-t-il des questions? J’ai le micro ici. Oui? Je vais vous passer le micro.

M. DAO : Merci, Nora. Vous m’entendez?

Mon nom est Loc Dao. Je travaille à l’ONF avec Claude. Je suis le cadre chargé du contenu et de la stratégie numériques et j’ai cofondé le studio interactif de l’ONF que Claude vient de mentionner. Avant cela, j’ai travaillé à la CBC avec Nora et Tessa, et aussi à CBC Radio 3.

Comme Claude l’a mentionné, nos œuvres interactives et un succès très critique nous ont propulsés sur la scène internationale. Nous tenons des discussions et avons conclu des partenariats avec La Guardia, le New York Times, Google, Facebook, Oculus et BuzzFeed. Je constate qu’en tant qu’organisme médiatique public, nous jouissons de beaucoup de crédibilité sur cette scène, parce que nous ne sommes pas perçus comme étant des concurrents dans cette industrie, ce qui a fait partie de notre mandat.

Ma question est donc la suivante : selon vous, quelle est la place des organismes médiatiques publics dans la culture mondiale maintenant qu’Internet a fait tomber les frontières traditionnelles?

ANIMATRICE : C’est une question très intéressante venant du côté des médias publics. Qui a des réflexions utiles à ce sujet?

M. KARBASFROOSHAN : Certains de mes amis soulignent toujours que si vous êtes un étranger, c’est-à-dire que vous n’êtes pas Américain, parce que nous ciblons un auditoire américain, si vous vouliez – quel serait une façon rapide d’en apprendre sur la culture populaire américaine? Ils me disent « Bien, regarde Mojo, tu en apprendras sur les figures iconiques de l’histoire, les films, les sports, etc. »

En particulier depuis les événements du 11 septembre et les guerres subséquentes, la culture américaine a été critiquée dans de nombreux cercles. Les gens continuent d’associer la culture américaine à certaines choses, généralement positives.

De même, le Canada est une marque très cool mondialement. Et, vous savez, de la même façon que, sans égard à certaines périodes de notre histoire, le Canada jouira toujours de l’extraordinaire valeur ajoutée de cette marque. Je crois donc que vous devez tirer profit de cela. Le Canada offre certaines choses, qu’il s’agisse du hockey, qu’il s’agisse de – je veux dire, vous parliez de marques. C’est amusant parce que ma perspective a été que le Canada a produit de nombreux artistes de spectacle parmi les plus appréciés – il n’y a qu’à penser à SNL et aux musiciens. Il y a beaucoup de choses concernant notre culture dont je tirerais parti personnellement. Je prendrais certaines choses que votre programmation a couvertes et que d’autres ont couvertes et je tablerais là-dessus, de la même façon que si je travaillais dans la programmation publique en Espagne, en France ou ailleurs, je départagerais les choses qui déclenchent ces sentiments de bien-être et je tablerais sur celles-ci, et ensuite vous pourriez créer et ajouter de la programmation secondaire et tertiaire autour de celles-ci. Mais le Canada a une valeur de marque fantastique.

MME DIAMOND : Je crois que c’est une excellente question. Je suis heureuse que vous l’ayez posée, parce que je crois qu’il peut y avoir un rôle accru, quoique redéfini, pour les entités publiques, la CBC, l’ONF, les réseaux éducationnels, parce qu’ils sont des incubateurs.

Et pour ceux parmi vous dans la salle qui ne connaissent pas le contenu de l’ONF qui a été développé au cours des sept dernières années, il est phénoménal. C’est incroyable, et cette capacité de réellement – c’est un peu comme ce que font les universités, franchement, lorsqu’elles sont à leur meilleur. Il s’agit de créer un environnement où des risques peuvent être pris. C’est un rôle pour le gouvernement, au fait, qui, selon moi, est très important, c’est-à-dire d’investir et de co-investir dans ce type d’environnement d’incubation. Et je crois que c’est un endroit d’où peuvent émerger des talents et où vous pouvez également trouver de nouveaux forums. Nous avons donc besoin de cela et je ne crois pas que nous devrions présumer que cela va toujours provenir du secteur privé et de l’espace privé.

Par conséquent, j’espère vraiment, dans le cadre de cette stratégie de transition, que nous étudierons minutieusement la possibilité de recadrer et de repenser l’espace public. Je pense réellement que c’est un espace pour la démocratie également. Je crois donc que c’est réellement important. Je crois qu’il doit être géré à long terme, au fait, afin qu’il ne soit pas soumis à la volonté du parti de l’heure. C’est un espace pour les discours. C’est un espace pour l’expérimentation. C’est un espace pour incuber de nouveaux talents. Très important, et j’anticipe avec plaisir ce dialogue.

Ce que j’espère qui n’arrivera pas est le type de réinitialisation qui s’est vue après le gouvernement précédent qui nous a ramenés en arrière et nous a poussés à dire « Bien, nous allons faire les choses plus ou moins de la façon dont nous les avons toujours faites », parce que je crois que nous devons vraiment nous occuper de l’espace public, en le refaçonnant en une partie intégrée très dynamique de la façon réelle dont nous développons et mondialisons les talents canadiens.

Je crois, encore une fois, que ce que votre studio a fait est fantastique pour tirer parti de ces marchés.

M. CHAPMAN : Je crois que nous devons tirer avantage du fait que le Canada, dans un monde qui est en ce moment immergé dans tant de haine, est un endroit où la démocratie fonctionne. Nous sommes tolérants. Notre sens moral montre le bon chemin avec la liberté de parole, et je crois qu’il ne s’agit pas seulement de nous en rendre compte, mais aussi d’attirer ici certains des esprits les plus brillants du monde pour bâtir leurs carrières et réimaginer une nouvelle économie. Je crois que c’est le rôle d’un radiodiffuseur public, parce que parfois nous tenons simplement – les Canadiens tiennent tellement ce que nous avons ici pour acquis, et nous sommes en train de perdre cela. Je crois que rien ne serait plus approprié ou honorable qu’un radiodiffuseur public qui amènerait les Canadiens à se lever chaque matin en affirmant « Je suis tellement chanceux de vivre dans ce pays. »

MME SPROULE : J’ajouterais simplement à cela que certains – lorsque nous parlons de créneau et que chacun dans sa propre petite sphère publique fait cavalier seul, il est possible que le radiodiffuseur public ou les médias publics, en fait, soient les intervenants qui peuvent pénétrer tout cela et trouver des façons de – oui, l’émission The National vous informerait de ce qui est important à regarder ou autre, mais cela doit fondamentalement arriver. Comme société, nous devons avoir des choses communes que nous comprenons tous afin de tenir des conversations à cet égard en vue de réaliser des progrès. Si nous sommes tous obsédés par nos préoccupations individuelles au moment qui nous convient sans avoir une sorte de langage commun, nous devenons un pays hautement polarisé qui ne peut réaliser aucun progrès et nous savons ce qui se produit lorsque cela arrive. Ne faisons pas cela.

MME LIN : Bien, je crois, profil numéro un, le Canada par rapport au monde.

Et deuxièmement, vous êtes libre d’expérimenter, de construire des modèles que d’autres peuvent suivre et adopter avec succès, parce que vous avez la liberté de le faire.

Dernier point, mais pas le moindre, mais montrer – j’ai travaillé avec beaucoup de radiodiffuseurs publics dans le monde; faites un véritable succès à l’échelle mondiale et montrez à d’autres sociétés canadiennes qu’elles peuvent le faire également.

MME DIAMOND : Bien, cela rappelle le point que soulevait Tony plus tôt concernant le besoin d’inventer de nouvelles plateformes et de l’endroit d’où cela proviendrait. Franchement, je crois que cela va provenir des analyses très sérieuses des données qui se trouvent dans l’espace de recherche et de l’investissement public, possiblement une partie du rôle de l’Office national du film et de la CBC pourrait jouer – la CBC pas maintenant, mais si elle se transforme pour devenir un environnement incubateur dans des partenariats privés.

M. WISZNIAK : J’ajouterais simplement – une observation du point de vue du financement. Le nombre de maisons de disques et d’artistes qui sont financés dans ce pays – et c’est reconnu à l’extérieur du Canada, il y a des maisons de disques qui obtiennent des licences pour l’exportation de talents canadiens maintenant aux États-Unis et au Royaume-Uni, sachant que le financement qui est accessible aux artistes canadiens permet de créer un contenu époustouflant.

Pour moi, c’est – la partie qui est probablement la plus satisfaisante de mon travail est d’examiner l’industrie de la musique au Canada en général et la comparer à celle d’autres territoires, et la quantité de talents de ce pays qui est maintenant exportée.

Drake est notre artiste le plus diffusé en 2015 à l’échelle mondiale. Notre album numéro un a été The Weekend, à l’échelle mondiale. L’artiste le plus qui a battu un record pour la diffusion en une journée a été Justin Bieber. La piste musicale la plus virale que nous avons eue –

M. KARBASFROOSHAN : Vous nous avez perdus là.

M. WISZNIAK : Je sais.

M. KARBASFROOSHAN : Je blague.

MME LIN : Il est possible que vous ne l’aimiez pas, mais d’autres l’aiment.

M. WISZNIAK : À un niveau plus viral, il y a eu une fille du nom d’Alessia Cara, dont la piste musicale est l’une de nos pistes les plus virales mondialement.

Le degré de fierté que nous avons en tant que Canadiens et l’art que nous exportons sont extraordinaires. Dans l’industrie au sein de laquelle j’œuvre, tous les yeux sont tournés vers le Canada en ce moment, en raison de nombre de talents que nous avons et de l’art que nous exportons. C’est une excellente position à occuper en ce moment.

Discussion de groupe/Période de questions et réponses

ANIMATRICE : Avant de passer à d’autres questions, je veux mentionner à tous ceux qui suivent la diffusion en direct que nous acceptons les questions de cette façon également. Et je crois que vous allez me le dire, s’il y en a? Super.

Bon, qui d’autre avait une question ici?

MEMBRE DE L’AUDITOIRE : Avant de poser ma question, j’aimerais remercier les organisateurs de cet événement. C’est mon premier événement du genre et à titre de jeune cinéaste et entrepreneur médiatique, c’est incroyable d’avoir ce genre d’occasion et de rencontrer autant de personnes intéressantes.

Je dirais que l’Office national du film, en ce qui concerne son effet pour moi en tant que jeune cinéaste, crée un sentiment que la marque canadienne, comme vous le mentionniez, est de qualité. Si nous essayons d’avoir un effet transformateur, cela va sembler être un calque. Mais vous savez, cela ne donnera jamais le sentiment d’être très canadien et c’est ce que ça m’inculque.

Vous voulez assaillir ces gens après le fait et axer votre vie sur le visionnement de Circa 1948, parce que comme certaines innovations qui se produisent, beaucoup d’entre nous dans cette salle doivent penser constamment à la rentabilité. En ce qui concerne l’Office national du film, pour moi en tant que créateur, ce qu’il fait c’est des expériences et, comme vous le mentionniez, il est un incubateur, qui innove et crée des choses extraordinaires.

Circa 1948 est essentiellement une réalité virtuelle sans avoir à porter quoi que ce soit, et ça, c’est comme – c’est le prochain niveau.

Ma question s’adresse à Tony. Dans la création de contenu de marque, parce c’est le type de modèle de financement vers lequel je tends, et vous parliez de la communication pour établir la marque de – vous savez, le taux de conversion entre le contenu et – si ce contenu mène à des achats.

Je saisis cela dans Recipe to Riches, parce qu’il y a un produit qui est littéralement relié à l’émission; vous pouvez donc en effectuer le suivi.

Comment quelqu’un effectuerait-il le suivi de ce taux de conversion sur votre propre contenu sans avoir accès nécessairement aux données commerciales, si nous ne nous vendons pas. S’il s’agit d’une marque locale, comme un –

M. CHAPMAN : C’est une excellente question et c’est une question difficile. Comment débuter?

Premièrement, lorsque vous faites participer une marque à vos discussions dans votre contenu, à ses yeux, vous cherchez ses dollars; vous croyez qu’elle dispose de fonds illimités.

Ces marques sont – elles éprouvent beaucoup de difficulté en ce moment et elles ont moins d’argent. Une bonne partie de leur argent passe dans les réductions de prix.

Donc, la première chose à faire est de se dire « je dois comprendre le rôle de cette marque. Je dois comprendre son ADN, et montrer comment je l’ai tissée dans le scénario, dans les éléments déclencheurs. » Et ne pas me limiter à du matraquage par placement de produit ou au fameux, vous savez, « allez, on arrête ici et on fige la caméra cinq secondes pour vendre la marque. »

C’est la première chose à faire. Il faut trouver les bonnes marques, celles qui s’intègrent vraiment au scénario et qui semblent vraiment jouer un rôle dans l’histoire.

Ensuite, il faut faire comprendre à la marque comment vous ferez passer le message dans les commerces au détail. Vous savez, c’est peut-être avec les commerces au détail que vous faites vos auditions. Peut-être pouvez-vous exploiter l’imagerie d’un magasin. Peut-être les vedettes peuvent-elles aller s’exprimer en magasin.

La foule de clients qui sillonne un Walmart ou un Loblaws chaque jour est déjà un public considérable. Avec ce que Pepsi dépense aux États-Unis – les chiffres sont publics – chez Walmart, on voit que c’est un client de 9 milliards de dollars.

Le montant qu’investit Pepsi pour se tailler une place chez Walmart en intervenant sur le prix d’un présentoir en magasin représente sans doute 25 fois l’ensemble de ses autres dépenses marketing. Les détaillants sont donc très importants.

Vous devez trouver un moyen d’affirmer : je peux vous donner des droits de publicité en magasin. Quand vous allez à un – vous allez à – non, on ne peut pas calculer les droits par visiteur. On ne peut pas obtenir de droits par visiteur avec du numérique. En salle de vente, c’est mort. Il faut être capable de mobiliser le personnel de vente pour l’intégrer à la conversation, et vous pouvez alors proposer l’idée à Walmart. Au lieu de simplement installer un panonceau avec un prix, ou distribuer une circulaire ou un sale je-ne-sais-quoi – je peux leur proposer une émission pour attirer concrètement de la clientèle en magasin.

Quand vous pouvez établir la connexion et quand, à la fin, les analyses le prouvent, c’est à ce moment qu’on voit les bourses se délier et les marques apparaître dans le contenu. Et les bourses se délient bel et bien. Je l’ai vu de mes propres yeux.

Kraft Hockeyville est une réussite de milliards de dollars pour Kraft. Tout a commencé sur les ondes de la CBC. Vous savez, c’était lié à l’idée de la communauté – une petite ville, des idées, des gens qui perdaient leur estime de soi et qui pouvaient lutter pour rénover l’aréna. Et y accueillir une équipe de la LNH. Et alors ils pourraient attirer – et le quartier général de la campagne était une épicerie.

Et j’ai vendu le concept une fois. Et je me suis fait payer une fois et j’ai exécuté le contrat une fois. Douze ans plus tard, j’enrage de penser que ce n’est pas une émission de télé que je vendrais partout dans le monde pour le criquet ou je ne sais quoi, étant donné qu’on joue sur le même concept.

Quand vous passez à l’action, essayez de comprendre l’importance de votre message et le rôle que la marque peut y jouer. J’espère avoir réussi à me faire comprendre.

ANIMATRICE : D’autres questions?

MEMBRE DE L’AUDITOIRE : Je voudrais seulement mettre une question sur la table, en sachant qu’il y aura – que nous aurons une conversation aujourd’hui. Il y en aura une à Montréal. Il y en aura une au printemps.

Si je tiens à soulever cette question, c’est parce qu’en vous écoutant tous, j’ai relevé quelques mots très intéressants : « démocratie », « liberté », « accès ».

Tous ces termes, du moins selon moi, sont conditionnels à un même concept : « gouvernance ». Or, il y a un représentant d’un organisme de réglementation dans la salle.

Je vais poser une question qui est liée à une situation concrète à laquelle mon entreprise fait face cette semaine. Voilà : que faire quand les circonstances font qu’en fait, vous ne voulez pas que le contenu soit découvrable?

Par exemple, que faire si une émission qui cible les enfants de quatre ans est associée à une annonce qui cible un jeune homme de 19 ans portant sur un sujet auquel on ne veut pas exposer un enfant de quatre ans?

Comment gérer ce genre de question de gouvernance dans cette nouvelle chaîne de valeurs?

M. KARBASFROOSHAN : Selon moi, la réalité est simplement que nous ne vivons plus chacun dans sa bulle. Nous en parlions plus tôt : c’est une question grave. Nous allons commencer par un sujet plus léger avant de l’aborder.

Nous parlions de la raison pour laquelle nous somme si transparents, et pourquoi nous signalons toujours la participation d’un annonceur ou l’offre des frais de déplacement par un tiers pour aller couvrir un événement. Nous sommes très transparents.

Comme je l’ai dit, même si vous essayez de cacher des choses à l’auditoire, en ligne, il suffit d’une recherche pour tout savoir. S’il y a des manigances, elles sont vite éventées.

Et de nos jours, avec les réseaux sociaux, si une célébrité manque de respect au commis du lave-auto en allant chercher sa voiture, avant même qu’elle arrive chez elle, elle a perdu son contrat chez ABC pour cause de manque de professionnalisme.

C’est pourquoi tout producteur de plateforme doit s’imposer des principes de gouvernance. Il n’a pas besoin et ne sera pas forcé d’aller jusque-là, parce que s’il se produit un incident contraire aux convenances, il se retrouvera dans les réseaux sociaux et forcera le retrait de la page, surtout dans un monde où tout le monde est vite choqué, parfois avec raison, parfois non.

Donc, c’est relatif. Si vous parlez d’une personne malveillante, qui lance une plateforme malveillante pour se livrer à des activités malveillantes, oui, évidemment, c’est différent. Comment le contrôler? Je suppose que c’est ici que le gouvernement doit intervenir.

S’il s’agit d’une personne qui croit faire preuve d’entrepreneuriat, mais qui a mauvaises intentions, qui va clairement au-delà de ce que devrait justifier la liberté d’expression, c’est ici que les réseaux sociaux entrent en jeu – vous avez raison, c’est une mode, mais c’est ce qu’il y a de bien avec les réseaux sociaux. C’est ici qu’il y aura de la pression et que le problème se réglera de lui-même.

C’est Internet – il y a de mauvais côtés, il y a de bons côtés, mais il est largement autosuffisant et autorégulé.

MEMBRE DE L’AUDITOIRE : (hors micro). Oui, mais si la situation est dans une zone grise (hors micro)?

M. KARBASFROOSHAN : Eh bien, encore une fois, je lisais un article sur les malheurs de Postmedia et ses difficultés avec les éditoriaux sur la religion et la politique et comment un de ses journalistes d’enquête était bâillonné en raison de la compromission supposée de Postmedia avec le lobby pétrolier et tout cela. L’info a quand même fuité.

Il y a toujours eu des joueurs prêts à prendre des risques. Il y a toujours eu une main cachée avec des conflits d’intérêts. Internet est passablement efficace pour exposer ces méfaits. Il faut parfois un peu de temps, mais jamais au point d’attendre éternellement, vous savez.

Il faut avoir confiance dans ce mécanisme, qui est comme une merveilleuse plateforme permettant aux personnes d’une même zone géographique de dire : « Ça suffit. À bas le dictateur. » On peut également voir apparaître de la censure ou autre phénomène du genre.

Mais à la fin, il s’agit d’être optimiste. En tant qu’entrepreneur, je suis un optimiste de premier ordre, mais aussi un éternel paranoïaque. Je crois fermement qu’à la fin, le bien, le bon sens l’emporte toujours, mais qu’il faut parfois prendre des chemins détournés pour y parvenir, parce qu’il faut convaincre des gens, mettre la pression, et c’est le rôle positif que jouent les réseaux sociaux.

Quand on est témoins d’une injustice, la sagesse de la foule, comme on dit, fait que le plus grand nombre se réunit derrière la bonne cause et l’issue favorable finit par l’emporter.

M. DIAMOND : Gary, je crains de devoir vous contredire quelque peu sur ce point.

J’estime que l’État a un rôle à jouer, et que la machine étatique se développe avec le temps. Elle remplit certaines fonctions précises dans la société. Je suppose qu’on craint de plus en plus un impôt de 52 % dans certaines tranches de revenus.

Alors, non, je pense qu’il y a clairement un rôle à envisager pour l’État. Vous savez, nous avons la Charte des droits et libertés, et je crois qu’il existe un débat de société qui doit absolument se poursuivre dans ce pays pour examiner notre position sur diverses questions – et je pense que s’agit d’un espace de négociation, mais quelles sont les limites du débat et comment faire pour le remettre dans la sphère publique? Ici aussi, les radiodiffuseurs publics ont un rôle important à jouer.

Mais je crois qu’il existe un rôle pour la réglementation par rapport à cette Charte que nous devons déterminer tous ensemble.

Personnellement, je souhaite vivre dans un pays qui respecte la Charte des droits et libertés en assurant une certaine gestion pour préserver ce contexte intact dans une culture sociale mondiale.

Je n’ai pas de réponse facile, mais je crois que c’est une conversation qui doit absolument avoir lieu. Je crois que les droits incorporés dans la Charte ont été obtenus de haute lutte. De plus, nous sortons à peine du processus Commission de vérité et de réconciliation, auquel je me sens personnellement très attaché.

Je crois donc que nous avons du travail à faire pour déterminer, par exemple, y a-t-il matière à réglementer? Y a-t-il un autre niveau de législation? Mais nous avons encore besoin de moyens de poursuivre le dialogue dans la société.

M. KARBASFROOSHAN : J’ai une question pour vous. Supposons que vous êtes responsables de Twitter Canada et que l’État islamique a une chaîne qui publie des vidéos de décapitation. Est-ce que vous la laissez active ou est-ce que vous la désactivez?

M. DIAMOND : Je crois qu’il s’agit d’une pornographie de la violence de la pire espèce et qu’il existe un débat sur la place qui revient ou non à ce genre de chose dans la société et que nous devons sensibiliser les gens à cette problématique.

J’ai toujours été un solide détracteur de la censure, en passant, mais vous le savez – alors je crois que vous dressez une sorte de barrière autour par rapport à son succès – M. KARBASFROOSHAN : Mais vous désactiveriez la page?

L’ANIMATEUR : Je crois qu’il vaut mieux éviter le piège de cette polémique.

Nous venons de recevoir une question par Twitter.

PARTICIPANT : Nous avons une petite entreprise qui demande un conseil sur les pratiques exemplaires pour opérer la transition de la diffusion classique à la diffusion numérique.

L’ANIMATEUR : Ce ne devrait pas être difficile.

Tessa, à vous.

MME SPROULE : Je suis quelqu’un qui l’a fait et c’est ce que notre entreprise essaie de faire.

Essentiellement, il s’agit simplement de retirer tout le genre de structure créée par le filtre habituel et de se dire : « Bien, comment pouvons-nous faire tomber tous les murs et que restera-t-il de la maison pour créer et bâtir un nouvel édifice? »

Ce n’est pas une réponse très élégante ni très précise, mais si vous êtes nouveau en affaires, si vous êtes une entreprise en démarrage d’assez petite taille, bon sang, vous pouvez réaliser des choses vraiment incroyables, comme les nouveaux créateurs en YouTube, qui font des miracles. J’ai vu plein de gens qui pouvaient tabler sur des moyens considérables, par exemple des maisons de production avec lesquelles j’ai travaillé à la Société Radio-Canada.

Le vent vous sera favorable si vous êtes futés et si vous prenez les bonnes décisions, c’est essentiellement cela.

MME RODGER : Nous travaillons avec quelques sociétés de production qui sont en train d’opérer ce genre de virage et, en bref, je recommande de commencer par la fin. Que voulez-vous devenir? À quoi voulez-vous ressembler? Quels sont vos points forts? Quelles sont vos passions – quel genre de contenu tenez-vous à produire par-dessus tout? À quoi ressemble votre bibliothèque? Y a-t-il des indices dans l’analyse, dans les données qui entourent votre catalogue ou votre entreprise, qui révélerait les créations auxquelles vous excellez et qui intéressent vraiment les gens?

Et ce n’est qu’après avoir défini ces objectifs et avoir fait vos recherches que vous pouvez cerner votre public cible, au moins pour la première partie de votre initiative, et bâtir la stratégie de création de contenu et de prise de contact avec le public de ce type de contenu. Mais il faut assurément commencer par la fin en imaginant le résultat souhaité.

Et vous savez, je suis convaincue que j’y parviendrai un jour, même si l’équilibre entre ma vie privée et ma vie professionnelle est catastrophique. Je crois qu’il est important de comprendre vos valeurs et votre culture en tant qu’entreprise ainsi que la forme que vous voulez lui donner – quelle image voulez-vous donner à votre entreprise?

M. CHAPMAN : Je crois qu’en tant qu’entrepreneur, je dois toujours chercher les besoins non satisfaits.

MME RODGER : Le créneau.

M. CHAPMAN : Alors, le créneau où s’introduire? Quelle est l’occasion à saisir? Et une fois que vous aurez satisfait ce besoin, qu’espérez-vous en retirer? Changer leur façon de penser, leurs sentiments, leurs comportements.

Et de tout cela émerge votre plan d’affaires. Vous décidez ensuite s’il s’agit du bon support médiatique ou si vous devez en choisir un autre.

Je crois que nous avons souvent tendance à nous montrer très réactifs dans une société qui donne l’impression que le ciel nous tombe sur la tête ou que l’herbe est toujours plus verte chez le voisin. Nous avons tendance à réagir sans y penser, mais il faut rester pragmatique. Et ce qu’il y a de pragmatique, c’est de se demander s’il existe un besoin pour ce contenu. Et si je le produis, je dois trouver un moyen de le faire découvrir. Enfin, une fois découvert, que se passe-t-il ensuite?

Je crois que si vous suivez cet itinéraire, vous suivez l’argent. Mais il faut commencer par une satisfaction intellectuelle et émotionnelle avant d’espérer une satisfaction financière.

M. KARBASFROOSHAN : Je crois que tout dépend, mais que le meilleur conseil est de commencer le plus tôt possible. Si, supposons, vous dirigez une petite entreprise qui gagne de l’argent, c’est le moment d’embaucher quelqu’un et d’investir pendant que les choses vont bien pour être en mesure de profiter d’une nouvelle tendance.

Même au plus haut degré de réussite, par exemple quand eBay, il y a quelques années, a acheté PayPal. À l’époque, on avait estimé qu’il s’agissait d’une folie, mais aujourd’hui, PayPal rapporte sans doute encore plus d’argent qu’eBay.

Mais même si vous êtes une petite entreprise, que vous atteignez à peine le seuil de rentabilité et que vous ne pouvez pas vous permettre d’embaucher. Je connaissais quelqu’un qui possédait une petite imprimerie d’articles de papeterie. Il sentait que le monde était en train de changer. Comment faire pour survivre?

Il a fusionné avec une entreprise ayant de l’expertise dans ce nouvel environnement, qui pouvait profiter de sa clientèle constituée, alors que lui-même pouvait tirer parti de la nouvelle façon plus moderne et plus branchée de faire des affaires. Quand je l’ai vu il y a quelques semaines, je lui ai demandé : « Comment vont les affaires? » Il m’a répondu : « Fantastique ». Ils ont donc mis en commun leur expertise et leurs ressources.

L’essentiel, par contre, c’est d’avoir une longueur d’avance. Il ne faut pas attendre que le patient soit en train de mourir avant de lui dire qu’il aurait peut-être dû surveiller mieux son régime. Ce sera alors trop tard.

MME LIN : Je pense que ma suggestion est d’enchaîner les essais. Je pense à ce que Tessa a dit, soit de ne pas utiliser le même vieux modèle qui vous était familier et que vous employiez sur les plateformes traditionnelles.

Si vous avez un concept, assurez-vous qu’il vous permettra de réaliser au moins de trois à cinq vidéos, car c’est aussi une question de cohérence. Vous voulez créer une marque ou un canal sur une plateforme où vous pourrez entretenir un lien avec votre public, et vous voulez créer plusieurs vidéos, non un seul. Vous devez aussi prendre des risques, tout en faisant preuve de passion pour ce que vous faites.

Car si vous perdez votre passion ou si vous voyez cela seulement comme le futur grand succès, et que c’est cela qui vous motive, vous ne serez pas en mesure de réaliser plus de trois vidéos.

M. KARBASFROOSHAN : WatchMojo perdait de l’argent pendant les six ou les sept premières années de son histoire et, la huitième année, l’entreprise a atteint le seuil de rentabilité. Les deux dernières années ont été très bonnes. Merci, touchons du bois!

Cela est bien. Mais c’est la première question. Plus tôt dans notre discussion, j’ai dit que vous devriez seulement réaliser du contenu pour lequel vous êtes prêt à travailler gratuitement. Je n’avais pas fini d’expliquer ce que j’entendais par là. Je ne veux pas dire que les créateurs de contenu ne devraient pas être payés. Ce n’est pas du tout ce que je veux dire.

Je veux simplement dire que, si vous faites quelque chose qui vous passionne réellement, et que vous êtes prêt à le faire gratuitement, comme le dit le proverbe, vous finirez par surmonter les obstacles, devenir assez important connaître du succès.

Mais si vous essayez d’imiter le genre de vidéo de CutiePie, par exemple, vous ne réussirez pas. Vous ne vivrez pas votre passion. Vous n’aurez pas le… enfin, c’est une question de persévérance et de détermination.

Malheureusement, vous devrez donc choisir quelque chose que vous êtes prêt à faire presque gratuitement et, éventuellement, vous gagnerez beaucoup d’argent. Mais, il faut du temps.

M DIAMOND : Il y a deux points…

ANIMATRICE : Il ne reste presque plus de temps.

Désolée. Allez-y, rapidement.

M. DIAMOND : J’ai deux points à ajouter. Le premier porte sur l’aspect analytique. Vous savez, il existe plusieurs programmes d’analytique qui sont accessibles. Lisez-les et apprenez à les connaître. Je pense que les fusions et les acquisitions permettent aux entreprises qui ont des compétences différentes d’unir leurs forces et de se renforcer mutuellement.

Je pense que c’est la voie de l’avenir. La fusion et l’acquisition et la croissance, ou la collaboration entre différentes entreprises.

ANIMATRICE : D’accord. Excellentes remarques!

Par contre, il ne reste presque plus de temps. D’autres questions? Oui?

MEMBRE DE L’AUDITOIRE : C’est en quelque sorte une question et un commentaire. Voici de quoi il s’agit, et vous conclurez.

Je travaille pour Bell Média, une société de médias, et pour ceux d’entre vous qui pensent que nous offrons de vieilles émissions ou, manifestement, d’anciens médias, eh bien, c’est en partie ce que nous faisons.

En fait, d’entendre le groupe de discussion m’a beaucoup encouragé. J’ai été heureux de vous entendre parler, parce que je trouve que cela touche beaucoup ce que nous faisons. Vous savez, la plupart de nos émissions originales sont vendues à l’échelle internationale et connaissent beaucoup de succès. Nous étendons actuellement notre marché à plusieurs nouvelles plateformes grâce à Much MCN et, vous savez, nous faisons diverses expériences, car, en tant que société de médias, nous en reconnaissons l’importance.

John est mieux placé que moi pour parler de cela, mais je peux dire que nous utilisons plusieurs plateformes pour promouvoir nos émissions et que nous effectuons constamment des expériences à ce sujet pour que nos émissions originales connaissent le meilleur succès possible.

C’est une question de découvrabilité et nous essayons toujours – c’est notre slogan, nous essayons toujours d’obtenir des émissions originales que nous diffusons un peu partout et vous savez, de manière à toucher le plus grand public possible, en utilisant tout ce qui est à notre disposition, l’ensemble de notre arsenal.

Mais je ne suis pas d’accord avec l’un des commentaires qui, je pense, a été fait par Ashkan au début. Vous avez dit que ces décisions étaient prises par une « main invisible » dans le passé. Je ne pense pas que cela soit vrai.

Les sociétés de médias consacrent beaucoup de temps et de réflexion à élaborer leurs marques et à cibler des publics particuliers pour ces marques, il faut reconnaître qui sont ces gens.

Je pense que, dans le passé, c’est ce qui a fait de nous de fiers gardiens. Nous avons toujours été comme un phare pour les gens, de sorte que quand ils viennent à nous, que ce soit pour des émissions de comédie ou sur l’espace, ou quand ils écoutent CTV, ils se disent, je sais ce que sera mon expérience et je vous fais confiance.

Lorsque nous leur offrons quelque chose de nouveau, ils savent que nous avons pensé à eux, que nous avons tenu compte de ce qu’ils aiment. Et nous voulons qu’ils continuent à penser ainsi, autant pour ce qui est du contenu nouveau que pour tout ce qu’ils aimaient déjà.

Je crois que comme nous nous sommes retrouvés dans un monde d’abondance où il fait bon vivre, les gardiens fiables du contenu joueront un rôle très important, et peut-être encore plus important que jamais.

Je pense donc que la télévision joue un rôle très important dans cela.

ANIMATRICE : Vous vouliez dire quelque chose?

MEMBRE DE L’AUDITOIRE : Si je le peux. Oui.

Moi aussi je travaille pour Bell Média et je suis très encouragé, car plusieurs sujets abordés aujourd’hui sont des choses auxquelles nous accordons beaucoup d’importance chaque jour.

Pour ce qui est de la promotion croisée, nous investissons environ un quart de milliards de dollars par année dans la promotion de contenu canadien. Et pour nous, ce n’est pas une taxe, c’est simplement une bonne pratique d’affaires, car nous savons que le succès attire le succès.

Nous intégrons la sensibilisation et la découvrabilité dans nos productions par l’intermédiaire d’autres émissions qui connaissent déjà du succès; c’est là le principe qui sous-tend notre promotion croisée. Nous tirons profit de tous nos actifs et de l’ensemble de nos plateformes, et nous réussissons à atteindre des millions de Canadiens, soit environ 80 millions. Cela comprend bien sûr quelques recoupements parmi toutes les plateformes au cours d’une semaine moyenne.

Nous savons par contre que, dans le cadre de cet investissement, nous n’atteignons pas tout le monde à tout moment. Par ailleurs, nous investissons dans Google AdWords, YouTube et Facebook, que ce soit au moyen de la publicité payante ou de méthodes comme l’échantillonnage.

Nous avons commencé à diffuser des épisodes de nos émissions sur les réseaux sociaux et YouTube. Nous allons essayer d’atteindre de nouveaux consommateurs et de tirer profit de ceux qui pourraient être intéressés par d’autres produits que nous avons à offrir.

Quant à la ludification, Tony, absolument! Un sujet sur lequel nous nous sommes penchés. Cela exige un investissement et, comme vous pouvez vous en douter, la ludification ne convient pas à chaque émission. Elle convient parfaitement aux sports et aux téléréalités, vous savez. La série Game of Thrones offre d’importantes occasions de ludification. Mais ce n’est pas le cas pour toutes les émissions, et c’est très bien comme ça. Nous ne cherchons pas à adapter toutes nos émissions pour qu’elles répondent aux critères de la ludification.

Je pense donc que ce qu’il faut retenir, c’est qu’il n’y a pas de solution miracle. En réalité, la découvrabilité c’est une question de marketing, et le marketing comprend divers aspects. À mon avis, bon nombre des sujets abordés aujourd’hui portent sur divers aspects du marketing. Je crois aussi que les radiodiffuseurs ont un rôle important à jouer à ce sujet.

M. CHAPMAN : Vous savez, je le sais, car je suis une personne qui a parfois des idées folles, que si vous accordez 60 secondes du Canada AM au journalisme citoyen, et je me suis battu pour que mes vidéos passent, je pense que c’est là un élément de ludification, même s’il s’agit de nouvelles.

ANIMATRICE : Y a-t-il d’autres observations ou réponses finales?

Non? Bon.
J’aurais souhaité avoir plus de temps pour discuter, mais je suis certaine que des membres du comité, ou tous les membres, seront libres à la fin de la journée pour discuter davantage ou répondre à d’autres questions.

Je voudrais inviter Claude et Jean-Pierre à monter sur la scène pour le mot de la fin.

M. JOLI-CŒUR : Bien, cela a été trois heures de discussions stimulantes. C’est vraiment un bon départ. C’était excellent, mais je pense que tout le monde sera d’accord pour dire que nous sommes au début de quelque chose, et que nous avons tous – et je pense que c’est bien commencé – nous avons tous la responsabilité de gérer la situation et de faire bouger les choses.

C’est un environnement tellement complexe et en constante évolution. Bien sûr, cela nous préoccupe, et nous avons tous un rôle à jouer. Nous pouvons tous faire partie de la solution. Donc, je suis impatient de poursuivre ces discussions.

(APPLAUDISSEMENTS)

Mot de la fin de Jean-Pierre Blais et de Claude Joli-Cœur

M. BLAIS : Merci, Claude.

J’aimerais donc vous remercier de nous avoir fait part de vos idées ici aujourd’hui. Je m’excuse auprès des gens dans la salle pour la température de la pièce. Je pense que vous verrez sur MétéoMédia ce soir que c’était l’endroit le plus froid au pays aujourd’hui.

(RIRES)

M. BLAIS : Mais je tiens à remercier Nora d’avoir présidé cette conversation; je pense qu’elle s’est rendu compte combien il est parfois difficile de présider.

(RIRES)

M. BLAIS : Je tiens aussi à remercier Tony, notre conférencier, ainsi que tous les experts ici présents aujourd’hui.

J’ai certainement trouvé la conversation très stimulante. Cela nous donne beaucoup de matière à réflexion. Nous avons nommé cela « En route », car c’est vraiment juste le début d’une conversation; nous aurons une autre rencontre en mai prochain pour approfondir les discussions. Et nous allons continuer cette conversation à Montréal, où se tiendra jeudi un événement semblable en français.

J’aimerais inviter tout le monde à s’inscrire sur le site Web decouvrabilite.ca pour recevoir des mises à jour. Nous y publierons les faits saillants et les vidéos de l’événement, ainsi que d’autres activités et événements à venir.

De plus, je vous invite surtout à aller sur ce site et à visiter la page de la communauté où vous pouvez publier et échanger des articles, des blogues, des réflexions, et tout ce que vous voulez pour enrichir et approfondir notre conversation et cette aventure sur la route de la découvrabilité.

Nous espérons en entendre un peu plus de la part des téléspectateurs, non seulement en tant que consommateurs, mais aussi en tant que citoyens et créateurs. Je n’ai rien contre le fait de faire de l’argent, c’est bien. Cela paye. Cela crée des emplois. Cela paye des impôts pour les hôpitaux et les routes, mais nous devons aussi penser et réfléchir à la découvrabilité pour ce qui est du bien public, des citoyens en tant que créateurs, de la littéracie médiatique, des nouvelles et de l’éducation.

Et Tony, vous avez commencé à parler de cela, de la manière dont nous pourrions utiliser certains de ces outils pour alimenter le processus, mais je pense que nous devons aller encore plus loin.

En attendant, je vous invite à nous suivre sur Twitter pour y lire les dernières nouvelles. Je vous invite aussi à poursuivre la conversation sur les médias sociaux. Je vous rappelle le mot-clic « découvrabilité », que nous allons tous apprendre à prononcer.

Bien sûr, c’est seulement un début. Si vous en voulez plus, parce que vous êtes resté sur votre faim, c’était seulement l’apéritif, nous tiendrons, comme je l’ai mentionné plus tôt, un événement en mai 2016, à Toronto. Je vous donnerai les dates un peu plus tard cette semaine. Il sera unique et de calibre mondial, et fera autorité. Nous y explorerons plus en détail les idées mentionnées ici aujourd’hui avec pour but de trouver des solutions tangibles, car nous devons vraiment aller au-delà du « diagnostic » et trouver des solutions.

Cela constituera donc un forum d’apprentissage et de discussions créatives où nous mettrons l’accent sur de nouveaux outils, stratégies et démarches. Demeurez donc à l’écoute pour obtenir de nouvelles informations à ce sujet. Je vous remercie encore une fois de votre présence et vous souhaite un excellent après-midi. Merci.

(APPLAUDISSEMENTS)

– Fin de l’enregistrement